SNC-Lavalin: Jacques Lamarre aurait approuvé l’achat d’un yacht pour Kadhafi, selon Sami Bebawi

«[Sami Bebawi] m’a dit “Je ne voulais pas approuver [l’achat du bateau]. J’ai donné ça à Jacques Lamarre. Je leur ai dit que c’était une erreur, qu’on n’aurait pas dû faire ça”», a mentionné l’enquêteur Beaulieu lors de son témoignage vendredi.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «[Sami Bebawi] m’a dit “Je ne voulais pas approuver [l’achat du bateau]. J’ai donné ça à Jacques Lamarre. Je leur ai dit que c’était une erreur, qu’on n’aurait pas dû faire ça”», a mentionné l’enquêteur Beaulieu lors de son témoignage vendredi.

Accusé de fraude et corruption, Sami Bebawi avait confié être frustré de voir l’ancien patron de SNC-Lavalin Jacques Lamarre nier qu’il était au courant de l’achat d’un luxueux bateau pour le fils de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi, a témoigné vendredi un enquêteur.

« Criss, il le savait, il l’a approuvé », aurait confié M. Bebawi à un enquêteur pas plus tard qu’en avril dernier.

L’accusé aurait fait plusieurs confidences dans les corridors du palais de justice de Montréal à Alexandre Beaulieu, un policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). « Je témoignais dans le cadre d’une procédure préliminaire et M. Bebawi est venu me voir pour jaser lors d’une pause », a expliqué le policier au jury.

M. Bebawi lui a notamment fait part de ses frustrations quant à l’implication de M. Lamarre. « Il m’a dit : “Je ne voulais pas approuver [l’achat du bateau]. J’ai donné ça à Jacques Lamarre. Je leur ai dit que c’était une erreur, qu’on n’aurait pas dû faire ça” », a raconté l’enquêteur Beaulieu lors de son témoignage vendredi.

Sur un ton sarcastique, M. Bebawi a souligné que l’achat du luxueux yacht n’avait pas été suffisant. « Il m’a dit : “Il y avait même un deuxième bateau parce que le premier n’était pas assez gros” », a rapporté le policier.

M. Bebawi fait face à huit chefs d’accusation de fraude, de recyclage de produits de la criminalité, de possession de biens volés et de corruption d’un agent public étranger. Il a plaidé non coupable à toutes les accusations.

Lors du procès, des témoins ont révélé que Saadi Kadhafi, le fils de l’ancien dictateur libyen, avait manifesté un vif intérêt pour un yacht de luxe.

Riadh Ben Aïssa, qui a été responsable des projets de SNC-Lavalin en Libye, a notamment raconté aux jurés avoir obtenu le feu vert pour l’achat d’un bateau de 25 millions de dollars américains après avoir été recommandé à Jacques Lamarre par M. Bebawi.

Lors des conversations avec le policier, M. Bebawi a aussi confessé être peiné des événements.

« Il m’a dit qu’il était triste de ce qui arrivait à SNC et ses employés. Ma compréhension, c’est qu’il disait ça à cause de ce qui sortait dans les médias par rapport à la compagnie, mais je n’ai pas posé plus de questions », a souligné l’enquêteur Beaulieu.

M. Bebawi lui a mentionné avoir aperçu plusieurs anciens collègues dans le cadre des procédures judiciaires et réaliser qu’ils vieillissaient.

Perquisition dans un bureau d’avocat

Le témoignage de l’enquêteur Beaulieu a permis d’apprendre que l’opération d’infiltration menée par la GRC s’est terminée en janvier 2014 par une perquisition dans les bureaux du cabinet d’avocats Dentons, à la Place Ville Marie.

« Une représentante du Barreau était présente étant donné que c’était dans un bureau d’avocats, les procédures étaient un petit peu différentes », a précisé M. Beaulieu.

Un agent d’infiltration a raconté plus tôt cette semaine que l’objectif était de confirmer qu’une offre de 10 millions de dollars avait été faite à Riadh Ben Aïssa pour qu’il soutienne la version de M. Bebawi.

En se faisant passer pour un consultant, l’agent d’infiltration a réussi à négocier avec l’avocat de M. Bebawi, Me Constantine Kyres, qui travaillait à l’époque pour Dentons.

L’offre finale a été établie à 4 millions et allait être versée sous forme de prêt pour ne pas éveiller de soupçons. M. Bebawi a participé à un appel vidéo à deux reprises pour discuter de l’entente.

Dans les enregistrements présentés au jury, Me Kyres a abordé à plusieurs reprises le malaise des avocats criminalistes de M. Bebawi quant à un versement d’argent directement dans le compte de M. Ben Aïssa. « Légalement, on ne peut pas verser cet argent à [M. Ben Aïssa] », disait Me Kyres lors d’une conversation.

Au cours de la perquisition, les policiers ont saisi le document étayant la version des faits qu’on demandait à M. Ben Aïssa, l’entente de prêt, une copie du passeport de l’agent d’infiltration, une lettre d’annulation du prêt et une déclaration sous serment qu’on avait demandé à M. Ben Aïssa de signer pour soutenir la version de M. Bebawi.

La Couronne a terminé la présentation de sa preuve. Les avocats de l’accusé, Me Annie Émond et Me Alexandre Bien-Aimé, devraient annoncer mardi s’ils présenteront une défense.