CSN: un important déficit de démocratie

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Selon le président de la CSN, la solution ne se trouve pas dans une réforme des structures, mais bien dans un réinvestissement massif en éducation.
Photo: Getty Images Selon le président de la CSN, la solution ne se trouve pas dans une réforme des structures, mais bien dans un réinvestissement massif en éducation.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le projet de loi du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, déposé le 1er octobre dernier sans consultation préalable, secoue le milieu éducatif. Ce texte, qui contient 300 articles au total, prévoit, entre autres, de transformer les commissions scolaires en centres de services, de donner la possibilité aux directions d’établissements de changer les notes remises par les enseignants ou, encore, de sanctionner les enseignants qui ne se soumettront pas aux obligations de formation continue. Les syndicats se mobilisent pour renvoyer le ministre à sa table de travail.​

Avec le projet de loi 40 qui vise l’abolition des commissions scolaires, Jacques Létourneau, président de la Centrale des syndicats nationaux (CSN), ne craint rien de moins que la déstabilisation du réseau scolaire québécois.

« Ça ne sert à rien de brasser les structures simplement pour brasser les structures », lâche M. Létourneau. Manque de ressources, épuisement professionnel tant chez les enseignants que chez les professionnels ou parmi le personnel de soutien, c’est vrai que le réseau est mal en point, mais a-t-on vraiment besoin d’une réforme administrative pour régler ces problèmes ? La réponse fuse rapidement : « Non ! »

Selon le président de la CSN, la solution ne se trouve pas dans une réforme des structures, mais bien dans un réinvestissement massif en éducation. « Les problèmes actuels ne sont pas dus à l’existence des commissions scolaires. Nous subissons aujourd’hui les conséquences des politiques d’austérité, d’autant que nous avons favorisé la mise en place d’une école à deux et même à trois vitesses », estime-t-il, faisant référence à la classe dite « ordinaire », qui est en concurrence avec le réseau privé et les programmes d’études particuliers développés au sein même de l’école publique. Résultat : « Il n’y a plus de mixité, les plus forts ne se retrouvent qu’entre eux, et c’est malheureusement la même chose pour les plus faibles », ajoute-t-il.

Le projet de loi 40 propose de remplacer les commissions scolaires par des centres de services. La CSN y voit un important déficit de démocratie : « Depuis des années, on dit qu’on devrait trouver une façon d’intéresser la population aux élections scolaires », lance le président tout en admettant le faible taux de participation, mais « en les abolissant, on fait disparaître un contre-pouvoir capable de répondre politiquement aux enjeux de l’éducation, poursuit-il. En quoi la suppression d’un droit fondamental, celui de se prononcer sur la destinée des commissions scolaires va-t-il améliorer la qualité de l’éducation ? » Car c’est de cela que les écoles, les élèves et le Québec tout entier ont vraiment besoin.

Concurrence entre les écoles

Le projet de loi dans sa forme actuelle renforce par ailleurs le pouvoir du ministre de l’Éducation : « Un peu comme on l’avait fait avec la réforme du ministre Barrette en santé, souligne Jacques Létourneau. Les petites structures en région éloignée sont défavorisées par rapport à celles des grands centres plus rapprochées entre elles. »

En juin dernier, la CSN s’inquiétait déjà de l’adoption du projet de loi 12 visant à préciser la portée du droit à la gratuité scolaire : « Ce que l’on craint aujourd’hui avec le projet de loi 40, après avoir déjà mis un terme au principe de la gratuité, c’est que ça entraîne davantage de concurrence entre les écoles et entre les territoires », lance-t-il. En effet, le nouveau projet de loi permettrait dorénavant aux parents de choisir l’école de leur enfant tous territoires confondus.

« On est en train de libéraliser l’école publique québécoise, s’indigne Jacques Létourneau. En apparence, on pourrait croire qu’on est dans quelque chose de technique, mais quand on y regarde de plus près, tout ça est très politique. »

Si la volonté du gouvernement de la CAQ d’abolir les commissions scolaires n’est une surprise pour personne puisque cette mesure faisait partie des promesses électorales de François Legault, c’est la manière qui choque ici : « Avec ce gouvernement, on doit se battre pour se faire entendre. On est souvent convoqués à la dernière minute pour les commissions parlementaires. Il en a été ainsi du débat concernant le projet de loi 40. On se demande pourquoi toute cette urgence », s’inquiète le président, qui souligne qu’il y aurait même une menace de bâillon pour faire passer la loi avant les vacances de fin d’année. Les problèmes qui gangrènent l’école publique ont été recensés depuis longtemps, « mais peut-on s’asseoir avec les gens qui sont sur le terrain pour être capable de faire les bons gestes qui vont mener à une réforme réfléchie ? »