«OK l’âgisme»

Catherine Martellini Collaboration spéciale
De l’avis  du Dr Mandza, l’âgisme est  un phénomène symptomatique de la société de consommation dans laquelle  on vit, où l’on considère  le vieillissement comme un moment où  une personne  ne produit plus.
Getty Images De l’avis du Dr Mandza, l’âgisme est un phénomène symptomatique de la société de consommation dans laquelle on vit, où l’on considère le vieillissement comme un moment où une personne ne produit plus.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le phénomène « OK boomer », qui s’est répandu comme une traînée de poudre à l’échelle planétaire, n’est qu’une autre manifestation de l’âgisme, de l’avis du Dr Matey Mandza, de l’Association québécoise de gérontologie (AQG). Quelles sont les conséquences de l’âgisme sur les aînés et comment s’en prémunir ?

Le gérontologue américain Robert N. Butler a défini l’âgisme comme étant un processus par lequel des personnes sont stéréotypées et discriminées en raison de leur âge, et qui s’apparente à celui du racisme et du sexisme.

L’âgisme peut aussi toucher les jeunes, mais l’AQG nous apprend que la réalité tend à montrer que les aînés en sont davantage victimes.

Parmi les préjugés les plus fréquents, on retrouve ceux liés au monde du travail. Ainsi, certains croient qu’un travailleur de 50 ans et plus est moins performant et plus réfractaire aux changements et aux nouvelles technologies.

De plus, lorsqu’on atteint un certain âge en entreprise, on commencera à se faire demander quand l’on compte prendre sa retraite. « Comme s’il allait de soi que vous deviez partir, ajoute le premier vice-président de l’AQG, le Dr Matey Mandza, qui cumule également les titres d’enseignant, de chercheur et de conférencier en gérontologie. Certains estiment aussi qu’ils volent la place des jeunes et devraient ainsi la céder à la relève. »

À son avis, ce phénomène est symptomatique de la société de consommation dans laquelle on vit, où l’on considère le vieillissement comme un moment où une personne ne produit plus.

Finir par croire aux préjugés

À force de préjugés à leur égard, même si ceux-ci ne sont pas faits consciemment, les personnes plus âgées perdent leur estime d’elles-mêmes et finissent par moins s’impliquer socialement. Il s’agit d’une forme d’autodiscrimination. « Ils se laissent aller, réagissant par rapport au désir des jeunes ou de la société de les tasser », mentionne le Dr Matey Mandza.

Certes, on change en vieillissant, et cela s’accompagne parfois de pertes, comme la diminution des facultés cognitives ou de l’audition, pour ne nommer que celles-là. Or, il ne faut pas attribuer à la vieillesse tous les défauts des vieillards, rappelle-t-il, en citant l’écrivain français Alphonse Karr. « Ce ne sont pas tous les aînés qui vivent ces pertes. »

L’âgisme peut donc nuire à la santé des aînés. En effet, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit celle-ci comme étant un état de bien-être physique, mental et social complet et qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. « L’âgisme entraînera nécessairement leur isolement : pourquoi sortir et voir des gens qui ne vous acceptent pas ? », souligne le Dr Matey Mandza.

Ce rejet sociétal se reflète également à l’écran, dans les publicités qui mettent majoritairement en scène des personnes jeunes et attrayantes.

Vaccin social

Au Québec, une personne sur quatre sera âgée de 65 ans et plus d’ici 2030. De plus, depuis 2015, on remarque qu’il y a un renversement de la pyramide des âges : les personnes âgées sont plus nombreuses que les enfants de 0 à 15 ans. Il devient encore plus impératif de bien comprendre ce que cela signifie de vieillir.

Pour aider à savoir si l’on a tendance à faire de l’âgisme dans notre façon de percevoir les aînés ou dans nos comportements, l’AQG a mis un questionnaire en ligne.

« On doit d’abord s’entendre socialement sur une définition et reconnaître que la vieillesse n’est pas une maladie, mais un processus qui commence à la naissance et se poursuit jusqu’à la mort, affirme le Dr Mandza. Personne n’y échappe, pas même les jeunes, qui vieillissent eux aussi à chaque anniversaire. »

Il souligne au passage à quel point il est tout de même ironique que les anniversaires soient si célébrés dans nos sociétés, et donc considérés comme un événement heureux, alors que, dans les faits, le réflexe sociétal envers les personnes âgées nie l’existence de nos aînés.

Il faut ensuite administrer ce qu’il appelle le « vaccin social », c’est-à-dire informer, éduquer et communiquer la vraie image du vieillissement, et non celle déformée par nos préjugés. À son avis, cela passe notamment par des publicités plus inclusives, lesquelles ont un rôle important à jouer dans cette promotion d’une image positive.

En 2017, le Québec a adopté une loi qui vise à contrer la maltraitance envers les aînés et les autres personnes en situation de vulnérabilité. La définition de la maltraitance comprend l’âgisme. « Outre l’application de cette loi, il faut faire respecter le droit à l’existence des personnes âgées dans toutes les sphères de la société », souligne le Dr Mandza.

« En Afrique, on dit qu’un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », ajoute-t-il. Dans cette perspective, les initiatives intergénérationnelles ne peuvent que participer à l’épanouissement de l’être humain, peu importe son âge.