Québec veut resserrer les règles de sécurité après le drame du Lac-Saint-Jean

À l’heure actuelle, le gouvernement ne dispose d’aucun recensement des guides de motoneige ni des formations qu’ils ont suivies.
Photo: Charles-Frederick Ouellet Le Devoir À l’heure actuelle, le gouvernement ne dispose d’aucun recensement des guides de motoneige ni des formations qu’ils ont suivies.

L’industrie touristique québécoise a accueilli à bras ouverts les nouvelles règles, annoncées jeudi, encadrant la pratique de la motoneige et d’autres activités d’aventure, alors que les recherches se poursuivaient pour localiser les touristes portés disparus au Lac-Saint-Jean.

« Nous sommes très favorables à tout ce qui touche de près ou de loin la sécurité des motoneigistes et nous allons collaborer afin d’implanter ces nouvelles règles », a déclaré la directrice des opérations de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec, Marilou Perreault.

En matinée, la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, annonçait que les guides d’excursions de véhicules hors route (motoneiges, quads) devront bientôt disposer d’une formation. Toutes les personnes qui louent ce type de véhicule, dont les touristes, devront aussi suivre une formation, évidemment moins exhaustive.

« À la lumière de l’accident de mardi, nous nous sommes entendus sur le fait qu’il fallait agir maintenant et sans attendre », a déclaré la ministre en conférence de presse à Laval. Mme Proulx a ainsi devancé l’annonce de la mesure qui est élaborée en collaboration avec le ministre des Transports, François Bonnardel, depuis l’automne dernier.

Le contenu et le format de ces formations, de même que la question de savoir qui pourra les donner, feront l’objet de discussions dès la rentrée parlementaire.

À l’heure actuelle, le gouvernement ne dispose d’aucun recensement des guides de motoneige ni des formations qu’ils ont suivies. Plusieurs cours différents existent, dont certains donnés à l’interne par les entreprises d’excursions. Les utilisateurs, quant à eux, peuvent chevaucher une motoneige louée sans formation.

Mme Perreault ne croit pas que la fréquentation des sentiers va diminuer à cause des nouvelles règles plus contraignantes ou en raison de l’accident. « Les gens sont capables de faire la part des choses, soutient-elle. Ils comprennent que l’accident survenu au Lac-Saint-Jean est un événement isolé, cela dit sans vouloir diminuer du tout l’ampleur de la tragédie. »

Xavier Gret, le p.-d.g. de l’Association Hôtellerie Québec, ne s’attend pas non plus à ce que les règles annoncées ralentissent les activités touristiques liées à la motoneige, dont beaucoup de ses membres bénéficient.

« Étant donné la publicité négative qu’entraîne actuellement l’accident en Europe, c’est une très bonne idée de donner des formations renforçant la sécurité », dit-il.

L’Alliance de l’industrie touristique du Québec voit dans le resserrement des règles de sécurité un élément contribuant positivement au choix du Québec comme destination. Tourisme Alma Lac-Saint-Jean a également salué l’initiative ministérielle.

Une accréditation

Une autre déclaration figurait déjà au programme de la ministre Proulx avant même la tragédie de cette semaine.

Jeudi, elle a ainsi annoncé que les entreprises de tourisme de nature et d’aventure — motoneige, mais aussi kayak, ski hors piste, etc. — devront disposer de l’accréditation Qualité Sécurité délivrée par le regroupement Aventure Écotourisme Québec afin d’avoir accès à des subventions publiques, et ce, dès maintenant.

Actuellement, 135 entreprises adhèrent à ce programme, qui inclut, entre autres, des formations pour les guides, des inspections et la visite de clients mystères.

Une enveloppe de 200 000 $ allouée à Aventure Écotourisme Québec lui permettra d’accréditer la centaine de ses entreprises-membres qui ne participent pas encore au programme.

Suivi de l’accident

À Saint-Henri-de-Taillon, la Sûreté du Québec (SQ) poursuivait ses recherches jeudi dans les eaux glaciales et sur les berges du lac Saint-Jean pour retrouver les cinq motoneigistes français qui manquent toujours à l’appel.

Le corps policier a par ailleurs révélé leur identité. Il s’agit de Gilles Claude, 58 ans, de Yan Thierry, 24 ans, de Jean-René Dumoulin, 24 ans, de Julien Benoît, 34 ans, et d’Arnaud Antoine, 25 ans.

En fin d’après-midi, la SQ a annoncé que quatre motoneiges ont été retrouvées dans le même secteur où, la veille, deux véhicules avaient été localisés. Une motoneige est toujours manquante. Les chances de retrouver les disparus en vie paraissaient alors quasi nulles.

Une trentaine de policiers étaient sur place, notamment des équipes de plongeurs, des motoneigistes, des sauveteurs, un pilote de drone, des enquêteurs et des patrouilleurs. La SQ utilisait des propulseurs sous-marins munis d’un sonar afin d’examiner le fond de l’eau. Des hélicoptères survolaient le secteur.

Mardi soir, un groupe de neuf motoneigistes s’est aventuré sur le lac Saint-Jean dans le secteur de La Grande Décharge (considéré comme dangereux en raison de ses glaces minces), probablement pour prendre un raccourci. Trois personnes ont regagné la berge, sauves. Le guide du groupe, Benoît L’Espérance, 42 ans, est décédé à l’hôpital après avoir réussi à s’extirper des eaux.

Avec La Presse canadienne