Jean-Claude Rochefort promet de cesser de nourrir ses blogues antiféministes

L'enquête sur cautionnement de l'accusé, Jean-Claude Rochefort, s'est tenue jeudi au palais de justice de Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L'enquête sur cautionnement de l'accusé, Jean-Claude Rochefort, s'est tenue jeudi au palais de justice de Montréal.

Arrêté la veille des commémorations de Polytechnique, le blogueur faisant l’apologie du tueur Marc Lépine demande à être remis en liberté en attendant son procès. L’homme s’est défendu jeudi de propager la haine, se décrivant plutôt comme un « intellectuel » qui s’intéresse « aux problématiques hommes-femmes ».

« Toute ma vie, j’ai eu peur de la puissance du féminisme. J’avais peur de perdre ma job, alors je me suis fermé la gueule […] Vers la fin de ma vie utile, à l’approche de ma retraite, [j’ai décidé de m’exprimer] », a expliqué, de manière parfois décousue, Jean-Claude Rochefort, qui était de retour au palais de justice pour son enquête sur remise en liberté.

L’homme de 70 ans a tenu à s’adresser au juge Serge Delisle, malgré les tentatives de son avocat pour qu’il garde le silence. Dans le box des accusés, il tenait dans ses mains une note manuscrite.

« Écoutez, [mon cas] est une cause sociale, une cause politique, mais pas criminelle du tout », a fait valoir M. Rochefort.

L’homme a été arrêté le 5 décembre dernier, la veille des commémorations en mémoire des 14 victimes de la tuerie de Polytechnique.

M. Rochefort a admis être l’auteur de trois blogues sur lesquels il tient un décompte en attendant le « Marc Lépine Day ». « Tout homme est un frère en puissance, toute femme est une ennemie potentielle », a-t-il notamment écrit en guise de présentation d’un des sites Web.

Toute ma vie, j’ai eu peur de la puissance du féminisme

À plusieurs reprises l’homme a assuré qu’il est prêt à cesser d’écrire. Il s’est aussi engagé à se débrancher d’Internet si le juge lui permet de retourner chez lui en attendant son procès. « Ça va me coûter moins cher, je vais être content », a-t-il dit.

L’accusé a aussi raconté être dépassé par la popularité de ses écrits, mais n’a toutefois jamais exprimé de regrets.

L’homme s’inquiète surtout du nombre de visiteurs sur ses blogues, qui a explosé, passant de 3000 en 2009 à 60 000 en 2019. « Je suis fatigué d’écrire. Ce qui me fait peur, c’est qu’en 2009, c’étaient des citoyens moyens qui fréquentaient mes blogues, mais aujourd’hui, ce sont des jeunes [qui s’attendent à du contenu] », a-t-il mentionné.

Collaboration avec des incels

M. Rochefort a aussi reconnu qu’il collaborait avec des groupes incels, ces hommes célibataires qui détestent les femmes, avec qui il partageait ses écrits antiféministes.

« Je ne suis pas le père spirituel des incels. Je suis plutôt un grand-père », a-t-il souligné. Et il a ajouté qu’avant son arrestation, il avait déjà pris la décision de cesser d’écrire après les commémorations du 6 décembre.

« Je leur avais promis qu’il y aurait 66 textes du 1er octobre jusqu’au 6 décembre. Même un journaliste ne peut pas écrire 65 articles de fond en 65 jours », a expliqué l’homme.

Si, sur ses blogues, il faisait l’apologie de Marc Lépine, jamais durant l’audience l’accusé n’a prononcé de mots liés à la tuerie de Polytechnique.

En 2009, il avait déjà été arrêté et incarcéré pendant plusieurs semaines, accusé de possession illégale d’une arme à feu et d’avoir proféré des menaces de mort à l’endroit des femmes. Il avait plaidé coupable à une accusation de possession non autorisée d’une arme à feu, écopant de 50 heures de travaux communautaires et d’une interdiction de posséder une arme pendant 10 ans, soit jusqu’en 2021. Les autres accusations avaient été abandonnées.

L’avocat de M. Rochefort, Me Marc-Olivier Carrier, estime que son client peut être remis en liberté. « Ses écrits sont inquiétants et choquants, mais ce n’est pas violent », a-t-il dit.

La Couronne s’oppose à ce qu’il soit libéré, rappelant qu’il n’a pas été accusé pour des gestes violents, mais bien pour incitation à la haine.

Le juge Delisle devrait rendre sa décision lundi.