Réduire les iniquités pour diminuer les cas de maltraitance d’ici cinq ans

Le Dr Alain Poirier, directeur régional de santé publique de l’Estrie, a plaidé au nom de ses 18 collègues pour une réduction des inégalités sociales afin de lutter efficacement contre la maltraitance des enfants.
Photo: Saisie d'écran Le Dr Alain Poirier, directeur régional de santé publique de l’Estrie, a plaidé au nom de ses 18 collègues pour une réduction des inégalités sociales afin de lutter efficacement contre la maltraitance des enfants.

Le Québec devrait s’aligner sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé et envisager des réductions de 20 % de la maltraitance des enfants d’ici cinq ans, affirme la Dre Suzanne De Blois, de la direction régionale de santé publique de Montréal.

La maltraitance constitue un véritable « enjeu de santé publique », rien de moins qu’« une priorité », dit le Dr Alain Poirier devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (commission Laurent), au nom des 18 directions régionales de santé publique du Québec.

Mais au Québec, on y consacre moins de 2 % des investissements en santé publique, déplore la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal. « Ça a déjà été 3,4 % au Québec », précise le Dr Poirier. Or, l’Organisation mondiale de la santé recommande 5 %.

C’est sans compter que les budgets consacrés à la santé publique au cours des dernières années ont été largement amputés, jusqu’à 30 % parfois. Comment, avec si peu de moyens, éviter un glissement vers le bas en matière de maltraitance des enfants ?

La prévention en matière de santé est presque caricaturale. À l’échelle gouvernementale, « en ce moment, 15 ministères se partagent 25 millions pour 29 orientations en matière de prévention de la santé, expique le Dr Poirier. Ce n’est rien ! »

« Il faut avoir le courage de réinvestir en prévention au Québec », ont répété d’une voix commune les directions de santé publique du Québec, appuyées par un mémoire aux références nombreuses et soutenues.

Voir à réduire les iniquités
Le lien entre la pauvreté et les problèmes de santé est universel. Les problèmes de santé sont plus prévalents chez les pauvres, rappellent ces experts.

Si on considère « l’espérance de vie en santé » comme indicateur, on voit que celui-ci progresse en fonction du PIB dans les pays les plus pauvres. Mais que se passe-t-il lorsqu’on observe les pays les plus riches, comme les États-Unis, le Canada ou le Québec ? « Ça ne marche plus ! » Le lien entre la richesse du pays et « l’espérance de vie en santé » se perd parce que toutes sortes de facteurs d’iniquité entrent alors en ligne de compte. « Pour rétablir ce lien entre la richesse et l’espérance de vie en bonne santé, il ne faut plus regarder seulement la richesse du pays, mais le niveau d’iniquité, les inégalités de richesse », soutient le Dr Alain Poirier en entrevue avec Le Devoir.

Pour les directions de santé publique, il faut voir de façon urgente à « réduire les inégalités sociales et à mieux répartir la richesse » si on veut réduire la maltraitance au Québec. « Tout le monde progresse ce faisant, les riches comme les pauvres, mais d’abord les pauvres », a indiqué le Dr Poirier devant les membres de la commission Laurent.

Parmi les parents québécois qui ont des enfants de 0 à 5 ans, 7 % vivent dans un ménage dont le revenu annuel est de seulement 20 000 $. Cette proportion atteint près de 30 % parmi les familles monoparentales. Parmi ces familles qui ont de tout jeunes enfants, 5 % sont à la recherche d’un emploi ou sont prestataires d’assurance sociale. Ces conditions, parmi bien d’autres, constituent des entraves au développement optimal des enfants, observent les directeurs et les directrices de santé publique du Québec.