La FAE veut se battre «jusqu’au bout»

Agathe Beaudouin Collaboration spéciale
Depuis deux mois, La FAE se mobilise contre le projet de loi 40.
Photo: Daniel Gauthier Depuis deux mois, La FAE se mobilise contre le projet de loi 40.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

De mémoire de syndicaliste, jamais l’école publique québécoise n’a subi de telles attaques, estime Sylvain Mallette. Le projet de loi 40 porté par le gouvernement Legault veut « totalement réécrire l’école », dénonce le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Une occupation des lieux au ministère de l’Éducation à Québec, des égoportraits par dizaines sur leur compte Facebook, une distribution de brochures portant leurs revendications au Salon du livre de Montréal : depuis deux mois, les membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) passent à l’acte. À travers ces actions à répétition, la centrale syndicale souhaite manifester sa profonde opposition au projet de loi 40 sur l’école. « Le gouvernement fait lui-même la preuve de la raison d’être du syndicalisme ! » déclare, comme pour se justifier, Sylvain Mallette. « Parce que ce projet attaque en profondeur ce qu’est l’école, parce qu’il attaque ce que nous sommes en tant qu’enseignants, parce que le gouvernement ne montre pas une volonté de communiquer, notre syndicat ne peut rester les bras croisés. L’action syndicale prend toute son importance, et nous nous battrons jusqu’au bout. »

Après avoir étudié le texte point par point, la FAE affirme que ce projet cache de très nombreuses propositions et remet en question l’idée même de permettre l’égalité des chances à tous. Sylvain Mallette dénonce également la manière de faire : « C’est un gouvernement qui montre qu’il veut aller vite, qui n’écoute pas les différents points de vue et qui ne veut pas entendre les critiques. » La FAE s’inquiète particulièrement de la « démarche marchande » qui entoure le texte : « On fait exploser la carte scolaire et chacun va magasiner son école ! Cela pose la question de l’école à la carte et de l’égalité pour tous », s’exclame le représentant des enseignants, totalement opposé à cette vision « clientéliste » de l’éducation.

« Le ministre veut passer au bulldozer et nous écraser », s’insurge le professeur d’histoire à la tête de la FAE, sidéré, par exemple, par un possible « tripotage des notes légalisé ». « C’est une totale remise en cause de notre autonomie. »

Manque de transparence

La Fédération autonome de l’enseignement reproche au gouvernement son manque de transparence : si l’abolition des cartes scolaires a bien été évoquée durant la campagne électorale de 2018 par la Coalition Avenir Québec (CAQ), « il y a bien d’autres aspects affichés dans le projet 40 qui n’ont jamais été dévoilés auparavant ». Le syndicat l’accuse de vouloir créer une école à deux vitesses : « Ce texte n’engage pas les parents de milieux défavorisés à agir plus dans les écoles, alors que nous savons que c’est un facteur important pour les élèves issus de l’immigration. En fin de compte, ce texte est écrit pour certains parents. »

Crainte d’une trop forte centralisation à Québec, ou encore d’une réduction de l’autonomie des enseignants… Pour la FAE, la liste des points noirs est longue, très longue. « Il s’agit de l’attaque la mieux coordonnée contre l’école publique et contre les professeurs depuis la Révolution tranquille. Le ministre Roberge et M. Legault ignorent totalement l’héritage du rapport Parent, l’acte fondateur de notre réseau scolaire moderne », regrette Sylvain Mallette, qui n’est pas surpris de voir, depuis le début du mois d’octobre, la mobilisation du corps enseignant s’intensifier. « Il faut comprendre que dans les écoles et les salles de professeurs, ce texte a été reçu comme une gifle. Et nous, syndicalistes, nous nous appuyons sur cette réalité-là pour mener nos actions. Pourquoi le gouvernement attaque-t-il une profession déjà en souffrance ? »

La Fédération autonome de l’enseignement, qui recense 45 000 adhérents dans ses rangs, est partie en campagne dans la province pour expliquer la réforme aux enseignants. Elle dit mener un « syndicalisme de terrain ». « En cassant l’architecture même de nos écoles, en ignorant l’ensemble du personnel, le ministre montre qu’il n’est plus le gardien de l’école. J’ai mal à mon école », déclare Sylvain Mallette, qui promet de nouvelles actions à venir si « Québec n’entend pas nos revendications », à savoir le retrait total de ce projet de loi.