Le smog hivernal sous la loupe

L’hiver, le smog est surtout attribuable à l’utilisation du chauffage au bois, à une partie de l’activité industrielle et aux véhicules à moteur. Autant de sources de combustion rejetant dans l’atmosphère beaucoup de particules fines.
Photo: iStock L’hiver, le smog est surtout attribuable à l’utilisation du chauffage au bois, à une partie de l’activité industrielle et aux véhicules à moteur. Autant de sources de combustion rejetant dans l’atmosphère beaucoup de particules fines.

Plusieurs régions du Québec ont connu dimanche et lundi un important couvert de smog. Ce phénomène récurrent, à la fois causé par la météo et la pollution, est désormais plus fréquent l’hiver que l’été. Mais ses effets sur la santé, eux, varient très peu selon la saison, soutiennent des experts.

Au moment où ces lignes étaient écrites, la qualité de l’air n’était toujours qu’« acceptable » pour la Mauricie et la région de Québec, mais tout devrait rentrer rapidement dans l’ordre, selon Environnement Canada. Or, « ce n’est pas impossible qu’il y ait des épisodes de smog le 26 ou même le 27 décembre, mais on parle d’épisodes courts », fait savoir Alexandre Parent, météorologue pour l’agence fédérale.

 

Pour qu’un épisode de smog hivernal survienne, des conditions bien précises doivent être réunies. Il faut qu’il y ait peu, voire pas de vent du tout. Et l’atmosphère doit être « stable », précise M. Parent : c’est-à-dire une température froide (mais pas trop) près du sol, et une température plus chaude en altitude. Ce phénomène forme pour ainsi dire « un couvercle qui emprisonne les particules fines », explique-t-il.

L’hiver, le smog est surtout attribuable à l’utilisation du chauffage au bois, à une partie de l’activité industrielle et aux véhicules à moteur. Autant de sources de combustion rejetant dans l’atmosphère beaucoup de particules fines.

Et l’été ? Il s’agit plutôt d’une « réaction chimique » entre des polluants présents dans l’air et le rayonnement du soleil. Résultat : des concentrations élevées d’ozone sont créées puis libérées, formant ce fameux brouillard brunâtre, explique le Dr David Kaiser, de la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal.

Cela étant, « toutes les journées de mauvaise qualité de l’air dans les dernières années surviennent l’hiver », renchérit le médecin. Car, au volume de véhicules sur les routes et à l’activité industrielle qui restent à peu près les mêmes, on ajoute le chauffage au bois lorsque le mercure chute — un irritant non négligeable.

« À Montréal, c’est une source moins importante que le transport, même historiquement. Mais à l’extérieur de l’île, c’est la principale source d’émissions de particules fines », précise le Dr David Kaiser. Il faut dire que la métropole interdit depuis octobre 2018 l’utilisation de foyer ou de poêle à bois qui émettent au-delà de 2,5 grammes de particules fines à l’heure.

Effets sur la santé

Sans surprise, c’est dans la grande région de Montréal où le nombre de journées de mauvaise qualité de l’air est le plus élevé dans la province. En 2018, la métropole en a connu 35, lorsque la concentration de particules fines a dépassé, pendant au moins trois heures, les 35 microgrammes par mètre cube à l’une des stations d’analyse. Montréal a connu l’an dernier six jours de smog, lorsqu’au moins 75 % des stations d’analyses de l’île ont enregistré cette concentration. De manière générale, les épisodes de smog sont à la baisse depuis 2013.

Si on compare avec le tabac, un fumeur arrête au bout d’une cigarette. Mais la personne qui vit dans un milieu pollué ne cesse jamais de respirer. Quand on sait qu’on respire de 10 à 20 000 litres d’air par jour…

« Avec les concentrations observées, la population en général ne devrait pas ressentir d’effets significatifs sur sa santé. Par contre, les personnes les plus vulnérables, comme les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes atteintes de problèmes respiratoires ou cardiaques, pourraient être affectées », fait savoir Vincent Lamontagne, du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Le Dr Kaiser de la DSP abonde dans le même sens. D’ailleurs, les acteurs du milieu de la santé ne distinguent pas les effets à court terme du smog, qu’il survienne l’été ou l’hiver. Dans les deux cas, particules fines et ozone irritent les voies respiratoires, et nuisent du même coup au système cardiovasculaire. Or, les particules fines, responsables du smog hivernal, peuvent augmenter à long terme les risques d’un cancer des poumons, précise le Dr Kaiser.

Les effets continus de la pollution atmosphérique sur le coeur commencent à peine à être réellement documentés, relève de son côté François Reeves, cardiologue au CHUM. « Quand tu respires le smog, ça va dans tout le système, pas seulement les poumons », dit celui qui est aussi professeur de clinique à l’Université de Montréal.

« Si on compare avec le tabac, un fumeur arrête au bout d’une cigarette. Mais la personne qui vit dans un milieu pollué ne cesse jamais de respirer. Quand on sait qu’on respire de 10 à 20 000 litres d’air par jour… »

Il faut donc réduire à la source le nombre de véhicules sur les routes, favoriser le transport collectif et éviter le chauffage au bois en milieu urbain, reprend le Dr David Kaiser. « Si on ne réduit pas la fréquence de ces journées-là, on est pris à dire aux gens les plus vulnérables de rester à l’intérieur et d’éviter l’activité physique », dit-il. « C’est paradoxal : ce sont eux qui en bénéficieraient le plus. »

Avec Améli Pineda