À fonction égale, salaire égal

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
Selon le SPGQ et les données d’un rapport réalisé par l’IRIS, la ségrégation professionnelle et la stagnation salariale révèlent de la discrimination systémique fondée sur le sexe.
Photo: SPGQ Selon le SPGQ et les données d’un rapport réalisé par l’IRIS, la ségrégation professionnelle et la stagnation salariale révèlent de la discrimination systémique fondée sur le sexe.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Loi sur l’équité salariale ne suffit plus à corriger la « discrimination systémique » qui perdure à l’endroit des femmes dans l’administration québécoise. Elles accusent un retard salarial par rapport à leurs collègues du secteur public dans son ensemble — fédéral, provincial et municipal —, dont les employés sont majoritairement masculins. Le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) entend poursuivre cette bataille, qui remplit déjà son emploi du temps.

Cette « discrimination systémique » s’organise assez simplement, souligne Line Lamarre, présidente du SPGQ. « À partir du moment où les milieux sont à majorité féminine, les chances d’avancement professionnel et les salaires stagnent. »

Elle cite l’exemple des professionnels dans les cégeps. Selon une analyse réalisée par le syndicat, « les conseillers pédagogiques gagnaient environ 5 % de plus qu’un enseignant il y a quelques années, illustre-t-elle. Avec le temps, la profession s’est féminisée et les enseignants gagnent aujourd’hui 10 % de plus que les conseillers pédagogiques. Or, au cégep, le corps professoral est légèrement à majorité masculine. »

Discrimination stagnante

Autre cas de figure selon le syndicat : les salaires des professionnels d’Hydro-Québec et d’Investissement Québec, des milieux « hautement masculins », supérieurs de quelque 12 000 $ à ceux offerts dans les organisations à majorité féminine, tels les musées.

Au maximum de l’échelle salariale, les professionnels d’Hydro-Québec gagnaient 93 200 $ par année, indique le syndicat. Au Musée d’art contemporain du Québec, au Musée national des beaux-arts du Québec et au Musée de la civilisation, où les femmes sont prédominantes, les salaires variaient plutôt entre 75 200 $ et 81 400 $.

« On constate une différence de 15 000 à 20 000 $ entre les salaires des analystes en informatique de la fonction publique en général et ceux d’Hydro-Québec », renchérit Mme Lamarre.

Les postes examinés par le SPGQ étaient variés, similaires d’une organisation à l’autre et exigeaient pour la plupart une formation universitaire. Les écarts salariaux entre l’administration publique et les autres secteurs ne seraient donc pas motivés par les exigences des emplois.

Selon l’analyse du syndicat et les données d’un rapport réalisé par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), la ségrégation professionnelle et la stagnation salariale révèlent de la discrimination systémique fondée sur le sexe.

Est-ce qu’on doit s’attendre à ce que les femmes désertent la fonction publique dans les années à venir ? « Les horaires stables et les avantages sociaux pourraient créer un contrepoids suffisant pour que les femmes demeurent dans l’administration publique », admet Mme Lamarre.

En choisissant ce genre de conditions de travail, les femmes ont plus de temps pour s’occuper des enfants ou des tâches quotidiennes, par exemple. Résultat, la population féminine est encore plus pauvre, et la charge mentale encore plus pesante. « On tourne en rond », lance-t-elle.

Le gouvernement a d’autres priorités

Il y a quelques mois, Line Lamarre rencontrait le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, pour faire état de la situation. Elle estime aujourd’hui que les écarts salariaux ne font pas partie des priorités gouvernementales.

« Le gouvernement reconnaît le problème de discrimination systémique, laisse tomber la présidente. Mais il a d’autres priorités. Il préfère donner l’argent en remboursements de taxes et impôts. C’est un choix électoral. »

La solution selon le SPGQ : augmenter les salaires des employés de l’administration publique québécoise.

Toujours selon l’IRIS, il est le seul secteur à avoir connu une baisse du niveau de vie de son effectif depuis l’année 2000 : le pouvoir d’achat de ses employés marque un recul de près de 1,2 %. Celui des employés des autres secteurs publics a pourtant grimpé de quelque 11 %.

Il en coûterait environ 7,3 milliards annuellement à l’État québécois pour porter leur rémunération au niveau des entreprises publiques, dont 5,9 milliards en salaires. Ce rattrapage réduirait de 35 % l’écart général du salaire horaire moyen entre les hommes et les femmes au Québec.

« À chaque dollar que le gouvernement remet à la société, il en récupère 50 %, souligne Mme Lamarre. Augmenter les salaires des employés de la fonction publique est une fausse dépense. »

Les femmes ne devraient plus avoir à se battre pour obtenir des conditions de travail équitables, plaide le SPGQ. À fonction égale, salaire égal.