Ottawa interdira la publicité sur les produits de vapotage

Selon un sondage de Santé Canada, la proportion de jeunes s’adonnant au vapotage a doublé, passant de 10% en 2016-1017 à 20% en 2018-2019.
Photo: iStock Selon un sondage de Santé Canada, la proportion de jeunes s’adonnant au vapotage a doublé, passant de 10% en 2016-1017 à 20% en 2018-2019.

Préoccupé par la popularité grandissante du vapotage chez les jeunes, Ottawa veut interdire la publicité des cigarettes électroniques dans les commerces et sur les réseaux sociaux. Une mesure saluée par des experts et organismes consultés par Le Devoir, qui la jugent toutefois insuffisante.

Santé Canada a annoncé jeudi son intention de resserrer sa réglementation, en interdisant tout contenu publicitaire de produits de vapotage pouvant être « vu ou entendu par les jeunes ».

Au Québec, cette restriction est déjà en vigueur depuis 2016, mais d’autres provinces permettent encore aux compagnies de cigarettes électroniques d’en faire la promotion sur les réseaux sociaux, sur les panneaux d’affichage public, dans les commerces ou même à la télévision.

Santé Canada compte également rendre obligatoire des avertissements sur les dangers pour la santé de ces produits sur leur emballage. Il souhaite aussi limiter la teneur en nicotine des liquides de vapotage pour réduire le risque d’empoisonnement accidentel des enfants.

Ces nouvelles restrictions entreront en vigueur en juillet 2020. Les compagnies auront par contre jusqu’au 1er janvier 2021 pour rendre conformes leurs emballages.

Dissuader les jeunes

Santé Canada espère ainsi dissuader les adolescents d’essayer la cigarette électronique et de développer très jeunes une dépendance à la nicotine. Car, même s’il est interdit de fournir ou de vendre des produits de vapotage aux mineurs au pays, nombre d’entre eux réussissent à mettre la main dessus.

Le plus récent sondage de Santé Canada sur la consommation de tabac, d’alcool et de drogues chez les jeunes, publié jeudi, en témoigne. Effectué auprès de 63 000 élèves du secondaire dans 10 provinces, il montre que la proportion de jeunes s’adonnant au vapotage a doublé, passant de 10 % en 2016-1017 à 20 % en 2018-2019.

« Les nouvelles mesures annoncées aujourd’hui aideront, mais il reste encore beaucoup à faire », admet la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, affirmant que « le vapotage pose de sérieux risques pour la santé ».

Les études établissant un lien entre le vapotage et les maladies respiratoires se multiplient ces dernières années. Aux États-Unis, 47 décès ont été attribués à la cigarette électronique et 2000 cas de maladies pulmonaires graves ont été signalés. Au Canada, 14 cas de maladies pulmonaires ont été signalés, et aucun décès.

Pas assez

S’il salue toute initiative visant l’encadrement plus sévère du vapotage, le Dr Nicholas Chadi juge les nouvelles règles insuffisantes pour contrer cette tendance chez les jeunes. « Ce n’est pas assez de se limiter à restreindre la publicité, surtout quand on voit comment les compagnies publicisent leurs produits subtilement, en ayant recours à des influenceurs qui n’indiquent pas qu’ils font de la publicité », lance le pédiatre et chercheur spécialisé en toxicomanie et médecine de l’adolescence au CHU Sainte-Justine.

Facebook et Instagram ont d’ailleurs annoncé mercredi qu’ils comptaient faire davantage respecter leur politique de publicité, qui interdit clairement « le contenu de marque qui fait la promotion de produits de vapotage ou du tabac ainsi que des armes », a indiqué au Devoir un porte-parole de Facebook, David Troya-Alvarez.

Cela étant, il existe une multitude de mesures plus efficaces pour éviter aux jeunes de vapoter, selon le Dr Nicholas Chadi. Comme bannir les saveurs de bonbons et de fruits, réduire la quantité de nicotine, ou même interdire la vente de produits de vapotage proche des écoles.

De son côté, Santé Canada assure « examiner des mesures supplémentaires afin de réduire le niveau de concentration de nicotine ainsi qu’imposer des restrictions additionnelles sur les arômes ».

Et c’est là tout le problème, aux yeux de Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. « Il n’est plus temps de réfléchir, mais d’agir », lance-t-elle, appelant Ottawa à adopter un règlement plus robuste.

Elle fait d’ailleurs valoir que restreindre la publicité au Québec depuis 2016 n’a pas eu grand effet sur les jeunes, qui aiment toujours autant, si ce n’est plus, vapoter.

D’autres provinces sont allées plus loin, dit-elle, n’hésitant pas à s’attaquer aux saveurs des produits, un des principaux attraits pour les jeunes.

La Colombie-Britannique a imposé une taxe de vente sur les produits du vapotage, et à compter du printemps 2020, elle autorisera la vente de produits aromatisés uniquement dans les magasins accessibles aux plus de 19 ans. La Nouvelle-Écosse va carrément interdire les cigarettes électroniques ayant une saveur. Et l’Île-du-Prince-Édouard a, elle, fait passer l’âge légal pour acheter ce type de produits de 19 à 21 ans.