FNEEQ-CSN: 50 ans de débats

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La longue lutte de la FNEEQ auprès des enseignants de cégeps s’est traduite par des correctifs salariaux.
Photo: FNEEQ-CSN La longue lutte de la FNEEQ auprès des enseignants de cégeps s’est traduite par des correctifs salariaux.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a 50 ans, le 19 septembre 1969, naissait la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ), l’une des huit fédérations syndicales de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). N’ayant rien perdu de la combativité et de la créativité qui le définissent, l’organisme souligne l’événement avec un livre qui raconte son combat, 50 ans à faire école par nos luttes.

« L’importance et la nécessité du débat sur la place de l’éducation dans la société et la prise de position sur des enjeux de société font partie de l’identité même de la Fédération depuis 50 ans », explique Benoît Lacoursière, secrétaire général, trésorier et collaborateur important de l’ouvrage.

Dans les années 1960, la CSN souhaitait créer une véritable fédération en allant chercher l’adhésion d’enseignants. Le contexte s’y prêtait puisque la Centrale comptait déjà dans ses rangs quelques professeurs issus du Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPQ), le Syndicat professionnel des enseignants (SPE) et avec la création des cégeps, les tout nouveaux syndicats d’enseignants qui avaient vu le jour. Ces trois groupes sont à l’origine de la FNEEQ-CSN telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Il faut se souvenir de l’effervescence qui régnait dans la société québécoise de la fin des années 1960 : « C’est l’époque de la CSN de Marcel Pépin, on est dans cette logique où l’on voit le travailleur d’abord comme un citoyen qui a des intérêts à défendre et où les organisations syndicales sont là pour faire valoir ces mêmes intérêts », poursuit le secrétaire, lui qui a compulsé les archives de la FNEEQ.

Les années difficiles

Au cours des années 1980, on peut dire que la FNEEQ a vécu une véritable crise d’adolescence. En effet, 1982 est une année sombre dans le monde de l’enseignement et dans tout le secteur public puisque c’est à ce moment que le gouvernement impose une coupe de salaire de 19,5 % pour une période de trois mois ainsi qu’un gel de salaire à ses employés. « Le constat posé par les délégués lors des instances est alors très sévère et critique la Fédération pour la façon dont sont menées les négociations collectives », rappelle Benoit Lacoursière. Lors des négociations de 1986, la FNEEQ subit encore une forte contestation.

En 1988, c’est la scission. On voit alors une quinzaine de syndicats quitter la Fédération : « Ils iront fonder la Fédération autonome du collégial, la FAC. Toutefois, à partir du milieu des années 2000, certains membres de la FAC réintégreront les rangs de la FNEEQ.

« Ce qui fait qu’aujourd’hui, au niveau collégial ce sont 45 des 60 accréditations syndicales qui se retrouvent chez nous », précise le syndicaliste. Années de scission, mais aussi années de réconciliation…

Si la FNEEQ est très présente dans l’enseignement collégial, elle laisse aussi sa marque à l’université. « La Fédération a participé à la syndicalisation des chargés de cours, c’est une des organisations les plus représentatives dans ce secteur », rappelle Benoit Lacoursière. Cette volonté d’aller chercher les travailleurs à statut très précaire et de travailler à améliorer leurs conditions de travail fait aussi partie du mandat de la FNEEQ, qui est même allée jusqu’à porter ce dossier lors des états généraux sur l’éducation en 1995. Le secrétaire en est convaincu, « les chargés de cours ont un rôle important et doivent recevoir une reconnaissance financière pour cette contribution ainsi qu’une reconnaissance politique de la part des établissements et du gouvernement ».

Autre dossier important à la FNEEQ, « la très longue lutte, qui a connu un dénouement heureux lors de la dernière négociation du secteur public, à savoir l’appartenance des enseignants de cégeps à l’enseignement supérieur », souligne M. Lacoursière. Reconnaissance qui s’est traduite par des correctifs salariaux entrés en vigueur le 2 avril dernier.

« C’est une reconnaissance de leur rôle, mais également d’une méthode de gestion démocratique du monde de l’éducation », précise-t-il.

L’avenir de la FNEEQ

Pour résister, la Fédération considère comme primordial de rester connectée sur tout ce qui se passe sur la planète. D’ailleurs, à l’international, on retrouve la FNEEQ au Comité syndical francophone de l’éducation et de la formation, et elle est membre de l’Internationale de l’éducation. Et comme le secrétaire l’affirme : « Il y a des dimensions planétaires à ce qui se passe, les luttes du milieu de l’éducation se ressemblent, le néolibéralisme n’est pas mort et on doit continuer de lutter. »

La mobilisation demeurera toujours un élément indispensable à la survie d’un syndicat, mais il est important aussi de toujours garder un rapport de force, conclut Benoit Lacoursière.

« C’est l’idée même de la démocratie, c’est parce qu’on est présent sur le terrain qu’on peut obtenir des gains. C’est revenir à la base du syndicalisme ! »