Le juge du procès Weinstein restera en place

La sélection du jury pour le procès de Harvey Weinstein se poursuit.
Photo: Mark Lennihan Associated Press La sélection du jury pour le procès de Harvey Weinstein se poursuit.

Le juge James Burke ne voit aucune raison de se récuser du procès de Harvey Weinstein: il a rejeté jeudi matin la motion déposée la veille par les avocats du producteur déchu.

 

« Un juge qui réprimande un accusé pour avoir à plusieurs reprises refusé de suivre les ordres de la Cour ne montre pas de biais: c’est simplement un juge qui maintient l’ordre et le décorum dans sa salle », a-t-il dit. 

 

Tout inculpé doit être capable de « suivre des instructions simples », comme celle de ne pas utiliser son téléphone cellulaire dans la salle d’audience, a mentionné le juge Burke dans sa réponse orale d’une vingtaine de minutes. Le fait de rappeler quelqu’un à l’ordre à cet effet, même sévèrement, n’a rien à voir avec une forme de partialité, a-t-il suggéré.

 

La défense reprochait au juge Burke une intervention vive survenue mardi matin, peu avant que ne débute la sélection du jury. Voyant Weinstein penché sur son téléphone, le juge l’avait vertement sermonné, ainsi que ses avocats, en rappelant qu’il avait émis une consigne stricte applicable à tous dans la cour : pas de téléphone, sous aucune condition.

 

« M. Weinstein, est-ce que c’est vraiment la manière dont vous voulez vous retrouver en prison pour le reste de votre vie, parce que vous textez, et violez un ordre de la cour ? », avait notamment lancé le juge devant un Weinstein visiblement hébété par la vigueur de sa réaction. Les avocats de Weinstein ont qualifié de « préjudiciables et incendiaires » les propos du juge.

 

Jeudi, ce dernier a expliqué qu’il n’a « jamais voulu dire que Harvey Weinstein » irait en prison pour la vie parce qu’il utilisait son téléphone — ou qu’il présumait que Weinstein irait en prison, ou que ce serait pour la vie. « Tout ce que je voulais était de lui faire peur suffisamment pour le décourager d’utiliser son téléphone », a-t-il dit. 

 

La procureure a d’ailleurs noté dans son intervention avant la décision que « le défenseur a, de manière répétée, ignoré ou volontairement contrevenu à des ordres de la cour. Et maintenant, après avoir été réprimandé, il crie au préjudice ? » « L’interdiction d’avoir des téléphones cellulaires est une règle qui s’applique dans toutes les salles de ce palais de justice », a-t-elle dit.

 

Pas de carnaval

James Burke a aussi rejeté tous les autres éléments de la motion, qui avaient déjà été discutés plus tôt dans la semaine. La défense désirait notamment que le processus de sélection du jury soit remis à plus tard, le temps que le bruit médiatique autour du dépôt de nouvelles accusations contre Weinstein (à Los Angeles) s’estompe.

 

Le juge a également souligné à la défense que sa description d’un cirque médiatique autour du procès était largement exagérée. Dans la motion de mercredi, photos à l’appui, on affirmait que « M. Weinstein doit se frayer un chemin à travers » des hordes de curieux et de journalistes, et que la salle était « remplie à pleine capacité de journalistes, qui font la file dans les rues et les corridors » pour apercevoir l’accusé. 

 

Le Devoir le soulignait mercredi: cette description ne correspond pas à la réalité — du moins pas depuis mardi. « La salle d’audience est à moitié vide ce matin », a d’ailleurs relevé le juge Burke jeudi. 

 

« Il n’y a pas d’ambiance carnavalesque », a-t-il dit. « Tout le monde se comporte bien [depuis le début]. À l’intérieur de la salle d’audience, nous avons une atmosphère très modeste et modérée. » Les médias doivent « d’ailleurs être félicités pour la manière dont ils se conduisent », pense-t-il. 

 

Des jurés bredouilles

Par ailleurs, le processus de sélection du jury — qui en est à sa troisième journée — a été retardé jeudi par des ennuis médicaux éprouvés par la procureure au dossier, Joan Illuzzi. 

 

Les 120 citoyens qui avaient été convoqués devront revenir en Cour vendredi. Ils n’ont pas eu à signaler au juge s’ils pensaient être incapables de juger cette cause, au contraire des deux premiers groupes de jurés potentiels qui sont venus mardi et mercredi. Cette étape a permis d’éliminer plus du tiers des premiers candidats jusqu’ici. 

 

Ceux qui franchissent cette première étape de sélection repartent chez eux avec un questionnaire de quelque 70 questions à remplir, et qui vise à déceler tout biais potentiel par rapport à la cause. Jusqu’ici, une soixantaine des 240 jurés qui se sont présentés ont reçu un questionnaire. 

 

Le procès comme tel devrait commencer autour du 21 janvier, souhaite le juge Burke. 

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