L’aventure de la maison intergénérationnelle

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
En 2016, ce sont près de 2,2 millions  de personnes au Canada qui ont choisi de vivre à trois générations sous  le même toit.
Getty Images / iStock En 2016, ce sont près de 2,2 millions de personnes au Canada qui ont choisi de vivre à trois générations sous le même toit.

Ce texte fait partie du cahier spécial Vieillir mieux

Des parents qui vieillissent et des enfants qui grandissent… pourquoi ne pas se rapprocher et cohabiter tous sous un même toit ? Avant de se lancer dans l’aventure de la maison intergénérationnelle, il est toutefois important d’en connaître les tenants et les aboutissants. Petit survol.

Que trois générations partagent une même maison n’est pas nouveau. À une certaine époque, pas si lointaine, c’était même la norme de la famille traditionnelle. Puis, avec les populations qui se sont déplacées vers les milieux urbains, les modes de vie ont changé, et il est rare aujourd’hui que petits-enfants, parents et grands-parents habitent tous ensemble. Quoique… la tendance semble s’inverser.

Selon Statistique Canada, en2016, les ménages multigénérationnels au Canada ne représentaient que 2,9 % de l’ensemble des ménages. Entre 2001 et 2016, ce sont cependant eux qui ont connu la plus forte augmentation de leur nombre, soit une hausse de 37,5 %. En 2016, ce sont donc 2,2 millions de personnes au Canada qui ont choisi cette cohabitation.

Pour expliquer cette augmentation, on cite l’évolution de la composition ethnoculturelle du Canada, ce mode de vie étant plus répandu chez les Autochtones — au Nunavut, un ménage sur huit est multigénérationnel — et chez les immigrants. Mais pour tous, il est lié aux besoins en logements et au coût élevé de la vie dans certaines régions.

Toutefois, le fait d’habiter, grands-parents, parents et enfants, dans une même maison ne fait pas de celle-ci automatiquement une maison intergénérationnelle. Alors, de quoi parle-t-on au juste ? Revenu Québec donne une définition simple de la maison intergénérationnelle : il s’agit « d’une maison individuelle dans laquelle a été aménagé un logement indépendant permettant à plusieurs générations de la même famille de cohabiter, tout en conservant leur intimité ». Un duplex partagé avec ses parents ou une chambre aménagée au sous-sol pour son enfant ne constituent donc pas une forme d’habitation intergénérationnelle.

Ce n’est pas un hasard si on cite ici Revenu Québec puisque, fiscalement parlant, la maison intergénérationnelle est un cas complexe. Dans certaines circonstances, il sera possible d’être admissible à un crédit d’impôt pour adultes hébergeant leurs parents et aussi d’avoir droit à un remboursement des taxes à l’achat de la propriété. Comme pour n’importe quelle autre résidence, tous les programmes de subventions pour certains projets de rénovations sont accessibles aux propriétaires de maison intergénérationnelle.

C’est lors de la vente de ce type de maison que la situation se corse : en temps normal, la vente d’une résidence principale procure une exemption d’impôt sur les gains en capital. Toutefois, lors de la vente d’une maison intergénérationnelle, les autorités doivent considérer le lien financier qui unit les parents et les enfants pour rendre une décision et, à la fin, ils pourraient conclure que les deux logements indépendants forment en fait une maison à revenus qui elle, ne peut profiter de l’exemption.

Faire preuve de créativité et d’adaptabilité

Il est primordial de consulter les règlements municipaux avant de se lancer dans l’achat ou dans la construction d’une maison intergénérationnelle. En effet, en la matière, ce sont les municipalités qui gèrent la construction sur leur territoire, et chacune a ses spécifications propres. Avant de construire, on doit s’assurer que la maison sera conforme. Dans ce cas, les conseils d’un architecte seront les bienvenus. Et avant d’acheter, il est primordial de vérifier que le logement existant se plie aux règlements en vigueur.

S’il faut faire preuve de créativité et d’adaptabilité dans la construction, il en ira de même pour le quotidien de la famille élargie à l’intérieur de la maison. Les bénéfices des liens serrés entre petits-enfants et grands-parents sont importants, et partager son quotidien ne peut être que bénéfique pour tous. Ainsi, les aînés auront le sentiment d’être utiles et les jeunes apprendront l’altruisme. De leur côté, les parents seront délestés de certaines tâches domestiques.

L’important dans cette aventure de la maison intergénérationnelle, c’est d’abord et avant tout de s’assurer que ce nouveau mode d’habitation conviendra à tous les membres de la famille. Les désirs et les attentes de chacun devront être passés au peigne fin.

En bref

Avantages

- Partager quotidiennement sa vie en famille tout en protégeant son intimité

- Partager les frais d’hypothèque et de chauffage, les taxes, etc.

- Offrir aux aînés un sentiment de sécurité puisqu’ils savent leur famille à côté

Inconvénients

- Partager quotidiennement sa vie en famille dans un climat qui peut devenir difficile

- Investir une somme conséquente pour l’achat ou l’aménagement de la résidence

- Une maison intergénérationnelle peut prendre un certain temps avant de se revendre.