Un agent double a piégé un avocat de Bebawi

L'ancien vice-président de SNC-Lavalin, Sami Bebawi, en février dernier
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L'ancien vice-président de SNC-Lavalin, Sami Bebawi, en février dernier

Un agent infiltré a capté des dizaines d’heures d’enregistrements d’un avocat de Sami Bebawi dans lesquels il offrait 10 millions à un ancien cadre de SNC-Lavalin en échange d’un témoignage favorable.

« Notre position n’est malheureusement pas la même que celle de [Riadh] Ben Aïssa […] Nous lui demandons de reconnaître que notre version des faits est la vraie version », expliquait Me Constantine Kyres dans une conversation téléphonique qu’on a fait entendre mercredi au procès pour fraude et corruption de M. Bebawi.

C’est en octobre 2013 que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a lancé une opération d’infiltration qui visait l’avocat.

Un agent infiltré, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, a raconté au jury avoir contacté Me Kyres en se faisant passer pour le consultant de Riadh Ben Aïssa.

Nous lui demandons [à Riadh Ben Aïssa] de reconnaître que notre version des faits est la vraie version

Celui-ci était alors détenu en Suisse en attendant son extradition vers le Canada. Il avait été arrêté en avril 2012 en Suisse et accusé de corruption d’agent étranger en lien avec la Libye et Saadi Kadhafi, un des fils du dictateur Mouammar Kadhafi, ainsi que de blanchiment d’argent.

M. Ben Aïssa avait d’ailleurs révélé que son ancien supérieur avait tenté d’acheter son silence lors de son témoignage il y a quelques semaines.

« J’ai refusé », avait indiqué le témoin vedette, expliquant qu’il avait commencé à collaborer avec la GRC.

Secret professionnel

À la suite d’une première conversation téléphonique, l’agent et Me Kyres ont pris rendez-vous pour discuter de l’offre.

La rencontre s’est tenue au 39e étage de la Place Ville-Marie à Montréal dans les bureaux du cabinet Dentons où pratiquait Me Kyres à l’époque.

À plusieurs reprises durant cet entretien, l’avocat fait état de son malaise du fait que le consultant ne soit pas membre du Barreau.

« Disons que ça aurait été plus facile, vous savez avec le privilège de confidentialité », lui souligne-t-il.

Me Kyres demeure prudent lors des discussions, parlant d’une offre qui vise une « confirmation de la vérité ».

« Ce n’est pas une question de se rétracter », dit-il lors d’une discussion.

Il insiste également sur la souffrance vécue par M. Bebawi et les conséquences si M. Ben Aïssa refuse d’admettre « la vérité ».

Me Kyres parlera d’une déclaration clé en main qui pourrait être offerte à M. Ben Aïssa. L’offre pourrait inclure également le silence de M. Bebawi sur des faits qui auraient pu être compromettants pour le dossier de M. Ben Aïssa.

L’avocat reviendra sur la question du privilège entre avocats et demande au consultant de trouver une façon de garantir sa confidentialité avant de lui transmettre tout document.

« Si je peux obtenir une confirmation de M. Ben Aïssa ou de ses avocats que vous le représentez parce que vous pourriez être en train de travailler pour le gouvernement ou pour des journalistes », lui lance Me Kyres avant d’éclater de rire.

Le jury a commencé le visionnement de bandes vidéos d’une rencontre à Toronto dans le bureau présumé du consultant où s’est rendu Me Kyres.

Le témoignage de l’agent infiltré doit se poursuivre jeudi au palais de justice de Montréal.