Grand format 2019 dans l'œil de Jacques Nadeau

Les photographes posent un regard très personnel sur l'actualité. Nous avons demandé à Jacques Nadeau de choisir les meilleures photos de son année. De rencontres intimistes en évènements électrisants, voici sa sélection. 

1 3 août | Dans la vallée du Jourdain en Cisjordanie, une femme, un bidon d’eau à la main, surveille un troupeau de chèvres. Ce regard. Les plis dans la jupe. La sécheresse tout autour. Les taches de soleil sur ses vêtements. Et le bidon jaune. «C’est une image qui me fait du bien», mentionne Jacques Nadeau. Le photographe l’a même agrandie, pour l’exposer chez lui. Un moment capté à la dérobée, l’été dernier. «On circulait en voiture, on s’est arrêtés sur le bord de la route. Il a fallu être très rapide.» Pour ne pas perdre l’émotion et pour ne pas attirer les regards des hommes autour. «Je voulais absolument montrer la vie des femmes dans le désert.» Jacques Nadeau Le Devoir
2 13 juillet | Le premier coup d’éclat du groupe écologiste Extinction Rebellion à Montréal se solde par l’arrestation de 25 activistes. L’image est chargée. Et le contraste saisissant entre le manifestant, dépouillé, qui s’abandonne à son arrestation, et les policiers, lourdement équipés, qui encerclent l’activiste, lui tordent les poignets et lui mettent les mains au visage. Au plus fort de l’été, des membres d’Extinction Rebellion s’étaient enchaînés les uns aux autres au pied du bureau du premier ministre québécois, au centre-ville de Montréal, avant de se faire déloger par des policiers. «Je voulais documenter leurs techniques pour neutraliser les manifestants», explique Jacques Nadeau. Jacques Nadeau Le Devoir
3 10 juillet | Une manifestante interpelle le chef libéral Justin Trudeau lors de l’investiture de Steven Guilbeault dans Laurier — Sainte-Marie. Une campagne électorale, c’est l’apothéose du contrôle de l’image. Tout est calculé et judicieusement encadré. L’investiture du candidat libéral Steven Guilbeault au Lion d’or, à Montréal, n’y a pas fait pas exception. Jusqu’à ce qu’une activiste s’opposant au pipeline Trans Mountain réussisse à se frayer un chemin jusqu’au premier ministre. «Je voulais avoir cette image où les deux éléments se rencontrent. C’est l’une des seules images que j’ai prises de la campagne électorale qui n’est pas contrôlée.» Jacques Nadeau Le Devoir
4 14 mai | Mehdi Amir, qui vit à Rimouski, retrouve après 19 ans de séparation son ami d’enfance Khaled Chaibi, dans une rue d’Alger. Pendant leur séjour en Algérie, Jacques Nadeau et le journaliste Fabien Deglise étaient souvent accompagnés de Khaled (à droite sur la photo), qui agissait à titre de traducteur et de facilitateur (fixer). «Après quelques jours, il nous a dit que son meilleur ami d’enfance venait le rencontrer à Alger, 19 ans après son départ du pays. Et il venait de Rimouski!» La coïncidence est trop frappante. Les journalistes demandent d’assister aux retrouvailles. «On ne peut pas avoir un moment plus vrai.» Et le bracelet vert, jaune et rouge que Khaled porte sur la photo est aujourd’hui autour du poignet de Jacques Nadeau. Jacques Nadeau Le Devoir
5 2 août | À la sortie de la prière du vendredi, des centaines de musulmans affluent dans les rues du Vieux-Jérusalem; un soldat israélien patrouille le secteur, la main sur son revolver. «J’ai attendu deux heures avant d’avoir cette photo», raconte Jacques Nadeau. Jérusalem, c’est le carrefour des trois religions monothéistes. C’est aussi le lieu de toutes les tensions, où la moindre étincelle peut se muer en un geyser de violence. Une discordance ici captée au détour d’une rue étroite. «Les croyants étaient dans un état méditatif et marchaient très vite en sortant de la mosquée. J’attendais d’avoir des soldats dans ma lentille. Mais je ne pensais jamais qu’il y en aurait un qui serait prêt à dégainer.» Jacques Nadeau Le Devoir