AQOCI: une bédé pour sensibiliser à l’injustice climatique

Agathe Beaudouin Collaboration spéciale
Les populations autochtones qui vivent près de la nature subissent le plus les conséquences du réchauffement climatique.  Sur cette photo, une famille devant sa résidence dans un village reculé du district de Lalitpur, au Népal.
Frédéric Séguin Les populations autochtones qui vivent près de la nature subissent le plus les conséquences du réchauffement climatique. Sur cette photo, une famille devant sa résidence dans un village reculé du district de Lalitpur, au Népal.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

« Je n’ai pas dormi de la nuit, je termine les dernières planches », s’exclame dans un sourire communicatif Dee (prononcez Di), en achevant sa dernière création, intitulée Ère, mère, terre. Dans cet ouvrage en huit planches, l’artiste bédéiste de Montréal aborde le thème de l’injustice climatique sur une demande de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI). Depuis plusieurs années maintenant, l’Association québécoise des organismes de coopération internationale a trouvé à travers le neuvième art un outil à la fois culturel et pédagogique pour sensibiliser le grand public à des problématiques d’actualité.

À l’occasion de la Semaine du développement international, l’AQOCIse penche sur les enjeux liés à l’écologie. « Comment rendre simple la notion de justice climatique ? s’interroge Michèle Asselin, directrice générale de l’organisme. Les changements écologiques sont source d’iné-galités : les pays du Nord sont en grande partie responsables de l’émission des gaz à effet de serre, mais ce sont les populations des pays du Sud qui en subiront les plus importantesconséquences, ou bien encore les populations autochtones qui vivent près de la nature et qui ne peuvent rien faire pour lutter. C’est ce qu’on appelle l’injustice climatique. »

Illustration: D.Mathieu Cassendo Image tirée de «Ère, mère, terre»

Solidarité internationale

Sans être moralisateur, cet ouvrage défend une position politique basée sur l’idée de « solidarité internationale, poursuit la responsable. À nos yeux, il est inconcevable d’appréhender cette notion d’injustice écologique sans parler de cette inégalité : la responsabilité des uns et la vulnérabilité des autres. »

Une démarche qui ne pouvait que séduire l’artiste non binaire (c’est-à-dire qui ne s’identifie à aucun genre).Dee aime mettre en lumièreles citoyens de l’ombre, les opprimés, les racisés, les transgenres, les queers… « Je ne pouvais pas refuser ce nouveau projet parce que cela fait écho en moi. » Pour évoquer le sujet en dessins et en dialogues, Dee s’est beaucoup documenté afin de mieux s’imprégner des conséquences du dérèglement climatique. « Certaines populations seront amenées à migrer, d’autres subissent déjà les violences du réchauffement climatique, les catastrophes naturelles par exemple. L’objectif de la bédé est de vulgariser auprès du plus grand nombre les défis auxquels nous sommes confrontés, ouvrir les yeux, montrer à quel point ça touche tout le monde mais plus encore les populations déjà défavorisées du Sud, et les femmes en particulier. »

 
Lancement le 4 février, lors d'un 5 à 7 à la Maison du développement durable (50, rue Saint-Catherine Ouest, Montréal).

Dee n’en est pas à son premier coup d’essai avec l’AQOCI. L’an passé, c’est sur le thème des femmes yéménites privées de liberté que son coup de crayon incisif s’est exprimé. Plus qu’un discours, l’artiste, qui refuse de se conformer à toutes formes d’oppressions, veut susciter des réactions, des émotions. « C’est ainsi que je conçois mon rôle. Par le dessin et les mots, je tisse un fil conducteur qui fait réfléchir et réagir le lecteur, je veux l’amener à se poser des questions : comment aider ces populations ? Que puis-je faire ? »

Tirée à 2000 exemplaires et en vente à partir du 4 février sur le site Internet de l’AQOCI, la bédé doit permettre « d’instaurer un dialogue » au cours d’ateliers et de rencontres dans les écoles et les bibliothèques. « On s’aperçoit que ce support a un impact très positif : il permet de créer des liens avec un artiste, d’illustrer des thèmes qui sont parfois ignorés ou qui restent abordés dans une vision très traditionnelle. Notre rôle, à nous, c’est d’informer sur les enjeux à travers une démarche ludique mais sans être dans un discours culpabilisant, reprend Michèle Asselin. Nous défendons une transition écologique juste. »