Une perpétuelle évolution numérique

«Le numérique n’est plus une simple copie du papier, non seulement parce que les lecteurs consultent différemment l’information sur les deux supports, mais aussi parce que nous avons à notre disposition tout un arsenal multimédia, comme la vidéo ou le journalisme de données», affirme Florent Daudens, directeur de l’information.
Photo: Le Devoir «Le numérique n’est plus une simple copie du papier, non seulement parce que les lecteurs consultent différemment l’information sur les deux supports, mais aussi parce que nous avons à notre disposition tout un arsenal multimédia, comme la vidéo ou le journalisme de données», affirme Florent Daudens, directeur de l’information.

En 110 ans, Le Devoir a connu plusieurs innovations technologiques, mais la dernière décennie aura été celle de la transition numérique. Entrevue avec Florent Daudens, directeur de l’information et contremaître de ce chantier perpétuel.

 
 

Comment Le Devoir a-t-il choisi de se positionner par rapport aux avancées technologiques ?

Notre approche est l’innovation constante. Le numérique évolue sans cesse et ce serait une illusion de croire que nous pouvons trouver une recette magique. C’est d’ailleurs dans l’ADN du Devoir. L’un des traits de caractère de la salle de rédaction est que les journalistes sont prêts à embarquer dans l’inconnu, à essayer de nouvelles façons de raconter l’information. Et nous sommes un média capable de tester des idées rapidement, ce qui est un avantage certain par rapport à des concurrents.

Pour soutenir cette innovation, nous avons enrichi la rédaction en faisant entrer des gens ayant des compétences nouvelles en vidéo, en motion design ou en code, ainsi qu’en renforçant nos effectifs de l’équipe numérique.

L’approche éditoriale est-elle la même lorsqu’il s’agit d’information livrée sur les plateformes numériques et sur les plateformes traditionnelles ?

Sur le plan des valeurs journalistiques, absolument. Rigueur, rigueur, rigueur, comme dirait l’autre.

En revanche, le numérique n’est plus une simple copie du papier, non seulement parce que les lecteurs consultent différemment l’information sur les deux supports, mais aussi parce que nous avons à notre disposition tout un arsenal multimédia, comme la vidéo ou le journalisme de données.

Ces outils nous permettent de faire un journalisme différent au niveau du récit, ce qui est d’autant plus essentiel dans notre modèle économique basé sur l’abonnement. Nos lecteurs de l’imprimé en profitent aussi, car certaines innovations du numérique se retrouvent dans le papier, par exemple avec une double page de résultats en cartes et en graphiques au lendemain des élections.

Une autre différence fondamentale réside dans le « sens » de la diffusion. Un journal est un objet que le lecteur choisit de lire. Sur le numérique, nous devons rejoindre le lecteur là où il se trouve. Cette différence implique de penser à des stratégies de diffusion de plus en plus pointues, et je crois beaucoup à l’apport des journalistes dans ce travail. Nous faisons notre métier pour être lus, mais nous négligeons souvent la dernière étape qui est de réfléchir à la façon de faire rayonner notre journalisme.

Nous avons par exemple innové lors de la campagne électorale provinciale en créant Le courrier électoral, qui répondait à deux besoins : synthétiser l’actualité intense des journées de campagne et aller porter l’information directement au lecteur, dans sa boîte courriel. Cela a été un franc succès, dont certains concurrents ont semblé directement s’inspirer.

Comment un quotidien comme Le Devoir arrive-t-il à s’adapter en continu aux nombreux changements ?

L’ingrédient principal, c’est que tout le monde dans la salle se sente concerné. Une grande partie de notre avenir passe par le numérique, et nous espérons que tout le monde prenne le train. Cela implique de changer des façons de faire et de développer de nouvelles compétences, mais nous y croyons et c’est pour cela que nous « achalons » gentiment notre équipe.

L’autre aspect majeur, c’est de se donner le droit à l’erreur. Lorsque nous testons de nouvelles façons de faire, nous analysons les résultats et les éventuels problèmes rencontrés en chemin, afin de faire mieux la prochaine fois. D’une certaine façon, les projets ratés sont parfois les plus fertiles. Et il ne faut pas hésiter à débrancher un projet quand il ne fonctionne pas, afin de concentrer nos efforts aux bons endroits.