Plus en forme, plus heureux

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
En pratiquant des exercices physiques et cognitifs, il est possible de contrer les effets du vieillissement, croit Denis Fortier.
Photo: Getty Images En pratiquant des exercices physiques et cognitifs, il est possible de contrer les effets du vieillissement, croit Denis Fortier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Vieillir mieux

S’il y a une chose à laquelle le physiothérapeute Denis Fortier croit fermement, c’est qu’il est possible de vieillir en forme et en santé. Son dernier livre, intitulé C’est normal à votre âge ?, en témoigne éloquemment et donne plusieurs trucs pour y parvenir.

Si votre médecin vous ditqu’il est normal que vous ayez moins d’équilibre ou que vous preniez des médicaments pour contrer l’insomnie, vous êtes en droit de remettre en question ces affirmations et d’autres du même genre. C’est la thèse avancée par Denis Fortier dans son dernier livre.

Selon lui, les pertes d’équilibre et de masse musculaire ainsi que les trous de mémoire peuvent être contrés moyennant des exercices que l’on trouve dans son ouvrage ou un travail cognitif, comme l’apprentissage d’une deuxième langue. En les pratiquant, on peut contrer les effets du vieillissement, croit l’auteur.

Par exemple, la marche est une activité excellente, que tout le monde peut pratiquer aisément. L’auteur a d’ailleurs publié un livre entièrement consacré à ce sujet.

Il en est de même pour l’inflammation chronique causée par le tabagisme, la suralimentation, l’inactivité physique et la malbouffe. « Cela demeure l’un des plus grands problèmes lorsqu’on avance en âge, affirme Denis Fortier. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des moyens de réduire cette inflammation en améliorant notre alimentation, en bougeant régulièrement et en réduisant notre niveau de stress. »

Un environnement obésogène

Chaque personne peut donc agir en modifiant ses habitudes de vie, mais les gouvernements ont aussi un important rôle à jouer, soutient le physiothérapeute. Nombre d’études ont en effet démontré que la façon dont se sont développées nos villes, en fonction de l’automobile, a contribué à créer des environnements obésogènes. Dans plusieurs agglomérations, il est même difficile de trouver des endroits sécuritaires pour marcher ou faire du vélo. Certaines villes de banlieue ne disposent même pas de trottoirs, ou ceux-ci sont si peu larges qu’on ne peut y marcher à deux.

Photo: Hugo B. Lefort Denis Fortier, auteur du livre «C’est normal à votre âge?» (éditions Trécarré)

« C’est un environnement parfait pour développer la sédentarité, souligne M. Fortier. Le corps est pourtant fait pour bouger. »

Le physiothérapeute déplore aussi le peu d’accent mis sur la prévention. « Selon l’Organisation mondiale de la santé, 5 % du budget d’un État devrait être consacré à la prévention, indique-t-il. Or, au Canada, on y consacre à peine 2 %. »

Selon lui, les gouvernements ont axé la prévention sur le tabac et ont obtenu de bons résultats. « Mais on a négligé tous les autres aspects », déplore l’auteur. Il se félicite toutefois que les professionnels de la santé commencent à s’intéresser à freiner l’usage excessif des opioïdes qui fait des ravages, en particulier dans l’Ouest canadien.

La surmédication, un fléau

Autre constat de Denis Fortier : le système de santé n’a pas évolué. « Il est encore trop axé sur la guérison des infections, regrette-t-il. En 1900, elles représentaient la moitié des décès. Heureusement, l’amélioration des conditions d’hygiène, la découverte des antibiotiques et l’utilisation plus répandue des vaccins a permis de mettre fin à cette hécatombe. »

La donne a donc changé aujourd’hui, et ce sont les accoutumances qui occasionnent les plus gros problèmes de santé, affirme-t-il. Parmi les cinq causes de décès les plus fréquentes, quatre leur sont attribuables. Il pense notamment au tabagisme, à la suralimentation ou encore, comme il le définit, « à l’obsession de la chaise ».

Il ajoute que si la majorité d’entre nous sait ce qu’il faut faire pour lutter efficacement contre ces mauvaises habitudes de vie (ne pas fumer, faire de l’exercice régulièrement, maintenir un poids santé ou encore manger sainement), force est de constater que celles-ci sont bien ancrées. « On n’en fait pas assez pour inverser la tendance », affirme-t-il.

La surmédication est un autre gros problème, selon lui. « Je ne suis pas contre les médicaments, dit-il. Ils comportent plusieurs bénéfices, mais il faut prendre les bons au bon moment. »

Un chiffre mentionné dans son livre fait d’ailleurs dresser les cheveux sur la tête. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), plus de 60 % des personnes âgées de 65 ans et plus hébergées dans un établissement de soins de longue durée (CHLSD) prennent des antidépresseurs.

Sur ce problème ainsi que les autres, Denis Fortier croit qu’on peut agir et qu’il est légitime de se demander s’il est normal qu’on ne le fasse pas davantage.