Attentat de Québec, les musulmans continuent de promouvoir le dialogue

Si le temps qui passe aide à guérir les plaies de la tragédie du 29 janvier 2017, Samira Laouni observe que l’élan de solidarité provenant des quatre coins du Québec et du Canada est toujours bien présent.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Si le temps qui passe aide à guérir les plaies de la tragédie du 29 janvier 2017, Samira Laouni observe que l’élan de solidarité provenant des quatre coins du Québec et du Canada est toujours bien présent.

Presque trois ans après l’attentat qui a fait six morts et 19 blessés à la Grande Mosquée de Québec, la communauté musulmane québécoise continue de promouvoir le dialogue pour contrer les préjugés.

La 2e Semaine de la sensibilisation musulmane (SSM) prend son envol samedi et présente diverses activités jusqu’au 31 janvier prochain, dont des événements pour découvrir la gastronomie algérienne et syrienne dans la région montréalaise et des portes ouvertes dans des mosquées participantes de la métropole.

« Il n‘y a aucune directive vestimentaire », promet Samira Laouni, membre fondatrice de la SSM.

« Il va y avoir des personnes-ressources dans chaque mosquée participante pour répondre aux questions. Notre objectif, c’est qu’on se parle et qu’on puisse offrir un espace sécuritaire pour les gens qui veulent se connaître et poser des questions », précise-t-elle.

Mme Laouni explique que la majorité des activités se déroulent dans la grande région de Montréal parce que la plupart des 300 000 Québécois de confession musulmane y sont installés, tout en assurant que la région de Québec n’a pas été oubliée.

« On a beaucoup plus d’activités à Montréal et aux alentours, comme à Laval, Brossard et Longueuil, mais Québec aussi est très concernée. Leur comité citoyen organise le jour de la commémoration un grand souper, ouvert au public, dans l’église juste à côté de la Grande Mosquée. Ils organisent des conférences et des tables rondes aussi », affirme Mme Laouni en entrevue à La Presse canadienne.

Le paradoxe qui fait peur

Si le temps qui passe aide à guérir les plaies de la tragédie du 29 janvier 2017, Samira Laouni observe que l’élan de solidarité provenant des quatre coins du Québec et du Canada est toujours bien présent, mais qu’à l’extrême opposé il y a eu aussi une « montée fulgurante » de propos haineux envers les musulmans sur les réseaux sociaux.

« Et c’est ça qui nous fait le plus peur ! C’est cette opposition catégorique, mais bien claire entre le pôle qui nous déteste et le pôle qui est très sympathique à notre cause et qui nous considère comme des citoyens à part entière et qui veut, ensemble avec nous, un Québec inclusif pour tous », s’exclame Mme Laouni qui reconnaît avoir elle-même reçu un nombre incalculable de propos haineux, parfois très virulents.

Celle qui milite aussi pour l’organisme C.O.R (communication-ouverture-rapprochement interculturel) depuis dix ans croit même que la situation est pire depuis l’attentat à la Grande Mosquée de Québec.

« Dans mon organisme, on reçoit des gens qui nous transfèrent les messages haineux qu’ils reçoivent, pour nous demander quoi faire. Quelles sont les actions à prendre ? »

Sans surprise, plusieurs de ces propos haineux sur Facebook ou Twitter visent des femmes musulmanes. Celles-ci sont rapidement dirigées vers la police et des organismes d’aide puisque les séquelles psychologiques sont importantes, selon Mme Laouni.

Promouvoir le dialogue

L’objectif est donc de « briser un plafond de verre de préjugés », d’où l’idée de créer cette Semaine de la sensibilisation musulmane qui mise sur le dialogue et les échanges entre citoyens.

« La tragédie nous a beaucoup fait réfléchir. Quelqu’un a commis une tragédie incommensurable, la première de son genre après celle de Polytechnique […] Polytechnique, c’était parce que c’était des femmes et là c’était parce que c’était des musulmans qui priaient, » observe la porte-parole de la SSM.

« On voit que ce sont des gens qui ne connaissent rien du tout des gens musulmans et qui, derrière leur écran, se croient permis de dire n’importe quoi, dit Mme Laouni qui demeure néanmoins confiante que les échanges entre concitoyens seront bénéfiques. J’y crois dur comme du fer que juste par le fait de se parler on puisse parvenir à quelque chose. On peut ne pas adhérer à la même idée ou idéologie ou religion, mais on peut se respecter. »

Elle avoue d’ailleurs que les bénévoles de la SSM aimeraient bien que cette Semaine de la sensibilisation musulmane puisse un jour s’étendre à l’extérieur des grands centres urbains, particulièrement là où des mouvements d’extrême droite, comme La Meute, s’affichent.

« Ça se fait pour l’instant à Québec et à Montréal, mais j’espère que ça va s’élargir et se passer par exemple à Sherbrooke, à Trois-Rivières et ailleurs. Il faudrait qu’on aille tendre la main dans nos régions pour faire connaissance avec nos concitoyens québécois », conclut tout simplement Samira Laouni.


Quelques activités à Montréal

— Panel organisé par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence portant les formes de discrimination contre diverses minorités se tenant le 28 janvier entre 9 h à midi à la Place Dupuis

— Commémorations de la tragédie survenue à la mosquée de Québec en 2017, notamment à l’Hôtel de Ville de Montréal le 29 janvier à 17 h (places limitées) et à l’Université McGill le 29 janvier à 11 h

— Projection du documentaire « The Mosque : a Community’s Struggle » le 27 janvier à 19 h à l’Université Concordia et le 30 janvier à 18 h à l’Université McGill

— Événements pour découvrir la gastronomie algérienne et syrienne dans des restaurants et salons de thé montréalais

— Portes ouvertes dans les mosquées montréalaises participantes