FTQ: l’accès aux médicaments ne doit pas être un luxe

Agathe Beaudouin Collaboration spéciale
Daniel Boyer, président de la FTQ, livre un discours devant les 900 participants  au 32e congrès de la FTQ, qui avait lieu en début de semaine.
Éric Demers Daniel Boyer, président de la FTQ, livre un discours devant les 900 participants au 32e congrès de la FTQ, qui avait lieu en début de semaine.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, il est indispensable de mettre en place, et rapidement, une assurance publique et universelle pour les médicaments.

À l’écouter parler, on comprend que la patience de Daniel Boyer atteint ses limites. Pour le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), s’il existe un dossier qui doit devenir « la priorité des priorités », il tient en cinq mots : assurance médicaments publique et universelle.

Sur ce thème, la FTQ s’inscrit depuis plusieurs années comme le fer de lance d’un changement de paradigme en profondeur. Le syndicat est même passé à la vitesse supérieure en lançant une campagne de sensibilisation à grande échelle à l’automne 2018 : « Nous avons réalisé une campagne en faveur d’une assurance médicaments 100 % publique et universelle il y a un peu plus d’un an avec la Confédération des syndicats nationaux, rappelle le responsable syndical. Quelques semaines plus tard, la Centrale des syndicats du Québec a rejoint notre démarche. Nous faisons une coalition avec d’autres syndicats, car nous estimons qu’il est impensable qu’en 2020, dans notre pays, certains doivent choisir entre leur épicerie ou les médicaments sur ordonnance. Aujourd’hui, 9 % de la population québécoise n’est pas en mesure de payer ses médicaments. L’accès aux médicaments sur ordonnance ne doit pas être un luxe. »

À la tête de la FTQ depuis 2013, et réélu cette semaine par acclamation, Daniel Boyer aimerait convaincre les gouvernements du provincial et du fédéral de s’accorder pour doter le Canada et ses provinces d’un régime de médicaments moderne et égalitaire pour tous. « Nous sommes le seul pays de l’OCDE à ne pas encore avoir un régime universel pour les médicaments. Et nous pensons que cela est un besoin, soutient-il. Il y a quelque chose d’assez illogique dans le fait qu’une opération soit payée par l’État, mais que le patient doive ensuite payer ses médicaments. »

Depuis toujours, Daniel Boyer prône la fin d’un régime à deux vitesses : « Actuellement, nous avons au Québec un régime d’assurance médicaments hybride qui comporte une composante publique et une autre privée. Cela génère de grandes injustices entre les citoyens. »

« Nous ne baisseronspas les bras »

Selon l’organisation syndicale, un régime d’assurance médicaments universelle pourrait diminuer le prix des médicaments de 20 % à 40 %. Mais si la FTQ est persuadée du bien-fondé de sa proposition, comment entend-elle parvenir à convaincre les décideurs devant le très puissant lobby pharmaceutique ? « Il est vrai qu’on s’attaque à de puissants groupes. L’instauration d’un régime universel permettrait, entre autres, de contrôler le coût des médicaments. Cela engendrerait une grande économie ; de l’ordre de 1 à 4 millions pour le Québec et de 11 millions pour le Canada », dit le président, déterminé à obtenir gain de cause. « Les obstacles à l’adoption d’un tel régime ne sont pas économiques, mais politiques. Et il faut y remédier. Nous ne baisserons pas les bras. »

Lors de la campagne entamée en 2018, une plateforme virtuelle a été créée, pour informer et, surtout, mobiliser le public. Et les récentes élections fédérales semblent plutôt rassurer la Fédération. « Nous sommes relativement satisfaits de la manière dont cela va de l’avant », admet Daniel Boyer. D’ailleurs, juste après l’avoir félicitée, la FTQ a déjà exhorté la nouvelle ministre de la Santé, Patricia Hajdu, à « passer à l’action rapidement ».

La centrale, qui représente actuellement 600 000 travailleurs au Québec, revendique haut et fort une société « plus juste et plus égalitaire ». « Peu importe notre revenu ou notre niveau de responsabilité, affirme Daniel Boyer. Tout le monde au Québec doit avoir droit à la santé comme à l’éducation sur le même niveau d’égalité. »

Plus de moyens pour le service public

Autre dossier de grande importance sur le calendrier de la FTQ : le début des négociations avec Québec dans la fonction publique, qui se dérouleront début 2020. En jeu : le revenu des fonctionnaires, mais aussi les moyens accordés aux services publics. « Il y a eu des coupes et elles ont fait très mal aux services publics. Il faut donc ajouter du personnel et renégocier les salaires. Il y a déjà un retard salarial de 6,6 % par rapport au secteur privé, tous avantages inclus. Il faut remédier à cette injustice. Notre objectif est de revaloriser les emplois et les services », déclare Daniel Boyer.