Alliance des professeurs de Montréal: les commissions scolaires, un gage d’équité

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Les profs sont échaudés par des formations qui demandent du temps et de l’énergie pour peu de résultats.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les profs sont échaudés par des formations qui demandent du temps et de l’énergie pour peu de résultats.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En lisant le projet de loi 40, Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeurs de Montréal, a ressenti un grand malaise : « On dirait que c’est une loi écrite par quelqu’un qui envoie ses enfants au privé et pour qui la qualité de l’école publique ne compte pas vraiment parce que de toute façon, ses enfants ne la fréquenteront jamais. »

Il y a quelques jours, l’Alliance des professeurs de Montréal et d’autres syndicats affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) se sont présentés aux bureaux du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge afin de contester le projet de loi 40 sur l’abolition des commissions scolaires. « On veut que le projet soit mis de côté et qu’on reparte à zéro avec autre chose parce qu’il y a trop de points inacceptables », lance la présidente. Elle ajoute : « Cette loi est une porte ouverte à la ségrégation scolaire et à Montréal, le contexte fait que c’est encore plus préoccupant. »

Depuis de nombreuses années, l’Alliance des professeurs milite pour une véritable école de quartier. « On est dans une grande ville, on a des écoles dans chaque quartier, on veut que les élèves puissent aller à pied à l’école et qu’ils connaissent leur environnement, qu’ils puissent se développer avec leurs voisins et créer des communautés. Mais l’école de quartier, l’école pour tous, celle qui prône l’égalité des chances, c’est fini avec cette loi. »

C’est que Montréal est l’endroit où l’on retrouve le plus grand nombre d’écoles privées et de programmes d’études particuliers, plus que n’importe où ailleurs sur le territoire québécois. Le projet de loi 40 mettra en concurrence tous ces établissements d’enseignement au grand détriment des élèves du secteur public, qui lui, ne fait pas de tri, mais au contraire, accepte tous les élèves sans discrimination. Dans le projet de loi 40, il sera dorénavant permis à tout conseil d’établissement qui en fait la demande de changer l’offre pédagogique d’une école pour en faire une école à vocation particulière si la direction est d’accord. « On a raison de craindre pour l’école dite “ordinaire” », déclare la syndicaliste, qui redoute que ces écoles poussent comme des champignons, surtout depuis la mise en place de la loi 12 qui permet aux écoles de facturer des frais.

« Une insulte à notre travail »

Rappelons que 49 des 97 établissements d’enseignement secondaire privés du Québec sont situés sur l’île de Montréal. Chaque année, ces écoles accueillent 17 000 élèves provenant d’écoles primaires publiques : « Quand on additionne ces élèves à ceux des programmes particuliers, qui est-ce qui reste dans les classes ordinaires ? Malheureusement, il y a de nombreux élèves en difficulté et on sait qu’il n’y a rien pour eux dans ce projet de loi, pas plus qu’il n’y en a pour les élèves allophones ou provenant de milieux défavorisés », déplore Catherine Beauvais St-Pierre.

« Ce projet de loi porte en théorie sur la gouvernance scolaire. En pratique, c’est une infime partie des éléments de la loi qui concernent ce dossier et le ministre en profite pour jouer dans la Loi sur l’instruction publique », s’offusque la présidente. Elle donne l’exemple de l’autonomie professionnelle et du fameux « tripotage de notes » : le projet de loi mentionne que les directions d’école pourront, « après consultation auprès des enseignants », changer les résultats… « Actuellement, c’est à l’enseignant de donner les résultats scolaires et il peut contester si sa direction lui demande de modifier une note. On va enchâsser une tricherie dans la loi ! C’est une insulte à notre travail ! »

Dans le nouveau projet de loi, il est stipulé que la formation continue sera dorénavant obligatoire ; cette question du perfectionnement représente un autre irritant pour Catherine Beauvais St-Pierre : « On entend souvent dire que les profs ne veulent pas se former, c’est faux ! » Ce que l’Alliance remet en question, c’est la pertinence du perfectionnement offert actuellement ainsi que le contexte : « On a déjà vu des formations imposées sur le civisme qui nous rappelait l’importance de saluer ses collègues ! De plus, on nous offre des formations, mais on n’a qu’une seule journée de libération chaque année ! » affirme la présidente.

Les profs sont échaudés par des formations qui demandent du temps et de l’énergie pour peu de résultats, et ce dont ils auraient besoin n’est que trop rarement offert, ajoute-t-elle.

L’Alliance n’a jamais prétendu que le fonctionnement du système actuel de commissions scolaires était parfait, « on sait qu’il y a des choses à revoir, qu’il y a des améliorations à apporter dans la structure, convient Mme Beauvais St-Pierre. Mais la solution qu’on nous propose n’en est pas une. »