Le réseau de la santé mettra du temps à se rétablir

Seulement 350 postes de préposés aux bénéficiaires ont été créés.
Photo: iStock Seulement 350 postes de préposés aux bénéficiaires ont été créés.

Les embauches des derniers mois en santé ont eu plus de répercussions en petite enfance et du côté de la protection de la jeunesse que dans les hôpitaux et les CHSLD, a constaté Le Devoir. Sur les 4565 nouveaux postes créés par le gouvernement caquiste, seulement 350 ont été pourvus par de nouveaux préposés aux bénéficiaires.

La semaine dernière, la ministre de la Santé, Danielle McCann, annonçait fièrement que son gouvernement avait créé l’équivalent de milliers de postes à temps complet (ETC) dans le réseau.

« Il y a 4000 personnes équivalant à temps complet de plus dans le réseau », répondait-elle à l’animateur Paul Arcand qui s’impatientait de voir des changements dans l’attente aux urgences.

Or, vérification faite, il y a très peu d’infirmières et de préposés aux bénéficiaires parmi les 4565 personnes embauchées. Pourtant, c’est là que la rareté de personnel est la plus criante.

Ainsi, seulement 350 postes de préposés aux bénéficiaires ont été créés alors qu’on recense 1330 nouveaux postes de travailleurs sociaux et d’éducateurs spécialisés.

 
33 036
C’est le nombre de préposés aux bénéficiaires que Québec devrait embaucher d’ici cinq ans pour répondre aux besoins. C’est à peine l’équivalent de 350 postes à temps complet qui ont été créés.

Du côté des infirmières, 496 postes se sont ajoutés, en plus des infirmières auxiliaires (316). À l’inverse, on a recensé 916 professionnels de plus (physiothérapeutes, orthophonistes, ergothérapeutes, etc.) et un ajout de 754 employés de bureau et techniciens.

Au cabinet de la ministre, on reconnaît que beaucoup de ressources ont été affectées à la DPJ, au programme Agir tôt (en petite enfance) et aux services en santé mentale qui mobilisent beaucoup de travailleurs sociaux et d’éducateurs spécialisés.

« Ça permet d’expliquer [les données] », fait valoir l’attaché de presse, Alexandre Lahaie. « Cela dit, on ne se cache pas la tête dans le sable : recruter des préposés aux bénéficiaires, ça demeure un défi important. D’où le programme de bourses pour recruter des préposés. »

En date du 21 novembre, 32 % des bourses disponibles ont été octroyées, soit 645.

Moins de préposés que la cible

Du côté du ministère, on signale que les investissements pour embaucher des travailleurs en santé « sont encore récents et donc, leurs effets continueront de s’actualiser dans le futur ».

On mentionne aussi que l’ajout des nouveaux postes de préposés et d’infirmières en un an « est un gain non négligeable qu’il ne faut pas minimiser ».

Chose certaine, le nombre d’embauches est loin des cibles que le ministère s’est lui-même données pour résorber la rareté de main-d’oeuvre. En effet, le gouvernement révélait au printemps qu’il allait devoir embaucher 33 036 préposés aux bénéficiaires et 23 963 infirmières d’ici cinq ans pour répondre aux besoins des Québécois. Par année, c’est l’équivalent de 6600 préposés, soit presque 19 fois le nombre de préposés recrutés depuis un an.

 

Depuis son élection, le gouvernement caquiste a investi 659 millions supplémentaires dans le réseau dont 200 millions spécifiquement pour le personnel soignant dont la moitié était destinée au personnel des CHSLD.

Du côté des syndicats qui représentent les préposés, on est surpris de l’écart entre embauches de préposés et travailleurs sociaux, notamment « Ça m’étonne beaucoup », fait valoir Jean Lacharité, vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). « Je sais qu’il y a des besoins aussi en travail social… C’est peut-être la preuve qu’ils ont beaucoup de difficulté à attirer des préposés aux bénéficiaires. »

M. Lacharité est surtout frappé par l’écart entre les embauches de cette année et la cible de 30 000 préposés sur cinq ans. « On est loin de la coupe aux lèvres », dit le syndicaliste qui représente les trois quarts des préposés du réseau public.

