Régine Laurent exige qu’on libère la parole des travailleurs de la DPJ

La présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, dénonce la loi du silence qui entrave la bonne marche des travaux d’enquête qu’elle dirige.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, dénonce la loi du silence qui entrave la bonne marche des travaux d’enquête qu’elle dirige.

La présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Mme Régine Laurent, est sortie de ses gonds devant une sous-ministre adjointe du ministère de la Santé et des Services sociaux. Elle a menacé d’utiliser des pouvoirs d’exception qui lui sont consentis si la chape de plomb qui pèse sur les acteurs du système continue de les empêcher de parler ouvertement. « On a besoin d’entendre les gens sur le terrain », a-t-elle répété jeudi matin avec un air tout à fait courroucé.

« Si la commission n’est pas capable d’entendre les intervenants et intervenantes, on va manquer un grand pan et on risque de faire des recommandations qui ne tiendront pas compte du terrain », a dit Mme Laurent en insistant sur la gravité de ce constat. Elle promet d’user des pouvoirs qui lui sont conférés si la situation ne change pas rapidement.

Des actions concrètes

Mme Laurent a demandé à la sous-ministre adjointe Lyne Jobin comment le ministère allait exercer un leadership pour que les p.-d. g. et gestionnaires du système de santé laissent parler le personnel de proximité et les intervenants des services à l’enfance « sans que s’exercent sur eux une menace ou des représailles ».

« J’attends de vous des actions qui seront faites pour libérer la parole », a ajouté Mme Laurent à l’intention de Mme Jobin et de Pascale Lemay, directrice générale adjointe des services à la famille, à l’enfance et à la jeunesse du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui, des spécialistes ont dénoncé l’omerta qui règne sur le système de santé alors qu’on assiste, disent-ils, à la transformation complète du réseau de la santé « selon les principes de la gestion managériale de type industriel ». Selon Marjolaine Goudreau, présidente du RECIF, un regroupement d’intervenants sociaux, et Angelo Soares, professeur en organisation et ressources humaines des sciences de la gestion à l’UQAM, « jamais, historiquement, les soignants n’ont-ils autant souffert qu’aujourd’hui et jamais n’ont-ils été aussi bâillonnés ». Les auteurs dénoncent le fait que « le ministère s’entête à nier la crise actuelle et, surtout, à étouffer la critique des soignants au moyen du “devoir de loyauté” ».

L’appel de Lionel Carmant

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a réitéré toute sa collaboration à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (CSDEPJ). Il presse tous les membres du réseau interpellés par les enjeux qui sont soulevés par l’équipe de Régine Laurent d’en faire autant. Ils peuvent y témoigner « sans crainte de représailles », a insisté son attachée de presse, Camille Lambert-Chan, jeudi après-midi. « On veut vraiment que les gens y aillent. C’est très important. C’est une priorité », a-t-elle affirmé dans un échange téléphonique avec Le Devoir.

« Il faut restaurer la confiance de la population envers la DPJ », ont affirmé en fin de journée d’audiences un groupe de sept anciens directeurs de ces institutions. « J’ai l’impression d’être en 1999 », dit l’ex-directrice Marie-Sylvie Bêche en se demandant pourquoi on avance si peu. Sa consoeur Marie Caron affirme qu’on n’aurait pas dû fusionner la protection de la jeunesse en 2015. « La DPJ ne peut pas se perdre dans une grosse structure. […] Il faut que vous soyez visible, que vous puissiez intervenir, être dans le milieu ».

Avec Marco Bélair-Cirino