Le travail pour l’autonomisation

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
Grâce au programme, des femmes marginalisées apprennent à fabriquer un produit commercialisable et à gérer des microentreprises.
Humanité Inclusion Grâce au programme, des femmes marginalisées apprennent à fabriquer un produit commercialisable et à gérer des microentreprises.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

En Bolivie, comme dans bien d’autres pays, les femmes handicapées ou mères et tutrices d’enfants handicapés sont confrontées à une double, voire une triple discrimination. À l’intersection de leur sexe, de leur statut socioéconomique « et parce qu’elles sont souvent des femmes des communautés indigènes, elles se retrouvent dans une situation marginalisée et invisible », laisse tomber Valérie Beauchemin, directrice de programme d’Humanité & Inclusion pour la Bolivie et les pays andins.

Employées ou entrepreneures

« Main dans la main » avec les gouvernements municipaux des villes de La Paz et d’El Alto, et avec la fondation bolivienne FAUTAPO, une dizaine de personnes collaborent à ce projet d’autonomisation par l’intégration de ces femmes sur le marché du travail ou grâce à l’auto-emploi. La portion financée par le Québec — une coopération belge participe aussi au projet — mise sur l’entrepreneuriat.

« Elles peuvent développer unetechnique ou une activité qu’elles savent déjà faire, mais qu’elles n’avaient jamais exploitées pour en tirer un revenu. On leur apprend à fabriquer un produit commercialisable et à gérer des microentreprisessans employé et souvent familiales », raconte Mme Beauchemin.

Pour promouvoir leurs petites unités de production, elles apprennent les rudiments du commerce électronique, mais à échelle « presque communautaire ». Leur commerce ne sort pas des frontières boliviennes.

« Ces femmes affichaient un profond retard en ce qui a trait à l’utilisation des technologies. Elles nesavaient pas comment utiliser unetablette ou un téléphone, raconte Mme Beauchemin. Elles peuvent désormais utiliser les réseaux sociaux comme vitrine virtuelle et pour créer des liens avec leurs clients. Elles utilisent WhatsApp pour fixer le lieu et le moment du dépôt du produit, par exemple. »

Lorsqu’elles préfèrent être emplo-yées dans une entreprise externe, un plan d’inclusion est déployé. « On commence par la sensibilisation, puis on détermine avec les entreprises intéressées quels postes pourraient être pourvus. Ça peut prendre six mois ou un an pour s’assurer que les femmes sont bien intégrées », explique la directrice de programme.

Les préjugés persistent

Bien qu’un « changement d’attitude » doive s’opérer dans certaines entreprises, l’organisme observe beaucoup d’exemples de personnes qui ont gravi les échelons. « Les entreprises se rendent compte qu’il ne s’agit pas d’une bonne action, que ces femmes sont hautement compétentes. »

Peu importe l’avenue qu’elles choisissent, « le travail est colossal parce que les préjugés sont vraiment nombreux ». Elles vivent dans une extrême pauvreté ; la violence conjugale ou familiale envers ces femmes est chose commune ; le transport et les édifices publics ne sont pas adaptés ; elles sont isolées, détaille Mme Beauchemin. Et malgré leurhandicap ou la charge d’un enfant handicapé, ces femmes sont responsables du travail domestique.

Dans ce projet, le travail émotionnel est tout aussi important,donc. « Ces femmes se perçoivent de manière très négative, elles n’ont jamais été valorisées quant à leurs capacités. Ça ne sert à rien de parvenir à leur décrocher un emploi si elles le quittent un mois plus tard parce qu’elles n’ont pas réglé leurs problèmes personnels », conclut la directrice de programme.