Les auteurs d’ici sous le sapin

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Toa Heftiba / Unsplash

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture en cadeau

À la veille du temps des Fêtes, que nous laisse 2019 comme souvenirs littéraires qui allument en nous un irrémédiable désir de passation ? Tous genres confondus, voici quelques titres québécois qui trouveront à coup sûr leur place sous le sapin. Et si le coeur vous en dit, allez donc faire un tour au Salon du livre de Montréal, histoire d’échanger quelques mots avec des auteurs d’ici.

Chauffer le dehors
Marie-Andrée Gill, La Peuplade

Sans mauvais jeu de mots, ce petit recueil de poésie, qui se lit et se relit, réchauffe le dedans monotone. C’est une lecture lumineuse et résiliente qui trouve écho dans nos petites blessures intérieures. La poète saguenéenne d’origine innue nous parle de cet amour perdu qui colle encore au corps, de ce deuil qui s’amorce tranquillement, alors que le passé est encore à vif. Son écriture vivante ancre la solitude dans le territoire du Bas-Saguenay, qui se fait témoin et baume. Une nature dans laquelle se perdre et, en quelque sorte, renaître. Ses mots immensément tristes finissent par devenir réconfortants, car ils font état d’une fragilité universelle. À l’aube de l’hiver qui commence, lire Chauffer le dehors, c’est apprendre à s’approprier sa souffrance.

Les limbes

Jean-Simon DesRochers, Les Herbes rouges
 

Sixième roman de Jean-Simon DesRochers, Les limbes fait partie de ces livres aux univers prenants et hyperréalistes. À la fois portrait d’un quartier, d’une ville et d’humains en déroute, l’histoire de Michel Best, dit Ti-best, « né dans les toilettes d’un bordel en plein âge d’or du Red Light », est une rocambolesque fresque. Nous suivons le personnage — qui aura en quelque sorte vécu plusieurs vies — de sa naissance, en 1939, à sa mort prématurée, en 1980. De gamin artiste et candide entouré de deux mères, il deviendra policier puis taupe. Un destin tragique sur fond d’univers cru et corrompu dont on prend plaisir à découvrir les chassés-croisés.

La loi de la gravité
Olivier Sylvestre, Hamac

On ne lit certainement pas assez de théâtre et cette pièce pour adolescents — mais les adultes y trouvent aussi leur compte — mérite de se retrouver dans le plus de mains possible. Le dramaturge Olivier Sylvestre nous livre une quête identitaire et sexuelle, mais aussi une histoire d’amitié profonde. À un âge soumis aux grands changements, Dom et Fred cherchent un sens à leur authenticité dans un monde « où la norme tue ».

 

 

 

 

Stalkeuses
Sous la direction de Fanie Demeule et Joyce Baker, Québec Amérique
 

Qui n’a jamais eu cette envie irrésistible de fouiner, d’espionner et d’exercer ses talents d’apprenti détective sur les réseaux sociaux ? Avec ce recueil de nouvelles, on plonge dans un univers jouissif d’indiscrétion où les protagonistes nous font vivre par procuration bien de nos fantasmes. Fanie Demeule et Joyce Baker ont réuni treize auteures et un auteur pour traiter ce thème particulier du voyeurisme et son imaginaire. Le résultat est surprenant, captivant, et on en redemande. C’est à la fois drôle, touchant et parfois franchement gore.

 

 

 

 

Le boys club
Martine Delvaux, Éditions du Remue-Ménage

Lorsqu’on se lance dans la lecture de cet essai qui a fait beaucoup jaser, dans lequel la professeure Martine Delvaux dénonce la structure des clubs privés masculins, on comprend à quel point il était devenu essentiel. Le travail de recherche sur cet univers clos qui s’étend à tous les cercles de pouvoir est remarquable. Il est important de savoir reconnaître ce système dysfonctionnel qui génère de la violence à des degrés divers et qui excluent les femmes et les minorités. Et lorsqu’on observe la vague de haine qu’a reçue l’auteure après la publication de cet essai, il apparaît encore plus urgent qu’il soit lu.

 

 

 

 

Paul à la maison
Michel Rabagliati, La Pastèque
 

Avec ce nouvel album, on vit un beau sentiment de nostalgie en retrouvant le personnage de Paul, que l’on a rencontré pour la première fois en 1999. La série des Paul en a fidélisé de nombreux lecteurs, qui se sont plongés dans ces autofictions à teneur historique québécoise. On retrouve donc Paul, dans la cinquantaine, souffrant de soucis de santé et qui essaie tant bien que mal de vivre avec les bouleversements de sa vie : sa rupture avec Lucie, la maladie de sa mère et le départ prochain de sa fille. Il ne s’agit pas de sujets joyeux, mais Michel Rabagliati ne perd pas sa touche humoristique pour autant.

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