Secteur public: de meilleures conditions pour de meilleurs services

Catherine Couturier Collaboration spéciale
«Il faut que le gouvernement mette son pied à terre et donne des mandats pour négocier à la hauteur des besoins des travailleurs et de la population», avance Sonia Éthier.
Photo: CSQ «Il faut que le gouvernement mette son pied à terre et donne des mandats pour négocier à la hauteur des besoins des travailleurs et de la population», avance Sonia Éthier.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Ce qui distingue cette négociation, c’est que nous sommes dans une période économique favorable », souligne Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). Le syndicat affirme en effet que malgré le fait d’avoir devancé la réalisation de ses promesses phares (réduction des taux de taxe scolaire, maternelle 4 ans, abolition de la contribution additionnelle pour garde d’enfants, modification de l’allocation familiale), le gouvernement Legault disposerait toujours d’une marge de manœuvre de plus de 7 milliards de dollars pour « donner de l’air aux réseaux de santé et d’éducation ».

« Le gouvernement dispose de surplus importants, permis par les sacrifices des travailleurs du secteur public », soutient Mme Éthier. Après plusieurs années de compressions libérales, « Il faut que ça change maintenant », scande le slogan de cette négociation.

Rattrapage salarial

Chacune des fédérations chapeautées par la CSQ a fait ses demandes sectorielles aux tables de négociation patronales à l’automne, mais la demande principale de la table intersectorielle concerne les revendications salariales pour les trois prochaines années. Le Québec serait en effet en retard par rapport au reste du Canada dans plusieurs secteurs. Une étude de l’Institut de la statistique du Québec rapportait par ailleurs en novembre 2018 que les travailleurs du secteur public affichaient un retard salarial de 6,6 % par rapport au secteur privé [l’étude de 2019 n’était pas encore publiée au moment de mettre sous presse]. « Avec tous les problèmes de rétention de personnel, il faut que le gouvernement mette son pied à terre et donne des mandats pour négocier à la hauteur des besoins des travailleurs et de la population », avance Mme Éthier.

La CSQ demande ainsi une augmentation fixe du salaire horaire de 2 $ pour la première année : « En demandant un montant fixe la première année, nous voulons aider les employés à bas salaire. Si l'on est au bas de l’échelle, 2 $ l’heure ont vraiment un impact plus important que si l'on est en haut de l’échelle », précise Mme Éthier.

Pour 2021 et 2022, la CSQ revendique une augmentation salariale de 3 % par année, de même qu’un mécanisme de protection du pouvoir d’achat si l’inflation dépasse 2 %. « Nous avons demandé de l’espace du point de vue financier pour permettre l’amélioration des conditions de travail des membres et des services aux élèves et à la population. On est à la défense de la population et des plus démunis de la société », affirme la présidente.

Trois autres sujets sont abordés dans les demandes intersectorielles, soit les droits parentaux, la retraite et la disparité régionale. La CSQ demande, entre autres, d’allonger la période de retraite progressive de 5 à 7 ans, des demandes qui ont un coût, remarque Mme Éthier.

La Centrale revendique également une bonification du congé parental et d’adoption, demande qui n’a pas été chiffrée. Du point de vue de la disparité régionale, la partie syndicale réclame la compensation du préjudice fiscal actuel, alors que « certaines primes d’éloignement sont en ce moment imposables », précise la présidente.

Impacts des coupes

« Les années d’austérité ont fait mal dans tous les secteurs en ce qui concerne les conditions de travail. On a atteint un mur, et il va falloir que le gouvernement soit à l’écoute pour répondre aux besoins des travailleurs et, par extension, de la population », rappelle Mme Éthier, qui lie conditions de travail et qualité des services à la population. La surcharge du personnel coûterait en ce moment très cher à la société, explique la présidente de la Centrale : « En santé et services sociaux, l’invalidité aurait coûté au gouvernement 500 000 $ l’année dernière, ce qui équivaut à 10 000 emplois. On s’est privé de l’expertise de 10 000 personnes parce qu’on les a surchargés ; on ne s’est pas préoccupé des conditions de travail. » Augmentation du problème d’attraction et de rétention du personnel, augmentation du nombre de lésions à caractère psychomusculosquelettique et psychologique ; les impacts sur les travailleurs seraient bien tangibles.

Ce sont 125 000 travailleurs et travailleuses du secteur public qui sont visés par cette négociation : enseignants, personnel de soutien scolaire, de l’enseignement supérieur et du collège, enseignants au cégep, infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes. « Parmi les membres de la CSQ, 75 % sont des femmes. La question du rattrapage salarial et des conditions de travail, après les années d’austérité, est donc indissociable de l’avancement de la condition des femmes en emploi », fait valoir par ailleurs la présidente de la Centrale.

Prochaines étapes

Soulignons que la CSQ, la CSN et la FTQ n’ont pas réussi à harmoniser leurs revendications salariales, et que la CSQ les a déposées seule. « Les canaux sont toujours ouverts, tient à préciser la présidente de la CSQ. Il va y avoir encore d’autres moments pour réaliser le front commun, notamment lors du dépôt des demandes patronales. Les trois centrales vont toutes dans la même direction pour améliorer le sort des travailleurs et les services à la population. »

Après le dépôt des demandes intersectorielles par la CSQ et les demandes sectorielles par ses fédérations, le dépôt des demandes patronales devrait se faire d’ici Noël. « Mais le premier ministre et le président du Conseil du trésor ont déjà mis sur la table les augmentations qu’ils voulaient donner à l’ensemble des employés de l’État. C’est un peu particulier, parce qu’on a eu à peine le temps de déposer nos demandes. Ce n’est pas conforme, il faut attendre le dépôt patronal », croit Mme Éthier. Celle-ci espère que le gouvernement Legault sera tout de même à l’écoute. Les négociations s’enclencheraient après Noël.