2019 dans l’oeil de Renaud Philippe

Les photographes posent un regard très personnel sur l’actualité. Nous leur avons demandé de choisir les meilleures photos de leur année. De rencontres intimistes en événements électrisants, voici leur sélection. Aujourd’hui : Renaud Philippe. Texte de Magdaline Boutros.

1 18 août. Des travailleurs agricoles latino-américains à la Fiesta des cultures de Saint-Rémi. | La scène a été croquée à Saint-Rémi, mais elle aurait pu être prise à des milliers de kilomètres de là, au Mexique. Les travailleurs agricoles latinos sont si nombreux en Montérégie, qu’un festival — la Fiesta des cultures — leur est consacré chaque été depuis 12 ans. Le temps d’un week-end, les effluves de churros et de tacos s’entremêlent aux tournois de soccer et de lutte mexicaine. « C’est fascinant, tu es à Saint-Rémi dans tout ce qu’il y a de plus québécois et, d’un coup, tu te retrouves dans la culture latine. C’est un super beau clash », souligne Renaud Philippe, qui aime particulièrement l’énergie qui se dégage de cette photo. Renaud Philippe Le Devoir
2 6 mars. Un soldat canadien lors d’un exercice militaire à Resolute Bay, au Nunavut. | « Il y a quelque chose de complètement surréel dans cette photo. On dirait que l’humain n’a pas à être là », souligne Renaud Philippe. En mars dernier, le photographe s’envolait pour le Nunavut afin d’y suivre des soldats canadiens participant à un exercice militaire. Dans cette mer de froid et de glace, quelques tentes avaient été piquées en bordure de l’île Devon, la plus grande au monde à être complètement inhabitée. Et puis surgit ce militaire, debout mais à l’allure quasi inerte, ce qui rend la scène encore plus déconcertante. Renaud Philippe Le Devoir
3 3 juin. Le musicien Bobi Wine, qui espère ravir la présidence de l’Ouganda.   | La star de la pop ougandaise avait donné rendez-vous à Renaud Philippe, et au journaliste Jean-Baptiste Hervé, à 6 h du matin à Kamwokya, l’un des plus grands bidonvilles de Kampala, la capitale de l’Ouganda. « Il est arrivé avec deux heures et demie de retard et il m’a dit qu’il n’avait que quelques minutes pour la photo », se souvient Renaud Philippe. Celui qui insuffle un vent de changement à la politique ougandaise s’est alors assis sur cette chaise de bois — plantée au beau milieu d’un abri de jardin —, sur laquelle sont gravés les mots « Power to the people ». Quelques clics ont suffi. « J’ai bien aimé la pose et le moment. » Renaud Philippe Le Devoir
4 6 novembre. Une scène de famille à Villa Inflamable, un bidonville situé à proximité de Buenos Aires, en Argentine. | À la tombée du jour, une fillette enjambe un muret érigé pour protéger sa maison des inondations récurrentes à Villa Inflamable. « Les humains sont beaux sur cette image », mentionne Renaud Philippe. Pour capter avec acuité la vie qui fleurit dans ce bidonville érigé sur des terres hautement contaminées, le photographe s’est incrusté pendant plusieurs heures chez des familles. « Je voulais me faire oublier. » Les couleurs, la lumière, la légèreté du mouvement de la fillette enveloppent cette scène du quotidien d’un esthétisme qui captive le regard. Renaud Philippe Le Devoir
5 30 avril. Des gens attendent pour obtenir des denrées dans une banque alimentaire à Québec. | La banque alimentaire Bouchée généreuse est située tout juste en face du nouveau Centre Vidéotron, à Québec, et à 200 mètres de chez Renaud Philippe. « Je fais beaucoup de reportages à l’international, mais il faut aussi poser le regard sur ce qui se passe juste ici, près de chez nous », souligne le photographe. Au milieu d’un impressionnant bric-à-brac, des centaines de personnes attendent pour obtenir des denrées à petits prix. « Il y avait une chaleur et une ambiance très sympathique qui s’en dégageaient. » Renaud Philippe Le Devoir