Les changements climatiques font grimper le prix des légumes

Le céleri est par exemple devenu un produit de luxe, atteignant près de 6$ le pied dans certaines épiceries.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le céleri est par exemple devenu un produit de luxe, atteignant près de 6$ le pied dans certaines épiceries.

Aliments phares du plus récent Guide alimentaire canadien, les légumes pèsent de plus en plus lourd sur le portefeuille des Canadiens. Une conséquence des changements climatiques qui nuisent de plus en plus aux récoltes et font augmenter les prix.

C’est ce qui ressort de la dixième édition du Rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation publié mercredi et dont Le Devoir a obtenu copie.

Chaque année, l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, évalue combien les Canadiens devront s’attendre à payer pour le contenu de leur panier d’épicerie dans l’année à venir. Depuis trois ans, l’étude est publiée conjointement avec l’Université de Guelph, en Ontario.

Selon les prévisions des chercheurs — qui se basent sur l’alimentation recommandée par le Guide alimentaire canadien —, la famille moyenne (deux adultes et deux enfants) dépensera 12 667 $ pour se nourrir en 2020, soit 487 $ de plus que l’année précédente. Il s’agit de la plus forte augmentation enregistrée en 10 ans. Elle est liée à la hausse anticipée du coût de la viande (jusqu’à 6 %) — attribué entre autres à la peste porcine africaine —, mais aussi celle des légumes (jusqu’à 4 %).

« On est à l’aise avec notre modèle de calcul, mais ça pourrait être encore plus cher que prévu, comme on l’a vu pour les légumes cette année », prévient l’un des auteurs du rapport, Sylvain Charlebois, qui est aussi professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.

Ses collègues et lui avaient estimé dans leur précédent rapport que le prix global des légumes pourrait augmenter jusqu’à 6 % en 2019, comparativement à 2018. Un chiffre grandement sous-estimé puisqu’en réalité, le prix des légumes en magasin a fait un bond annuel de 12 % et a même atteint plus de 17 % de hausse en juin au Québec.

Le céleri est par exemple devenu un produit de luxe, atteignant près de 6 $ le pied dans certaines épiceries. Le prix des pommes de terre, du chou et des carottes a aussi doublé le printemps dernier. De quoi rappeler la crise du chou-fleur début 2016, lorsque le légume avait atteint 8 $ la pièce.

« La crise du chou-fleur était momentanée. [Cette fois-ci], les augmentations ont duré toute l’année », note M. Charlebois, n’hésitant pas à qualifier l’année 2019 de « pire » pour le prix des légumes au Canada.

Changements climatiques

« Les Canadiens ont eu à payer une prime pour manger des légumes frais et sains. Ce qui s’explique en partie par le changement des conditions météorologiques et des pénuries d’approvisionnement dans certaines régions productrices », souligne le rapport.

Fortes précipitations, sécheresse, températures exceptionnellement froides : la production agricole en voit de toutes les couleurs ces dernières années, affrontant des conditions météorologiques instables et parfois imprévisibles.

Le Mexique et les États-Unis, d’où le Canada s’approvisionne principalement pendant la saison froide, n’ont d’ailleurs pas été épargnés et ont vu leurs récoltes se réduire à certains moments de l’année.

Et c’est sans parler des épidémies de maladies qui continuent d’affecter les légumes. En 2019, plusieurs éclosions d’E. coli dans la laitue romaine provenant de Californie ont été déclarées. Une épidémie qui s’est rendue jusqu’en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick. Cela a aussi eu des répercussions sur le prix des autres légumes à feuilles, qui a augmenté. Le scénario s’est d’ailleurs répété fin novembre, avec une nouvelle éclosion d’E. coli dans la laitue romaine de Californie.

Difficile, dans un tel contexte, de suivre à la lettre le nouveau Guide alimentaire canadien, dévoilé en janvier dernier, note M. Charlebois. « C’est bien beau d’encourager les Canadiens à garnir leurs assiettes de davantage de fruits et de légumes, mais il faut que ces produits soient financièrement accessibles. Ce qui n’est pas toujours le cas pour les familles les moins bien nanties », déplore-t-il.