2019 dans l'œil de Valérian Mazataud

Les photographes posent un regard très personnel sur l’actualité. Nous leur avons demandé de choisir les meilleures photos de leur année. Rencontres ou événements, voici leur sélection. Aujourd’hui : Valérian Mazataud. Texte de Magdaline Boutros.

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14 avril. Un opposant au projet de loi 21 lors d’une manifestation à Côte-Saint-Luc, dans l’ouest de l’île de Montréal. Tout a été dit ou presque dans le débat, très polarisant, sur la laïcité de l’État. Restent donc les images pour pousser la réflexion ailleurs. « Cette photo est le parfait exemple de l’expression “une photo vaut mille mots” », soutient Valérian Mazataud. Au milieu d’une manifestation contre le projet de loi, un homme arbore une kippa sur laquelle est écrit le mot « laïcité ». Une dissonance percutante, amenée avec une pointe humoristique, sur ce signe éminemment religieux, empruntant les couleurs du fleurdelisé. « Cette photo amène une autre pièce au débat. »

Valérian Mazataud Le Devoir
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8 juin. Alonzo Perez Santis devant un territoire disputé au Chiapas (Mexique). En reportage au Chiapas, Valérian Mazataud a dû faire face à la culture du secret qui règne dans les communautés affiliées au mouvement zapatiste. « C’est une zone où il est très difficile de prendre des photos, puisqu’il y a beaucoup de méfiance envers les gens qui viennent de l’extérieur. » En plus de rechercher l’esthétisme, le photographe doit donc tisser des liens et tricoter une confiance. Après une longue entrevue, Alonzo Perez Santis a accepté de revêtir son costume traditionnel au haut d’une vallée où des paramilitaires tirent en direction de communautés autochtones dans l’espoir de les déloger.

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4 novembre. Les photographes Gabor et Andrea Szilasi pour la promotion de l’exposition Szilasi & Szilasi. « C’est stressant de prendre en photo un photographe, surtout lorsqu’il s’agit d’une sommité », mentionne Valérian Mazataud. Devant son objectif cette journée-là, il n’y avait pas une, mais bien deux personnalités du monde de l’image : Gabor et sa fille, Andrea Szilasi, deux photographes de renom. Pour faire tomber la pression, Valérian Mazataud décide de commencer à prendre des photos dès son arrivée dans la demeure de Gabor. En résulte une scène de quotidienneté captée à la dérobée, dans laquelle on perçoit la filiation entre le père et sa fille, si près l’un de l’autre, mais empruntant des trajectoires différentes, dans leur regard comme dans leur art.

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27 septembre. Trois hommes se reposent dans la commune de San Jorge, au Honduras. Depuis quelques années, Valérian Mazataud multiplie les voyages en Amérique centrale afin de documenter en images cette région, si peu couverte — ou plutôt si mal couverte — par les médias. Le photographe connaît d’ailleurs très bien le Honduras, d’où est originaire sa femme. « J’aime beaucoup cette photo ; il y a une douceur qui en émane », dit-il. Car, ici, il n’est pas question de la violence ou du trafic de drogue qui monopolisent si souvent l’attention médiatique, mais plutôt de la quiétude, du calme et de l’amour de la terre de trois hommes, des planteurs d’arbres, qui prennent un instant de repos.

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18 mars. L’auteure Judith Lussier pour la promotion de son essai «On ne peut plus rien dire : le militantisme à l’ère des réseaux sociaux». Un portrait éloquent de Judith Lussier, qui illustre l’autocensure à laquelle s’astreignent tant d’internautes sur les réseaux sociaux. « On a pris une première photo avec la main devant la bouche, qui représente le bâillon, et on l’a affichée sur le iPad, qui représente la technologie numérique. Il suffisait ensuite de trouver le bon rapport d’échelle pour prendre la seconde photo », explique Valérian Mazataud, qui s’est réjoui de la complicité qui est née avec l’auteure, le temps de ce cliché.

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