Familles d’accueil: une contribution essentielle à la société

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Les jeunes qui vivent des difficultés peuvent être pris en charge par des familles d'accueil.
Photo: Shutterstock Les jeunes qui vivent des difficultés peuvent être pris en charge par des familles d'accueil.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pendant des années, les familles d’accueil qui prennent en charge des enfants, des adolescents et des adultes ont travaillé dans l’ombre, sans avoir la reconnaissance qu’elles méritent. Depuis 2009, les choses ont commencé à changer lorsqu’elles se sont syndiquées avec la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). Leurs conditions se sont améliorées et elles sont davantage reconnues.

La documentariste France Capistran connaît bien le milieu des familles d’accueil. Elle en a rencontré plusieurs afin de réaliser un documentaire sur le sujet pour le compte de la CSD. Des anecdotes sur ce que vivent au quotidien ces chef(fe)s de famille (en grande majorité des femmes) très dévoué(e)s, elle peut en raconter des dizaines.

Pour elle, il est clair que le travail réalisé est admirable et essentiel. « En 2017, on a dénombré tout près de 84 000 naissances au Québec et pendant ce temps, il y avait 100 000 signalements à la Direction de la protection de la jeunesse », affirme Mme Capistran, qui déplore cette situation. Heureusement, le système au Québec fait en sorte que ces jeunes qui vivent des difficultés (temporaires ou prolongées) ou ont des problèmes de santé mentale peuvent être pris en charge par des familles d’accueil. L’Association des ressources à l’enfance du Québec (ADREQ), affiliée à la CSD, est l’un des regroupements de familles d’accueil qui proposent un milieu de vie plus sain pour ces personnes. Du côté des adultes vivant une situation similaire, ils peuvent profiter du soutien des membres de l’Association démocratique des ressources à l’adulte (ADRAQ).

Un grand dévouement

Selon France Capistran, peu de gens réalisent les sacrifices que doivent faire ces familles et la grande bonté et la générosité qui les animent dans l’encadrement de ces personnes. « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, toute l’année, ces femmes et ces hommes prennent soin de personnes qui n’ont plus de ressources, et cela, dans leur famille ou dans des résidences adaptées, raconte-elle. Elles les accueillent comme s’il s’agissait de leurs propres enfants. »

Or, ces familles ont dû se battre pour obtenir le respect qu’elles méritent et des conditions de travail plus à la hauteur des tâches qu’elles accomplissent, selon la documentariste. « Il y a dix ans, elles obtenaient enfin une loi pour mieux encadrer le travail qu’elles fournissent et mieux les protéger », relate Mme Capistran.

Cette bataille a débuté en 2003 lorsque le Regroupement des ressources résidentielles adultes du Québec (RESSAQ, aujourd’hui l’ADRAQ) décidait de se syndiquer avec la CSD. Six ans plus tard, en 2009, c’était au tour de l’ADREQ. S’est amorcée alors une longue lutte visant à obtenir des droits semblables à ceux des autres travailleurs du Québec et une reconnaissance de l’importante contribution qu’elles apportent à la société. En plus de cette lutte, ces familles ont dû travailler fort pour contrecarrer les préjugés qui sont véhiculés à leur endroit. Dans le documentaire de France Capistran, les personnes qui témoignent mentionnent notamment le fait que pour bien des gens, s’occuper d’une famille, ce n’est pas du travail.

Et pourtant, les chef(fe)s de ces familles doivent composer avec des cas de plus en plus lourds, des enfants violents (ils sont eux-mêmes parfois agressés) et des personnes à la santé mentale fragile.

La syndicalisation

En 2012, c’est l’aboutissement. Une négociation étalée sur plusieurs années avec le ministère de la Santé et des Services sociaux donne enfin des résultats. Les deux associations (ADREQ et ADRAQ) obtiennent leur première convention collective. Comme exemples de gains, les familles d’accueil de l’ADREQ ont aujourd’hui 38 jours de congé, une hausse de rétribution significative (8,4 % sur 2 ans) et un filet de protection sociale (Régie des rentes du Québec, assurances collectives, CNSST, assurance parentale, etc.).

Grâce à cette négociation orchestrée par la CSD, les familles d’accueil membres de l’ADREQ et l’ADRAQ ont accès à un mécanisme de concertation et d’arbitrage, et il leur est aussi possible de recourir aux tribunaux en cas de litige.

Aujourd’hui, ces deux associations représentent le plus grand nombre de familles et de résidences d’accueil au Québec, soit 3618, qui prennent soin de près de 8500 personnes.