Coups de coeur de l’équipe

Le Devoir Collaboration spéciale
À la mi-octobre, Patrick Watson a lancé «Wave», son 8e album.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À la mi-octobre, Patrick Watson a lancé «Wave», son 8e album.

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture en cadeau

Lecture, musique, lieux d’exposition… L’équipe de collaborateurs des cahiers spéciaux vous propose quelques-uns de ses coups de coeur culturels. Autant de moments à partager durant le temps des Fêtes, ou d’idées-cadeaux à glisser sous le sapin.​

Éternelle Sagan

Décédée en 2004, Françoise Sagan demeure bien vivante grâce à son fils, Denis Westhoff, déterminé à effacer ses lourdes dettes et à perpétuer la légende de l’auteure de Bonjour tristesse et d’Avec mon meilleur souvenir. Après les multiples rééditions de titres épuisés, personne n’attendait ce roman inédit, fruit d’un travail quasi archéologique, assemblage de différentes versions d’un manuscrit dont l’écriture fut plus d’une fois interrompue entre les années 1980 et 1990. Quelque part entre La chamade (pour les amours intergénérationnelles) et Château en Suède (un huis clos chez les bourgeois désabusés), Les quatre coins du cœur (Plon) reprend les thèmes fétiches de la grande dame insolente des lettres françaises, dont celui des liaisons dangereuses et triangulaires. L’héritier de Sagan reconnaît lui-même le caractère décousu et inégal de cet ultime opus, dont il fallait combler les vides sur des pages jaunies. Pour ses admirateurs, ce sont des retrouvailles inespérées, mais à savourer avec autant de tendresse que d’indulgence.

André Lavoie

 

Un concentré de beauté

Facile de vagabonder pendant des heures sur le site Web de l’ONF. Parmi les courts métrages d’animation offerts, un arrêt sur Rubans est nécessaire. Réalisé par Torill Kove, une cinéaste montréalaise d’origine norvégienne qui n’a que trois films à son actif, mais autant de présences aux Oscar (et qui est encore plutôt méconnue malgré cela), ce concentré de beauté de huit minutes raconte le lien parental dans toute sa beauté et sa complexité, ainsi que son évolution au fil du temps. Alors que l’idée de départ était de parler d’adoption (Torill Kove est elle-même mère adoptive), la réalisatrice y raconte finalement une histoire « sur l’affection, sur les phases d’une relation d’une mère avec sa fille », a-t-elle expliqué au Devoir lors de la diffusion de son œuvre en 2017. Aucun mot n’est nécessaire du début à la fin pour faire comprendre et ressentir l’intensité de cet attachement. Les dessins aux traits simples et minimalistes défilent au son du jazz et du piano de la trame musicale composée par le conjoint de la réalisatrice, Kevin Dean. Le résultat est empreint d’une grande poésie. Un petit moment à s’offrir durant le congé des Fêtes.

Catherine Girouard

Photo: ONF Image tirée du court métrage d’animation «Rubans», réalisé par Torill Kove
 

Dans la peau d’un naturaliste

Il est un petit bijou de culture lové au cœur du campus McGill. Un petit musée chaleureux qui, une fois la lourde porte franchie, vous fait sentir comme dans les habits d’un naturaliste du XIXe siècle. S’imaginant portant costume trois-pièces, montre gousset et monocle, moustache en guidon sous le nez et canne dans la main, le visiteur part à la découverte des merveilles de la nature. Le musée Redpath abrite des collections de vertébrés marins, de dinosaures (squelette de gorgosaurus libratus grandeur nature, crâne de tricératops, de tyrannosaure rex et d’un cousin du velociraptor), des spécimens empaillés d’animaux disparus, des centaines de fossiles et autres minéraux, et des objets culturels du monde entier (momies égyptiennes, instruments de musique, vaisselles, objets rituels, etc.). Une sorte de cabinet de curiosité, tout de bois et de fresques recouvert, avec en prime, le plancher qui grince… et l’on se prend, à la manière d’Une nuit au musée, à rêver que tous les artefacts prennent vie devant nos yeux.

Hélène Roulot-Ganzmann

Photo: Musée Redpath Le musée Redpath est situé au cœur du campus McGill.
 

