Un journal cher à ses abonnés fidèles

«Le Devoir» doit beaucoup à ses abonnés, et ils le lui rendent bien.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Le Devoir» doit beaucoup à ses abonnés, et ils le lui rendent bien.

Le Devoir a retenu quelques portraits de lecteurs à l’occasion de son 110e anniversaire. Des abonnés récents ou fidèles, qui portent une affection toute particulière à ce journal qui leur doit beaucoup.


 

L’enfant d’une pionnière

« Je suis née avec Le Devoir, non pas dans le biberon, mais pas loin », raconte Christine Rowan. Il faut dire que sa mère, Renée Rowan, y a longtemps travaillé : elle y est devenue, au tournant des années 1950, la première femme journaliste exclusivement attitrée à la section générale d’un grand quotidien québécois.

Ce journal a donc « nourri » la vie de Christine, alimentant d’innombrables conversations autour de la table. À tel point que son départ de la maison familiale, une fois mariée, l’a passablement inquiétée. « J’avais peur que ma vie ne soit plus aussi stimulante et intéressante, sans toutes ces histoires et ces entrevues que racontait ma mère », confie-t-elle. Comme la fois du premier vol direct Montréal-Paris ou celle de la victoire du Parti québécois aux élections de 1976.

Renée Rowan a ainsi transmis l’affection toute particulière qu’elle portait au Devoir à ses enfants, raconte sa fille, qui ont ensuite fait de même. « Et puis, honnêtement, si on devait changer de journal, on se sentirait tellement coupable ! » lance-t-elle.

L’indépendance du Devoir, son suivi serré de l’actualité et la « qualité » de ses chroniqueurs continuent de la garder accrochée, dit-elle. De même que le D Magazine publié tous les week-ends. « J’espère que ce journal va continuer encore longtemps. »

Christine Rowan, 63 ans

Montréal, Québec

*****

La doyenne des lecteurs

« Je lis Le Devoir tous les samedis. Mais je ne le lis plus d’un bout à l’autre : mes yeux ne suivent plus tout ! » s’exclame au bout du fil Madeleine Baril, 106 ans. « Mais tu le lis quand même », s’empresse d’ajouter sa fille Marie-Claire.

Celle qui pourrait s’arroger le titre de doyenne des lecteurs du Devoir ne cache pas son enthousiasme lorsque jointe à son appartement montréalais, où elle réside toujours. Et elle ne se gêne pas non plus pour adresser au passage une petite critique : l’irrégularité sporadique de son camelot. « Un samedi, j’ai le journal à 7 h du matin. Je l’ai ensuite à 10 h de l’avant-midi », témoigne-t-elle. Mais, de son propre aveu, la dame ne s’en formalise pas trop. Non, ce qui la chicote surtout, c’est d’avoir du mal à le rencontrer ces temps-ci pour lui donner son pourboire.

Pour les Baril, Le Devoir est une « histoire de famille », ajoute Madeleine. « Moi, j’ai 76 ans, et on l’a toujours reçu à la maison », renchérit sa fille Marie-Claire. Son père, qui a oeuvré dans le domaine de l’édition, était lui-même un lecteur assidu. Il était aussi un ami « très intime » de Gérard Pelletier et de Claude Ryan, qui furent respectivement journaliste et directeur du journal fondé par Henri Bourassa.

« En tout cas, il faut que ça continue », insiste Madeleine Baril.

Madeleine Maher Baril, 106 ans

Montréal, Québec

*****

Une école de journalisme

« J’ai connu Le Devoir quand j’étais au cégep », relate Jean-Pierre Deschênes. C’est un collègue étudiant qui le lisait — tout en le citant allègrement, se souvient-il. Depuis, ce journal à l’époque dirigé par Claude Ryan n’a cessé d’être au coeur de son quotidien.

En début de carrière, M. Deschênes a oeuvré comme journaliste dans un petit hebdomadaire de Trois-Pistoles, dans le Bas-Saint-Laurent. À l’époque, les formations en journalisme n’existaient pas, fait-il remarquer. Le Devoir a donc été son « école », là où il y glanait de nouvelles expressions pour ajouter plus de couleur à ses propres papiers. « Je me souviens surtout de celle-ci , "colmater une brèche"», lance-t-il dans un éclat de rire. « Je ne savais pas ce que ça voulait dire. C’est Le Devoir qui me l’a appris ! »

Le journal a aussi fait partie intégrante de sa vie d’attaché politique. D’abord au sein du gouvernement de René Lévesque, puis dans celui de Brian Mulroney. Pendant 12 ans, il a donc scruté tous les jours ce que rapportait la presse.

« Mais maintenant que je suis à la retraite, Le Devoir est devenu mon journal », insiste M. Deschênes. Celui-ci se permet certes quelques « écarts », pour lire les chroniques de la compétition, mais il ne peut se passer des textes « plus réfléchis » du quotidien de la rue Berri. « Le Devoir, c’est mon compagnon de tous les jours. »

Jean-Pierre Deschênes, 70 ans

Trois-Pistoles, Québec

*****

Un travail d’éducation

« C’est le seul, à travers tout le Québec, qui traite aussi  bien les grands enjeux liés à l’éducation », précise d’emblée Chris Eustace, un enseignant du secondaire à la retraite.

« En fait, ce que Le Devoir fait, c’est d’éduquer les gens, davantage que la télévision, la radio ou les autres journaux, qu’ils soient francophones ou anglophones », ajoute-t-il.

Ce résident de Pierrefonds est abonné au Devoir depuis une dizaine d’années, à peine. Le journal était régulièrement cité dans des topos et des articles sur les commissions scolaires, raconte-t-il en guise d’explication. Curieux, il s’est donc abonné. Depuis, il ne l’a plus lâché : il le lit assidûment, commente en ligne au bas des textes. Il prend même la plume à l’occasion pour écrire au courrier des lecteurs, ou aux chroniqueurs et éditorialistes ayant consacré un papier à l’éducation.

Sans oublier le fait, mentionne-t-il, que Le Devoir lui permet de pratiquer la langue de Molière.

Chris Eustace a particulièrement apprécié l’exercice auquel s’était livré Le Devoir en 2018, pendant la campagne provinciale, en invitant, à l’occasion d’un grand débat, les porte-parole des principaux partis en matière d’éducation.

« J’y suis allé ! J’ai d’ailleurs écrit une courte lettre pour dire à quel point j’avais aimé ça. »

Chris Eustace, 74 ans

Pierrefonds, Québec