Les enfants de la DPJ «sont en droit d’avoir une famille»

Marc Lacour, ancien directeur de la Protection de la jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec
Photo: Capture d’écran Commission Laurent Marc Lacour, ancien directeur de la Protection de la jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec

« On est assis sur une bombe », a dit Marc Lacour, un ancien directeur de la protection de la jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec, devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse — la commission Laurent —, qui siège cette semaine dans la capitale nationale.

Selon M. Lacour, les enfants signalés n’obtiennent pas une aide satisfaisante. Les adoptions, notamment, ne sont pas assez nombreuses. « Il ne faudrait pas qu’il y ait de listes d’attente », a-t-il affirmé, avant d’ajouter que ces enfants « sont en droit d’avoir une famille ».

Cinglant et vigoureux, Marc Lacour constate que la progression des investissements dans ce secteur a diminué. « Juste dans ma région, les enfants qui sont hors de leur milieu sont au nombre de 900. C’est une polyvalente, ça ! »

Loin de la langue de bois, Marc Lacour met en garde la société québécoise « contre les représentations vertueuses » faites devant la commission, des représentations « remplies de lieux communs » qui demandent sans cesse « plus de “formations” et de “collaborations” », mais qui n’avancent jamais rien de structurant.

Entendus plus tôt en journée, ses collègues en poste dans les Directions de la protection de la jeunesse (DPJ) régionales se sont montrés autrement plus prudents dans leur présentation. Leurs explications ont fait tiquer la présidente, Régine Laurent.

« Vous êtes la parole des enfants. Je m’attendais à ce que vous ayez un cri du coeur pour les enfants les plus vulnérables du Québec », a-t-elle dit.

« Vous faites quoi quand les droits des enfants ne sont pas respectés ? » a-t-elle ajouté, en pointant, par exemple, le manque d’empressement des DPJ à mettre en pratique des assouplissements de la loi en matière d’échange d’information au bénéfice des enfants.

Même si la loi a été changée en janvier 2019, les DPJ ont affirmé devant la commission qu’elles étaient encore à réfléchir, « avec leurs contentieux », sur la façon d’échanger des informations avec d’autres services sociaux dans l’intérêt des enfants.

Selon les directions des DPJ, les conventions collectives seraient notamment en cause pour expliquer un roulement de personnel défavorable au système.

Mme Laurent a rejeté cette objection, en notant que bien d’autres établissements qui avaient été soumis à des réorganisations importantes avaient trouvé à régler des problèmes semblables en mettant en place des stratégies de rétention et des objectifs précis.

Un Nicolet des services sociaux

Les quatre directeurs qui présentaient, au nom de toutes les DPJ, la position de l’institution ont soulevé la question d’une meilleure formation des intervenants. Cela passe, croient-ils, par une réforme des formations offertes au niveau collégial et universitaire.

La directrice de la DPJ du CISSS de la Montérégie-Est, Josée Morneau a plaidé, au nom de ses collègues, pour une formation dans une institution spécialisée.

« Les policiers ont Nicolet. Peut-être faudrait-il un Nicolet de la protection de la jeunesse ? »

Mais quand verra-t-on une meilleure formation des intervenants ? « Si on parle d’entreprendre, c’est qu’il n’y a rien de fait », avoue Mme Morneau.

« La formation des intervenants n’est pas mauvaise », plaide au contraire Marianne Talbot, la présidente de l’Association des conseils multidisciplinaires en entrevue au Devoir.

Mais, selon la travailleuse sociale Myriam Ouellet, « les standards de pratique datent » et n’ont pas été revus, sans compter que « la pression est très forte », que « les gens sont essoufflés ». Si bien que les intervenants n’ont pas « le sentiment d’aider autant qu’ils [le] voudraient ».

La psychoéducatrice Manon Desbiens observe que tout a été freiné depuis les fusions du ministre Barrette. « Des gens sont partis. C’est à la vitesse de tout le réseau qu’on avance désormais », autrement dit pas bien vite, dit-elle en entrevue au Devoir.

Pour leur part, les directions de la DPJ n’ont pas souhaité répondre ce matin aux questions des journalistes.