Le meurtre de Sainte-Foy était-il évitable?

L’accusé était en semi-liberté et pouvait fréquenter des femmes, mais seulement pour assouvir ses besoins sexuels, selon la plus récente décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada.
Photo: iStock L’accusé était en semi-liberté et pouvait fréquenter des femmes, mais seulement pour assouvir ses besoins sexuels, selon la plus récente décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

La Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) se retrouve sous les projecteurs pour avoir permis à un homme, qui a tué sa conjointe en 2004, de rencontrer des femmes, « mais seulement afin de répondre à ses besoins sexuels ». Conséquence tragique de cette décision, le meurtrier a récidivé et tué jeudi une travailleuse du sexe dans un hôtel de Sainte-Foy, à Québec.

« Quand un homme a un historique de violence conjugale, il faudrait considérer qu’il représente un risque pour toutes les femmes. Comment peut-on arriver à l’autoriser à des contacts, mais seulement avec des travailleuses du sexe ? Comment peut-il y avoir des femmes qu’on est prêts à mettre à risque ? » questionne Simon Lapierre, professeur titulaire à l’École de service social de l’Université d’Ottawa.

Eustachio Gallese a été accusé jeudi du meurtre non prémédité de Marylène Lévesque. L’homme de 51 ans s’est livré lui-même aux policiers en confessant son crime et en précisant l’endroit où se trouvait le corps de la victime. La femme était une travailleuse du sexe oeuvrant dans un salon de massage érotique. Selon plusieurs sources, Gallese aurait été expulsé du salon après avoir été violent envers d’autres masseuses. La victime aurait accepté de le voir en dehors de son lieu de travail.

L’accusé était en semi-liberté et pouvait fréquenter des femmes, mais seulement pour assouvir ses besoins sexuels, selon la plus récente décision de la CLCC rendue en septembre dernier. Il purgeait une peine de pénitencier après avoir été reconnu coupable du meurtre de sa conjointe en 2004, dont il avait également admis le meurtre en appelant lui-même les policiers. Il avait aussi des antécédents de violence conjugale avec une conjointe précédente en 1997.

« Bien que vous disiez ne pas être prêt pour entrer en relation sérieuse avec une femme […] votre agente de libération conditionnelle a souligné qu’une stratégie a été développée afin que vous puissiez rencontrer des femmes, mais seulement afin de répondre à vos besoins sexuels », écrivent les commissaires.

Le meurtrier devait toutefois faire « preuve de transparence ». Une des conditions qui lui a été imposée était de déclarer toutes ses « relations intimes », ce qui fait bondir la directrice générale de l’organisme Chez Stella, qui vient en aide aux travailleuses du sexe.

« Le sexe n’est pas un droit. Aucune charte canadienne ne considère le sexe comme un droit à respecter », souligne Sandra Wesley. Selon elle, les commissaires étaient conscients que cette condition était inhabituelle.

« La Commission s’attend à ce que cette grille d’analyse qui a culminé à cette approche soit réexaminée », peut-on lire dans la décision de la CLCC. Pour Geneviève Quinty, directrice du Projet intervention prostitution Québec, les travailleuses du sexe ont l’impression d’avoir été considérées comme des femmes de moins grande valeur. Elle souligne également la subtilité des commissaires pour ne jamais suggérer explicitement qu’on parle de travailleuses du sexe. « Ils devaient être conscients qu’ils ne pouvaient pas l’orienter noir sur blanc vers l’achat de services sexuels », dit Mme Quinty.

Comptes exigés

Québec a aussi demandé des comptes à Ottawa. La ministre de la Justice, Sonia LeBel, a fait part de son intention d’interpeller le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, sur les circonstances entourant cette remise en semi-liberté puisque c’est la CLCC qui est responsable du dossier. Elle croit qu’il faudrait notamment se demander si les commissaires sont « suffisamment outillés pour faire l’évaluation du risque ».

Le cabinet du ministre Blair a rappelé que la protection du public est le critère prépondérant dans toutes les décisions de la CLCC. « La CLCC prend ces décisions de manière indépendante, en se fondant sur des critères établis de longue date pour promouvoir une réinsertion sociale des délinquants sécuritaire et efficace », a-t-il indiqué.

Questionnée à savoir s’il est courant que les besoins sexuels d’un délinquant soient pris en considération, la CLCC a dirigé Le Devoir vers le Service correctionnel du Canada. En fin de journée, une porte-parole a indiqué que les circonstances de cette décision sont actuellement révisées. « Nous prenons ce tragique événement très au sérieux […] Puisqu’il y a présentement une enquête criminelle en cours, il serait inapproprié de fournir plus de détails sur ce cas », indique Patricia Jean, du Service correctionnel du Canada.

