Trouver un jury pour le procès d'Harvey Weinstein, tout un défi

L’avocate de Harvey Weinstein, Donna Rotunno, est une ex-procureure spécialisée dans la défense des hommes accusés d'agressions sexuelles
Photo: Seth Wenig Associated Press L’avocate de Harvey Weinstein, Donna Rotunno, est une ex-procureure spécialisée dans la défense des hommes accusés d'agressions sexuelles

Les yeux d’une bonne partie du monde se tournent lundi vers New York, où s’ouvre le procès du producteur déchu Harvey Weinstein. Première étape : former un jury de douze personnes impartiales. Un exercice qui s’annonce particulièrement délicat, estime Valerie P. Hans, une des expertes américaines les plus réputées sur ces questions.
 

De quoi Weinstein est-il accusé ?

Il aura fallu un peu plus de deux ans pour que le déluge de témoignages de femmes (plus de 80 au total) dénonçant des agressions sexuelles de la part de Harvey Weinstein aboutisse à un procès criminel. Mais celui qui débute lundi ne concerne directement que deux cas.

Weinstein est d’abord accusé d’agression sexuelle contre une ancienne assistante de production, Mimi Haleyi. Les événements se seraient produits dans son appartement new-yorkais en 2006. L’ancien producteur est aussi accusé de viol contre une victime qui demeure anonyme. Cet incident se serait déroulé en 2013, dans une chambre d’hôtel de New York.

L’été dernier, l’acte d’accusation visant Weinstein a été modifié pour permettre le témoignage de l’actrice Annabella Sciorra. Celle-ci allègue avoir été agressée sexuellement par Harvey Weinstein en 1993 : si les faits qui la concernent sont prescrits, son témoignage pourrait permettre à la poursuite d’étayer la preuve autour du chef d’accusation de comportement sexuel « prédateur ».

Harvey Weinstein risque la prison à perpétuité s’il est reconnu coupable. Il nie les faits allégués et soutient que toutes les relations sexuelles qu’il a eues étaient consentantes.

À quoi s’attendre dans les premiers jours du procès ?

Selon le Manhattan District Attorney, la journée de lundi devrait être consacrée à une conférence préparatoire (pre-trial conference), où les deux parties pourraient théoriquement convenir d’une entente.

La sélection du jury débutera normalement mardi, et pourrait durer jusqu’à deux semaines. « Je m’attends à un processus très long », indique Valerie P. Hans, professeure de droit à l’Université Cornell et auteure de plusieurs livres sur l’institution du jury. « L’État de New York a une pratique très libérale en ce qui concerne la sélection des jurés, ce qui veut dire que les avocats ont une grande latitude dans les questions qu’ils peuvent poser. »

Quel genre de questions les avocats poseront-ils aux jurés potentiels ?

Selon Mme Hans, ils voudront notamment « passer en revue les publications que ces gens ont pu faire sur les réseaux sociaux, pour voir si quelqu’un a pu tweeter le mot-clic #MeToo [du nom du mouvement de dénonciation que l’affaire Weinstein a ravivé] pour indiquer qu’il ou qu’elle a déjà été victime de harcèlement ou d’agression sexuelle ».

Les avocats ont généralement la liste des jurés potentiels à l’avance, note la spécialiste. « Ils peuvent donc explorer l’historique de chaque personne, et parfois aussi distribuer un questionnaire avant la sélection pour mieux connaître leur niveau de connaissance de la cause et leurs préjugés face à celle-ci. »

Aux États-Unis, les équipes d’avocats impliquées dans des causes aussi importantes passent souvent des centaines d’heures à éplucher le passé des citoyens convoqués à la sélection du jury : le profilage du parfait juré est ainsi devenu une spécialité, avec des firmes de consultants qui se consacrent exclusivement à cela.

La médiatisation du cas Weinstein pourrait-elle poser problème pour trouver des jurés impartiaux ?

Il y a certes eu une « large publicité » autour des allégations visant Harvey Weinstein, note Mme Hans, et c’est précisément pourquoi « les avocats voudront explorer [dans leurs questions] l’impact de cette médiatisation, pour voir si des jurés potentiels ont déjà leur opinion arrêtée à propos de ce cas ».

« Dans une situation comme celle-ci, poursuit-elle, plusieurs jurés appelés auront entendu parler des allégations. [Ceux qui seront retenus] se feront dire et redire qu’ils doivent laisser de côté leur avis initial pour juger du cas sur la seule base de ce qui est présenté en cour. »

Une ancienne procureure du Manhattan District Attorney’s Office disait cette semaine à l’agence Reuters que la question « ne sera pas de voir si quelqu’un a entendu parler des allégations contre Harvey Weinstein, mais plutôt de voir si toute la publicité autour de cette cause l’empêcherait d’être un juré juste et impartial ».

Quel genre de jurés recherchera le camp Weinstein ?

« Ses avocats tenteront de trouver des gens qui croient aux “mythes du viol”, à savoir que les dénonciations d’agressions sont souvent exagérées ou même fausses, que les femmes qui ne veulent pas être violées ne le seront pas, ou qu’elles sont responsables de ce qui leur arrive », pense Valerie P. Hans. Et du côté des procureurs ? « On cherchera le contraire… »

1 commentaire
  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 6 janvier 2020 12 h 50

    Ha...la marchette...psff....