Un dernier hommage aux victimes canadiennes

La cérémonie commémorative a fait salle comble au théâtre Symposia dimanche.
Photo: Adil Boukind Le Devoir La cérémonie commémorative a fait salle comble au théâtre Symposia dimanche.

Un dernier hommage aux victimes de l’avion abattu par au moins un missile iranien a été rendu dimanche à Montréal. Encore sonnés, des proches des disparus ont livré un vibrant plaidoyer pour que la vérité jaillisse, aussi bouleversante soit-elle.

 

« Comment se fait-il que l’appareil ait pu décoller [de l’aéroport de Téhéran] dans un contexte aussi tendu entre l’Iran et les États-Unis ? », s’interroge encore Armin Morattab. L’homme a perdu son frère jumeau, Arvin, dans l’écrasement du vol PS752 d’Ukrainian Airlines la semaine dernière.

 

Arvin Morattab et sa conjointe Aida Farzaneh font partie des 57 Canadiens — dont plusieurs Québécois — ayant perdu la vie dans ce drame qui a fait 176 victimes. Téhéran a déjà reconnu sa responsabilité, alors que le missile (possiblement deux) a été tiré sur ordre des Gardiens de la Révolution.

 

Lorsqu’Armin songe au décès tragique de son complice de toujours, la tristesse se mêle à l’incompréhension, puis à la colère. « L’Iran a causé la mort de gens issus de son propre peuple, des gens intelligents qui réussissaient dans la vie », s’insurge-t-il.

 

Comme beaucoup d’autres, il veut que la lumière soit faite sur les causes de l’écrasement. Et surtout, que « les responsables soient traduits en justice ».

 

Pour cela, il exhorte Ottawa à maintenir la pression sur Téhéran pour qu’une enquête « transparente » en sol iranien suive son cours. « Jusqu’à présent, on est satisfait de l’approche du gouvernement canadien », tient-il à préciser, saluant du même coup l’« empathie » plus que bienvenue dont Ottawa a fait preuve. « Mais c’est la première étape », insiste-t-il.

 

Cette soif de vérité a trouvé écho chez des proches de victimes lors de la cérémonie commémorative qui a fait salle comble au théâtre Symposia dimanche. « Nous avons besoin d'explications, d'explications claires. Qu'est-il arrivé à nos amis, à nos êtres chers ? », a lancé, visiblement secouée, Elnaz Moein, une amie intime de Sara Mamani.

 

Cette femme de 34 ans et son mari Siavash Ghafouri-Azar sont décédés dans l’écrasement. Le couple d’ingénieurs spécialisés en aéronautique était nouvellement marié, et il venait tout juste de s'acheter une maison à Longueuil.

 

Leur « rêve » d’y fonder une famille ne pourra jamais se concrétiser, le destin en ayant choisi autrement, a laissé tomber, émue, Elnaz Moein. « Cette tragédie a changé la vie de tant de personnes, de telle sorte que les choses ne seront plus jamais les mêmes. Plus jamais. Je n'arrive pas à croire que j'ai perdu ma magnifique amie… »

Photo: Adil Boukind Le Devoir

À travers ces témoignages touchants, des élus des divers paliers de gouvernement ont également pris la parole. De même que des représentants de la communauté iranienne, ukrainienne et afghane.

 

Les raisons « injustes » de ce « simple retour à la maison » qui s’est soldé par un drame « invraisemblable » doivent être éclaircies, a fait valoir Nadine Girault, ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie.

 

Celle-ci a aussi noté qu’il y a « toujours » des hommes et des femmes innocents qui paient de leur vie « l’escalade dans les rapports de force entre nations ». 

 

Des propos repris par l’ancien député de Québec solidaire Amir Khadir. À ses yeux, si les tensions n’étaient pas montées d’un cran entre les États-Unis et l’Iran dans les dernières semaines, jamais une telle tragédie ne serait survenue.

 

Les ministres fédéraux étant présentement réunis à Winnipeg, c’est la députée d’Hochelaga, et secrétaire parlementaire du ministère de l’Immigration, Soraya Martinez, qui a représenté Ottawa lors de l’événement.

 

La cérémonie commémorative de dimanche a été organisée par le Centre social d’aide aux immigrants (CSAI), épaulé par des associations étudiantes universitaires et l’association littéraire des Iraniens de Montréal.

 

Le CSAI a annoncé la création de deux bourses en mémoire des victimes, dont la majorité étaient fortement éduquées. La directrice générale de l’organisme, Lida Aghasi, a tendu la main à Québec et à Ottawa, de même qu’aux universités canadiennes, afin de bonifier et éventuellement élargir cette initiative.