Inquiétude croissante des parrains de réfugiés

Sylvain Thibault en réunion pour discuter de l'action de dimanche 19 janvier devant les bureaux de l'immigration.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Sylvain Thibault en réunion pour discuter de l'action de dimanche 19 janvier devant les bureaux de l'immigration.

À trois jours du dépôt des dossiers, un vent de panique souffle de plus en plus fort au sein des organismes et des groupes souhaitant parrainer des réfugiés. Ceux-ci en ont contre la règle, jugée « barbare », du ministère de l’Immigration obligeant le dépôt du dossier par un messager, ce qui cause une surenchère des prix.

Selon nos informations, le climat de compétition est tel que des gens attendaient même déjà dans leurs voitures jeudi soir devant les bureaux du ministère rue Notre-Dame à Montréal. Une liste informelle contenant quelques noms aurait commencé à s’improviser.

Durant la journée, le téléphone des entreprises de messagerie n’a pas dérougi. « Rien qu’aujourd’hui, j’ai eu minimum 100 appels pour le ministère de l’Immigration », a lancé Pierre-Luc Martel, qui coordonne diverses entreprises de messagerie, dont Atomic Courrier, Top Gun, Courrier Interface et Speedo. Une réfugiée syrienne en pleurs est même venue le supplier de livrer son dossier, mais il dit s’être arrêté à 20. « On doit dire non parce que si on n’est pas capables de déposer, on n’aide pas ces gens-là. » Il dit demander 400 $ plus taxes pour le service, qui implique un relais entre les coursiers à partir de samedi. D’autres entreprises contactées par Le Devoir avaient des prix similaires.

Selon Nathalie Marchildon, tout ce climat malsain de compétition est causé par le faible nombre de dossiers acceptés par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). Lundi, à peine 750 demandes venant de divers groupes et organismes seront acceptées, dont 100 sont réservées aux particuliers, soit aux petits groupes « de 2 à 5 personnes physiques ».

Le MIFI dit imposer la règle du messager pour ne pas désavantager les groupes vivant loin de Montréal. Pour Mme Marchildon, cette façon de faire demeure « barbare ». « On veut tous aider mais [les règles] nous obligent à être en concurrence. C’est comme si on jouait à « mon réfugié est plus important que le tien » », se désole celle qui, avec des amis, dépose deux demandes pour faire venir des membres de la famille de Syriens qu’elle a déjà parrainés.

Pas de garanties

Sylvain Thibault et ses amis, qui déposent deux dossiers pour parrainer des Congolais, ne courront pas de risque : ils seront là dès samedi, dans un motorisé loué. « Pour nous, c’est important d’être présent. On ne peut pas juste confier l’enveloppe à quelqu’un qui ne sait même pas c’est quoi un réfugié. »

Denis Nault, directeur de la messagerie Performance, croit lui aussi que les entreprises de messagerie ne devraient pas avoir le sort de ces familles entre leurs mains. Il se dit très « stressé » par son rôle et a préféré n’accepter que trois dossiers pour être certain de « livrer la marchandise ». « C’est du monde tellement désespéré, je ne veux pas me planter. »

La grande crainte, c’est que malgré toute la bonne volonté du messager, celui-ci n’a pas de contrôle sur la longueur de la file d’attente et le déroulement de l’opération. Lors du précédent dépôt en septembre 2018, Nathalie Marchildon était 13e dans la file, mais des coursiers devant elle ont déposé des boîtes remplies de demandes. Deux semaines plus tard, le ministère lui a envoyé un avis disant que son dossier allait lui être retourné, car il n’avait pas été reçu parmi les 100 premiers.

Le MIFI confirme qu’un seul messager pourra remettre plusieurs dossiers. Il dit avoir mis en place des mesures pour « assurer un meilleur déroulement » que la dernière fois, en 2018.