Il suppose en outre que l’argent disponible pour les embauches n’a pas été entièrement dépensé. « J’espère qu’il ne sera pas utilisé pour autre chose et que le gouvernement a attaché les sommes pour que ça aille à ça », dit-il.

Un « petit départ »

Du côté de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), on mentionne que, ces derniers mois, des gens déjà à l’emploi des centres jeunesse ont pu accéder à des postes à temps plein.

Toutefois, un faible nombre de nouveaux postes auraient été créés, selon le syndicat. Chose certaine, on ne sent pas de gros changements sur le terrain, a-t-on expliqué au Devoir avec un nombre encore très élevé de personnes en assurance salaire.

L’ordre professionnel des travailleurs sociaux affiche aussi des réserves. « L’embauche de ressources additionnelles dans les services sociaux est une bonne nouvelle dans le contexte qui prévaut. Mais ce ne sont pas tous des postes de travailleurs sociaux qui ont été ouverts ou comblés dans le réseau », a mentionné la présidente de l’Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, Guylaine Ouimette.

C’est un petit départ, on devrait être rendus beaucoup plus loin que ça

 

Mme Ouimette signale également que la catégorie des travailleurs sociaux dans le tableau englobe d’autres professions comme les agents des ressources humaines (ARH) qui oeuvrent notamment en soutien à domicile et dans les centres jeunesse.

Par contre, ni le syndicat ni l’ordre n’étaient en mesure mercredi de dire si les embauche découlaient ou non des annonces faites par le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, l’été dernier dans la foulée du décès d’une fillette victime de négligence à Granby.

Enfin, du côté des syndicats infirmiers, on pense que les 800 nouveaux postes sont ceux d’infirmières à temps partiel qui ont pu obtenir des postes à temps complet. « Mais 800 professionnelles en soins sur 76 000 infirmières dans le réseau, […] c’est la prémisse de ce que ça devrait donner », avance la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Nancy Bédard. « C’est un petit départ, on devrait être rendus beaucoup plus loin que ça. »

6 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 28 novembre 2019 00 h 16

    Flux et stocks

    «En effet, le gouvernement révélait au printemps qu’il allait devoir embaucher 33 036 préposés aux bénéficiaires et 23 963 infirmières d’ici cinq ans pour répondre aux besoins des Québécois. Par année, c’est l’équivalent de 6600 préposés, soit presque 19 fois le nombre de préposés recrutés depuis un an»

    L'embauche de 33 036 préposés comprend à la fois les besoins de remplacement et l'ajout de personnel (donc des flux), tandis que l'ajout de 350 postes est une variation de stocks, Si on sait que le nombre de postes a augmenté de 350, on ne sait pas combien d'embauches ont été faites pour combler les départs à la retraite ou pour d'autres motifs (promotions, départs volontaires, etc.). Je ne dis pas que cet ajout est suffisant, loin de là, mais simplement que ces nombres ne sont pas comparables, car ils ne représentent pas la même chose.

  • Marcel Vachon - Abonné 28 novembre 2019 08 h 26

    Quand je lis cette multiplications de chiffres tantôt des uns et tantôt des autres, j'ai l'impression qu'il y a une immense incompétence administrative un peu partout, sans compter la mauvaise foi de certains sindicats. En tout cas, ça sent mauvais.

  • François Boulay - Abonné 28 novembre 2019 10 h 28

    Préposés aux bénificiaires

    C'est un travail très difficile et ingrat. Il faut augmenter les salaires, si on veut plus de préposés, il n'y a pas d'autre moyen.

  • Denis Pageau - Abonné 28 novembre 2019 18 h 48

    La solution est pourtant simple...

    Arrêtons d'être malades.

    La prévention peut avoir un impact important sur la grande majorité des maladies chroniques comme le diabète, les maladies respiratoires et cardiovasculaires ainsi que certains cancers.

    Il faut développer des programmes pour amener les gens à mieux manger et faire plus d'exercices.

    La solution pour améliorer le système de santé n'est pas d'augmenter l'offre de services, mais de diminuer la demande.

    Denis Pageau
    Sociétalogue.

  • Raynald Blais - Abonné 28 novembre 2019 19 h 46

    Comment

    Comment peut-on accepter une pénurie de main-d'oeuvre dans les services essentiels alors que la création d'emplois dans les jeux vidéos et autres productions superflues est encouragée?