L’admirateur de Marc Lépine remis en liberté

Jean-Claude Rochefort a été arrêté la veille des commémorations de la tragédie de Polytechnique.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Jean-Claude Rochefort a été arrêté la veille des commémorations de la tragédie de Polytechnique.

Accusé d’incitation à la haine envers les femmes, l’auteur de blogues faisant l’apologie du tueur de Polytechnique a été remis en liberté lundi en attendant son procès.

« Après avoir considéré l’ensemble des circonstances, [il] convient de mettre Jean-Claude Rochefort en liberté avec de strictes conditions », a tranché le juge Serge Delisle lundi après-midi au palais de justice de Montréal.

M. Rochefort a été arrêté la veille des commémorations de la tragédie de Polytechnique et accusé d’incitation à la haine envers les femmes.

« J’accepte toutes les conditions », s’est empressé de répondre l’accusé, visiblement soulagé. Durant l’audience de lundi, l’accusé semblait par moments craindre la décision que s’apprêtait à rendre le juge Delisle.

L’homme de 70 ans alimentait depuis des semaines trois blogues dans lesquels il tenait notamment un décompte en attendant le « Marc Lépine Day ». À travers ses blogues, l’accusé aurait rejoint près de 60 000 internautes. Du 1er septembre au 5 décembre dernier, il a publié 65 articles antiféministes.

« Fomenter la haine envers les femmes, en utilisant principalement comme outil la commémoration de l’attentat de 1989 à l’École Polytechnique, est sérieux et totalement inacceptable dans la société libre dans laquelle nous avons la chance de vivre », a souligné le juge Delisle.

Bien que la preuve démontre que M. Rochefort est un « activiste masculiniste », le juge souligne qu’en cas de condamnation, la sentence de M. Rochefort a de fortes chances d’être moins élevée que le temps qu’il aurait passé en détention provisoire. La peine maximale pour ce crime est de deux ans de prison.

Rachel Chagnon, juriste et chercheuse à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF), ne s’étonne pas outre mesure de la remise en liberté du blogueur. « Le refus de libérer un accusé doit être l’exception, et non la norme », rappelle-t-elle. Le Code criminel classe l’incitation à la haine parmi les crimes les moins graves, souligne-t-elle. « Il faut qu’il y ait eu une atteinte claire aux victimes. Une atteinte physique, psychologique ou économique. Ici, les menaces s’adressaient à toutes les femmes, mais à aucune en particulier », note Mme Chagnon.

Débrancher Internet

Les propos tenus par M. Rochefort lors de son audience montrent qu’il est encore très investi et habité par son idéologie a reconnu le juge. C’est pourquoi, en plus d’un dépôt de 200 $ pour assurer le respect de conditions, le magistrat a ordonné à M. Rochefort de se débrancher complètement d’Internet. Il lui est également interdit de se rendre dans tout lieu public dans le but d’utiliser un ordinateur.

Puisque M. Rochefort a aussi admis collaborer avec des groupes « incels », ces hommes célibataires qui détestent les femmes, il a interdiction de communiquer avec toute personne qui partage une idéologie antiféministe.

C’est à ce moment que l’accusé a révélé qu’il avait préprogrammé des textes devant être publiés au mois de février prochain. « Je vous ordonne de faire le nécessaire pour qu’ils ne soient pas publiés, parce que, s’ils le sont, vous contreviendrez à vos conditions », l’a prévenu le juge.

Rappelons qu’en 2009, M. Rochefort avait déjà été arrêté et incarcéré pendant plusieurs semaines, accusé pour possession illégale d’une arme à feu et pour avoir proféré des menaces de mort à l’endroit des femmes. Il avait plaidé coupable à une accusation de possession non autorisée d’une arme à feu. Les autres accusations avaient été abandonnées.