Avec Hélène Buzzetti et La Presse canadienne

16 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 25 janvier 2020 09 h 39

    Ce comité mérite un « you are fired ! ». Sans appel...

  • Martin Gamache - Abonné 25 janvier 2020 09 h 40

    Une sérieuse bavure qui aurait pu être évitée

    C'est assez sidérant de constater que la Commission a pris en considération les besoins sexuels de cet homme, plaçant ainsi en situation de risque des femmes déjà vulnérables. Ils n'avaient qu'à ordonner une castration chimique, et le placer sous serveillance serrée.

  • Denis Paquette - Abonné 25 janvier 2020 10 h 23

    une prison comme son nom l'indique n'est pas un lieu de loisir, seul certains uberlus le pense

    je pense que oui,je ne pense pas que les prisons sont des lieux de thérapies , seul des sortes de gourous peuvent le penser, une thérapie totale ne peut être accomplies,que par des gens possédant un nouveau de savoir important, ma conviction est qu'il ne vivra pas longtemp en prison, car il aura porté ombrage a tous les autres

    • Gaston Bourdages - Abonné 25 janvier 2020 14 h 56

      Bonjour.
      J'ai hésité à émettre un seul commentaire sur cet article, me contentant (sic) d'écrire directement à l'autrice madame Pineda. Voilà, monsieur Paquet, que vous m'en fournissez l'occasion. Je vous en remercie.
      Ex-meurtrier ( 1989 ) j'ai des expériences de prison et de pénitencierS. Comme je le décris dans une série de quatre courts articles de presse publiés dans le journal «Montréal Campus » de l'Université du Québec à Montréal ( mars 2019) j'y décris le pénitencier comme étant «Université du crime ou de la réhabilitation, au choix de l'étudiant»
      À l'époque où j'y étais, c'était le cas.
      Tout en accord avec vous que le côté psychothérapeutique, du moins à l'époque où j'y étais, était d'une faiblesse criante.
      Avec une sentence rendue pour homicide involontaire, je rencontrais le psychologue à la hauteur d'un rendez-vous par mois.
      C'est à ma sortie de l'institution que j'y ai bénéficé d'excellents soins à ce niveau-là.
      Au pénitencier, j'ai reçu des services de très grande qualité de la part de «mon» agente de gestion de cas, prénommée Francine. Elle m'en a fait ( baver) travailler un coup sauf que j'en avais besoins mais bien évidemment pas le goût.
      Il existe, pour celles et ceux l'ignorant, trois sortes de «clientèles», du moins à mon époque, au pénitencier. Ceux qui, ponctuellement ne voulaient pas s'en sortir, ceux qui ignoraient et ceux qui voulaient. De façons générales, ceux qui voulaient, «on» les retrouvait à 4 endroits en particulier. Le milieu scolaire, la bibliothèque, le gymnase et la chapelle....tout ou presque pour contribuer à remettre un «gars sur pied» mais en y ajoutant psychothérapie lorsque disponible.
      Je m'arrête ici, de peur d'être «trop long».
      Je suis en mesure de vous écrire en ce moment parce que j'ai reçu de l'aide...énormément.
      J'ai des tonnes...pas de copies...mais de mercis à formuler.
      Mes respects,
      gaston Bourdages,
      Saint-Mathieu-de-Rioux.

  • Rose Sullivan - Inscrite 25 janvier 2020 13 h 19

    Bien sûr

    Le meurtre de cette jeune femme aurait facilement pu être évité, bien sûr. Si l'équipe de gestion de cas du meurtrier avait pu évaluer son cas comme il faut, si elle avait considéré et respecté la loi interdisant l'achat de services sexuels, si cette jeune femme avait pu sortir facilement de ce milieu, comme elle souhaitait le faire, si les médias cessait de banaliser la prostitution et de considérer que parfois c'est correct que des femmes soient marchandés, si les salons de massages etaient considérés pour ce qu'ils sont, des lieux d'exploitations sexuels... Si la prostitution était perçue pour ce qu'elle est, en soi, une violence, et que la société cessait de la banaliser et l'encourager de milles et une manière, cette jeune femme, ainsi que des centaines d'autres au Québec, seraient encore vivantes.

  • Clermont Domingue - Abonné 25 janvier 2020 14 h 32

    Sexe, droits et liberté.

    Je suis pour le droit de baiser.Je suis aussi pour la liberté. Quand on met un meurtrier en prison, on le prive de sa liberté.Comment expliquer qu'on lui laisse le droit de baiser?