Des victimes de la pyrrhotite lorgnent l’amende de 280 millions imposée à SNC-Lavalin

Du béton contenant de la pyrrhotite (photo), un minéral qui se dilate au contact de l’eau et de l’air, s’est révélé de mauvaise qualité.
Photo: Susan Haigh Associated Press Du béton contenant de la pyrrhotite (photo), un minéral qui se dilate au contact de l’eau et de l’air, s’est révélé de mauvaise qualité.

Les propriétaires de maisons endommagées par la pyrrhotite en Mauricie espèrent bénéficier des 280 millions que SNC-Lavalin devra payer en amende pour ses combines frauduleuses en Libye.

Des centaines de maisons ont été construites dans la région de Trois-Rivières entre 1996 et 2008 avec du béton contenant de la pierre provenant de carrières de la région. Or, cette pierre contenait beaucoup de pyrrhotite, un minéral naturel qui se dilate au contact de l’eau et de l’air. Les fondations de maisons construites avec ce béton de mauvaise qualité se désagrègent rapidement et doivent être remplacées, à grands frais.

La Cour supérieure a statué en 2014 que SNC-Lavalin était responsable à 70 % des dommages d’environ 200 millions de dollars causés à près de 800 maisons, parce que c’est un de ses géologues qui avait produit un rapport indiquant que ce béton pouvait être utilisé sans problème. SNC-Lavalin en a appelé de cette décision.

Le reste de la responsabilité a été partagé par la Cour entre les fabricants de béton et les entrepreneurs en construction. Or, aucune de ces entreprises n’a payé car elles attendent l’issue de l’appel de SNC-Lavalin, soutient Alain Gélinas, président de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite en Mauricie.

Selon lui, une décision devrait être rendue par la Cour d’appel au début de 2020.

Par ailleurs, le 18 décembre dernier, la division construction de SNC-Lavalin a plaidé coupable à une accusation de fraude pour des gestes posés en Libye entre 2001 et 2011. L’entente prévoit notamment que la firme devra payer une amende de 280 millions de dollars, sur cinq ans.

M. Gélinas a indiqué lundi que le gouvernement fédéral devrait remettre le montant de cette amende aux victimes de la pyrrhotite en Mauricie, à titre de « justice réparatrice », car « finalement, c’est de l’argent que SNC-Lavalin nous doit ».

M. Gélinas affirme que 8000 permis de construction ont été accordés pour bâtir des maisons et des immeubles en Mauricie, entre 1996 et 2008, et que toutes ces propriétés sont potentiellement endommagées par le minéral. Plus de 800 propriétés étaient répertoriées dans le jugement de 2014.

M. Gélinas soutient que 1000 autres résidences seront incluses dans les deuxième et troisième poursuites prévues contre SNC-Lavalin et d’autres sociétés ciblées par les plaignants.

Des drames personnels

M. Gélinas affirme que 10 propriétaires de résidences endommagées par la pyrrhotite se sont suicidés, et que plusieurs autres ont fait faillite ou ont vécu des drames personnels, comme un divorce, en raison du stress.

Le gouvernement du Québec a offert jusqu’à 75 000 $ en prêts aux propriétaires individuels pour refaire les fondations, mais un expert a estimé en Cour supérieure que les dommages à chaque propriété atteignent en moyenne 187 000 $, soutient M. Gélinas. « Si on compare avec les inondations, eux autres ils ont 200 000 $ […] en moins de deux ans. Nous autres, on a 75 000 $ et ça fait 10 ans. »

En 2016, le premier ministre Justin Trudeau avait promis 30 millions sur trois ans aux propriétaires de maisons endommagées. Mais selon M. Gélinas, ses membres ont besoin de plus d’argent pour couvrir leurs frais — et ces sommes devraient provenir de SNC-Lavalin.

« Là, tout le monde dit que SNC-Lavalin va payer l’amende, […] qu’ils sont gentils, ils sont beaux, ils sont fins, sauf qu’il y a une crise en Mauricie, et ils sont à 70 % responsables de cette crise. Mais ils portent la cause en appel plutôt que de dire : “regarde, on va faire notre bon citoyen, justement, puis on va régler cette fameuse crise” », plaide M. Gélinas.

Selon lui, la coalition doit rencontrer la semaine prochaine des membres du cabinet du ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, dont la circonscription est située en Mauricie. Des représentants du cabinet de M. Champagne, de celui du premier ministre et de SNC-Lavalin n’ont pas pu être joints lundi pour commenter le dossier.