Une cérémonie aux airs de communion à Montréal

Une cérémonie commémorative a eu lieu dimanche à Montréal pour rendre hommage aux quelque 200 000 victimes qui ont perdu la vie dans le tremblement de terre qui a secoué Haïti il y a maintenant dix ans.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une cérémonie commémorative a eu lieu dimanche à Montréal pour rendre hommage aux quelque 200 000 victimes qui ont perdu la vie dans le tremblement de terre qui a secoué Haïti il y a maintenant dix ans.

Plusieurs centaines de personnes ont pris part aux commémorations du 10e anniversaire du séisme à Haïti, dimanche à la Tohu. Survivants et endeuillés se sont réunis pour une minute de silence en l’honneur des disparus à 16 h 53, l’heure même où tout a basculé le 12 janvier 2010.

Après le silence, le vacarme. Au son des tambours, la foule a été encouragée à faire son propre « goudougoudou », mot haïtien qui désigne le bruit provoqué par les mouvements du séisme. Plusieurs ont ensuite crié des noms de victimes qui sont décédées dans le puissant tremblement de terre où une trentaine de secondes ont suffi pour tuer 200 000 personnes en plus d’en blesser 300 000 autres.

 

« Ayibobo », ont scandé les gens dans les gradins, animés par la maîtresse de cérémonie, Maguy Métellus. Cette exclamation en créole a une signification proche du mot « amen » et se veut « un cri qui exprime la joie et l’exaltation aussi bien que la douleur, les compliments ou la prière », a-t-elle expliqué.

« Ce 12 janvier, le bruit et la fureur nous ont engloutis. Certains en sont sortis vivants, d’autres y furent aspirés à jamais », a déclaré au micro Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d’Haïti, qui a coordonné l’événement. « Personne n’a oublié, voilà pourquoi nous sommes ici ce soir, voilà pourquoi nous commémorons. Pour honorer tous ceux qui sont morts », a-t-elle résumé.

« Ça a pris tous les Haïtiens. C’est un truc qui est arrivé, comme si tout s’écroulait, tout s’était écroulé », se souvient la cinéaste Laurence Magloire, survivante du puissant tremblement de terre. Lors de la secousse, elle se trouvait dans sa chambre, en banlieue de Port-au-Prince. « J’allais prendre quelque chose et je me suis dit : “Il me semble que je vais tomber par terre.” Ça te jette à terre », raconte-t-elle.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une femme brandissant son poing lors de la cérémonie de commémoration organisée dimanche à la Tohu en l’honneur des victimes du séisme

« J’ai senti la secousse. Je n’ai rien vu casser autour de moi, dans mon quartier non plus. » Ce n’est que quand elle a reçu un appel de sa fille qu’elle a compris l’ampleur de ce qui s’était produit. « Ma fille m’appelle : “L’hôpital est tombé. L’hôpital de sept étages est devenu un étage” », illustre-t-elle. La cinéaste n’a heureusement perdu personne de sa famille immédiate.

Montréalais d’origine haïtienne, Réginald Raymond, comme bien d’autres, a quant à lui eu moins de chance. L’un de ses amis est mort dans la tragédie, écrasé sous un bloc de ciment. « C’est un peu dur, des fois. On est avec des amis et Patrick n’est pas là, il est décédé », regrette-t-il.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a tenu à souligner les liens qui unissent les Montréalais et la communauté haïtienne, notamment lors des moments qui ont suivi la tragédie. « La communauté haïtienne de Montréal n’était pas toute seule à ce moment-là parce qu’il y avait les autres Montréalais, qui eux aussi ont dit “présent” », a-t-elle relaté, saluant la « force et le courage » du peuple haïtien. « La résilience, c’est une belle qualité. Mais il faut avoir de l’aide tout autour pour faire en sorte de ne pas se sentir seul et abandonné », a-t-elle déclaré, rappelant qu’à « Montréal, on sera toujours là ».

Beaucoup à faire

Plusieurs des personnes présentes estimaient qu’il y a encore beaucoup à faire pour qu’Haïti se reconstruise.

Laurence Magloire raconte avoir sondé la population haïtienne lors d’un vox-pop pour commémorer les dix ans du séisme. « Les gens disent qu’ils sont dans de la plus grosse merde qu’avant, rien n’a changé », déplore-t-elle.

« Il y a beaucoup de corruption là-bas, je ne sais pas si ça va changer un jour. Un jour, je pourrai retourner en Haïti et dire : “Je suis bien dans mon pays.” C’est mon rêve », espère pour sa part Réginald Raymond.

« Nous ne baissons pas les bras. Haïti n’est pas seule face à la violence des inégalités et injustices sociales. L’indécence de ceux qui possèdent plus de la moitié des richesses de la planète est écoeurante, mais nous savons que bien des peuples résistent », a déclaré de son côté Mme Métellus. « Et si le prochain goudougoudou venait de nous ? » ajoute-t-elle.