Pour les âmes à la dérive

Depuis sa sortie en octobre dernier, la nouvelle proposition de Pierre Lapointe,Pour déjouer l’ennui, joue en boucle dans un appartement du Centre-Sud. Sa locataire ne s’en lasse pas. C’est peut-être à cause de cette période frileuse ou de l’impression que chacune des douze pièces raconte une histoire qui est sienne. Ces « berceuses se voulant un cadeau pour les petits enfants devenus grands » sont comme une boule de chaleur sur un tapis de sentiments nostalgiques et mélancoliques. Pierre Lapointe nous chante l’amour et ses petites défaites avec une grande simplicité qui laisse aux mots (les siens et ceux de plusieurs collaborateurs) le temps de se faire une petite place à l’intérieur de soi. Les arrangements musicaux sont de l’ordre du délicat, inspiré de la chanson française, avec une part d’influence cubaine et une grande présence de la guitare. Peut-on s’emmitoufler dans des chansons ? Car c’est tout ce qu’on a envie de faire.

Rose-Carine Henriquez

 

La transmusicalité d’Organ Mood

Pratiquement cinq années se sont écoulées depuis la sortie du dernier album d’Organ Mood, composé initialement du compositeur Christophe Lamarche-Ledoux (Chocolat, feux doux, Lesser Evil) et de l’artiste multimédia Mathieu Jacques. Indivisible est arrivé avec l’automne, parfait moment pour emplir l’espace d’une ambiance calme et feutrée. L’ajout dans le groupe de Mathieu Charbonneau (Avec pas d’casque, Timber Timbre) et de l’artiste visuelle Estelle Frenette-Vallières (Safia Nolin, Les Louanges) renforce son essence résolument transdisciplinaire. Si à l’écoute du nouvel ovni, on se sent toujours aussi enveloppé et invité à la transe que dans les albums précédents, c’est en assistant à leur spectacle que l’on vit toute la profondeur artistique du quatuor, où des projections lumineuses inspirées du monde végétal et animal nous immergent complètement dans la musique et poussent l’expérience à son apogée. Si vous le pouvez, optez pour le duo album et spectacle pour ressentir tout ce qu’Organ Mood arrive à stimuler.

Catherine Martellini

 

Une vague apaisante et planante

Sorti à la mi-octobre, le 8e album de Patrick Watson, Wave, était attendu, et pour cause : le pianiste n’avait rien endisqué depuis 2015. C’est un album composé de 10 titres planants, joyeux et inspirés, qu’il nous a livré. L’artiste, qui a l’habitude de mettre en valeur sa musique avant sa voix, a fait le contraire cette fois-ci. Dans une entrevue à La Presse +, Watson explique que les textes se sont imposés à lui en premier, dans son processus de création, et qu’ils prennent toute la place. Et quel bonheur, car ses paroles se marient merveilleusement bien avec sa musique. Mes préférées : l’entraînante Dream For Dreaming et les planantes Here Comes the River et Wave.

Stéphane Gagné

 

Déconstruire les stéréotypes à moto

Anne-France Dautheville a pulvérisé les stéréotypes en décidant, en 1973, de faire le tour du monde à moto, en solo de surcroît. Au guidon d’une anémique Kawasaki 100 cc., elle amorce son voyage à Québec, puis passe par Montréal, Mont-Laurier et Val-d’Or. Dans son récit Et j’ai suivi le vent, l’inspirante et audacieuse motocycliste nous raconte son périple à travers les rencontres, les cultures et les continents en nous rappelant, non sans nostalgie, qu’il n’y a pas si longtemps, nous vivions dans un monde où tout était possible, y compris traverser l’Iran, le Pakistan ou l’Afghanistan à moto en toute liberté. Parue initialement en 1975 aux Éditions Flammarion, puis tombée dans l’oubli, son histoire est réapparue sur le radar de toute une nouvelle génération de femmes en 2016, grâce à la maison de couture française Chloé qui a élevé Anne-France Dautheville au statut d’héroïne. Un an plus tard, les Éditions Payot & Rivages remettaient le récit coloré de cette femme de tête sous presse. Mme Dautheville est aujourd’hui âgée de 75 ans. Elle ne fait plus de moto, elle prend soin de ses chats et de son jardin. Elle écrit toujours et vient de publier son plus récent livre, intitulé Harmonie.

Charles-Edouard Carrier

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