Les femmes autochtones ont des besoins particuliers pour sortir de la prostitution

«Il y a cette mentalité que les femmes autochtones sont plus achetables», déplore une intervenante. 
Photo: iStock «Il y a cette mentalité que les femmes autochtones sont plus achetables», déplore une intervenante. 

Surreprésentées parmi les travailleuses du sexe à Val-d’Or, les femmes autochtones sont victimes de préjugés importants et se heurtent à de nombreux obstacles lorsqu’elles tentent de s’en sortir, constate Mélanie Manceau, intervenante communautaire au CALAC de Val-d’Or qui espère qu’au terme des travaux de la Commission sur l’exploitation sexuelle des mineurs, le gouvernement déliera les cordons de la bourse pour leur offrir des services spécifiquess.

Depuis deux ans, Mélanie Manceau aide les femmes de Val-d’Or à sortir de la prostitution et tente de documenter les obstacles qu’elles éprouvent. Elle travaille avec des femmes blanches et métisses, mais surtout avec des femmes autochtones. Le principal obstacle ? Le racisme systémique, répond Mme Manceau, en entrevue au Devoir à la veille de la journée de consultations qui se tiendra à Val-d’Or jeudi.

« Il y a cette mentalité que les femmes autochtones sont plus achetables, qu’il n’y a qu’elles qui font de la prostitution à Val-d’Or. Il y a de gros préjugés. Parce que oui, elles sont surreprésentées, mais ce n’est pas exclusif. »

Mélanie Manceau a elle-même subi les conséquences de ces préjugés. « Je ne suis pas autochtone, mais j’ai des traits. Ma première année à Val-d’Or, des hommes m’arrêtaient sur la rue pour me demander c’est combien pour une pipe parce qu’ils croyaient que j’étais autochtone. Comme s’ils pensaient que c’était davantage permis d’aborder une femme comme ça parce qu’elle est autochtone, comme si ça allait de soi ! »

Un autre des obstacles, c’est le prix des loyers qui a explosé dans cette région ressource. « Un 4 ½ pas chauffé, ça coûte 1200 $. Il n’y a pas de logements sociaux, et ça relègue les femmes moins fortunées dans des appartements avec des punaises de lit et des coquerelles. Alors, les 600 et quelques dollars qu’elles reçoivent de l’aide sociale, plusieurs n’arrivent même pas à se nourrir. Cette année, j’ai fait beaucoup de dépannage alimentaire. »

Lorsqu’elles sortent de ce milieu, sans diplôme d’études secondaires, plusieurs peinent à se trouver un emploi. « Certaines vont essayer d’aller faire des ménages dans des chambres d’hôtel, mais chaque fois qu’elles passent une porte, elles se retrouvent en panique. Dans le milieu de la restauration, il y a tellement de stress, elles n’y arrivent pas. En plus, les serveuses se retrouvent devant leurs clients, qui viennent manger avec leur famille. Parce que la prostitution, c’est monsieur Tout-le-Monde. Ça crée des malaises. »

Autant d’obstacles qui lui font dire qu’il faut améliorer l’offre de services pour les femmes victimes d’agression sexuelle. « Sortir de la prostitution, c’est très difficile, il y a énormément d’allers-retours. C’est complexe parce que ce n’est pas juste d’arrêter un comportement, il y a des conséquences, physiques et mentales. Ça prendrait un endroit qui leur permettrait d’être en sécurité pour pouvoir se reconstruire. Une maison d’hébergement avec des ressources adaptées. Et ça n’existe pas présentement. »

Même si la commission s’intéresse plus précisément à la situation des mineurs, Mélanie Manceau espère que les élus vont voir l’importance d’offrir des services aux victimes de tout âge, puisque la grande majorité des prostituées ont commencé alors qu’elles étaient mineures.