À la rescousse d’une maison patrimoniale de Laval

Située sur le boulevard des Mille-Îles à Laval, la maison Charbonneau a été construite en 1736.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Située sur le boulevard des Mille-Îles à Laval, la maison Charbonneau a été construite en 1736.

Le ministère de la Culture a obtenu de la Cour supérieure une ordonnance qui lui permettra de procéder lui-même aux travaux de protection de la maison Charbonneau, à Laval, négligée par sa propriétaire.

Construite en 1736 et située sur le boulevard des Mille-Îles, la maison Charbonneau est l’une des rares demeures datant du Régime français. Laissée sans entretien, elle n’a cessé de se dégrader au fil des ans. À plusieurs reprises, le ministère a pressé la propriétaire, Elena Agostino, à prendre des mesures pour préserver ce bien classé, mais sans succès, celle-ci souhaitant plutôt démolir la maison.

Le ministère s’est finalement adressé à la Cour supérieure pour forcer la main de la propriétaire.

Lundi, le tribunal a accordé une ordonnance de sauvegarde qui autorise le ministère à effectuer lui-même divers travaux, soit stabiliser la charpente du toit, boucher les ouvertures et les trous afin d’empêcher la neige d’entrer, installer un système de chauffage, isoler le sol extérieur autour des fondations et rejointoyer les fondations par l’extérieur.

La Cour ordonne aussi à la propriétaire de la maison de maintenir l’approvisionnement en électricité pour assurer le chauffage à 15 degrés dans un délai de cinq jours.

Dans sa décision, le juge Thomas M. Davis donne raison au ministère quant au droit de l’État d’effectuer les travaux requis en lieu et place de la propriétaire compte tenu de l’inertie de celle-ci et de l’urgence de la situation.

À plusieurs reprises, entre 2014 et 2019, un expert mandaté par le gouvernement a constaté la dégradation de l’immeuble. En octobre dernier, il a d’ailleurs noté des mouvements dans la maçonnerie et constaté la disparition du balcon avant, ce qui met en danger les fondations en raison de l’exposition du sol aux intempéries.

Une première

La propriétaire savait, dès l’achat de l’immeuble, que la maison Charbonneau était un bien classé, rappelle le juge Davis.

« Le préjudice irréparable est clair. Si la maison s’effondre, la reconstruction devient très difficile et on ne pourra plus garantir le maintien des caractéristiques ancestrales », conclut-il, avant d’autoriser l’État à effectuer les travaux requis en attendant que le jugement sur le fond, visant l’ensemble des travaux de consolidation requis, soit entendu.

L’avocat de Mme Agostino n’a pas rappelé Le Devoir.

Le recours aux tribunaux par le ministère de la Culture constitue une première, croit Clément Locas, président du comité du patrimoine à la Fédération histoire Québec.

« Il n’y avait jamais eu de poursuite auparavant, sinon des envois de lettres non méchantes tous les deux ans. C’est comme ça qu’on a perdu le moulin de L’Isle-Verte », a-t-il dit.

« C’est une excellente nouvelle. Je me dis que, s’il y a deux ou trois événements comme ça, ça va envoyer le signal que le patrimoine, c’est très sérieux, et que les propriétaires qui laissent leur bâtiment se dégrader pour pouvoir les démolir par la suite, c’est fini. »

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, entend par ailleurs annoncer des mesures visant la protection du patrimoine le 5 décembre prochain.