Où est la DPJ sur la Côte-Nord?

Marlène Gallagher, directrice de protection de la jeunesse Côte-Nord
Photo: Capture d'écran Commission Laurent Marlène Gallagher, directrice de protection de la jeunesse Côte-Nord

Voici devant nous des villages où il n’y a aucun service de garde pour les enfants de 0 à 5 ans. Les services les plus proches se situent à 65 km, mais cela peut sembler un peu plus loin quand on sait qu’il n’existe aucune route entre les deux points à unir. Dans ces lieux, explique Sylvie Angel au nom de la MRC de Minganie, le tissu communautaire s’avère parfois mince.

Mercredi matin, Sylvie Angel s’était rendue de Longue-Pointe-de-Minguan à Sept-Îles pour y être entendue devant la Commission Laurent. En entrevue au Devoir, elle a expliqué être d’abord venue de France, il y a 22 ans. « J’espère que ça paraît que j’adore ce pays. Mes filles y sont nées. »

« La DPJ, chez nous, c’est une secte. J’en entends parler, mais je la vois pas. Ils ne sont pas partenaires. Ils ne travaillent pas non plus comme nous le faisons en prévention. » Le projet qu’elle coordonne à la MRC pour tenter d’unifier les diverses municipalités au nom d’un souci d’aide à l’enfance risque par ailleurs de tomber, faute de son seul soutien, celui offert par une fondation privée.

Pour elle, comme pour plusieurs autres témoins, la réforme forgée par le ministre Barrette a fait mal. Désormais, « quand on veut référer une famille à des services, on n’a plus d’interlocuteurs. Et parfois on en a un, mais il ne sait même pas à qui parler dans ses propres instances ! » Les centres de décision se trouvent déplacés à Baie-Comeau ou à Sept-Îles, c’est-à-dire à des centaines de kilomètres à vol d’oiseau des lieux atypiques concernés. La vidéo-conférence est une avancée technique, mais elle ne fait pas tout. « Il faut des services de proximité, de la vraie proximité. » Et il faut du financement, dit-elle, pour sortir de la spirale de l’isolement.

Les enfants de cette portion de la Côte-Nord, affirme Mme Angel, souffrent parce que le gouvernement n’a pas su mettre en place partout des services équivalents pour tous les enfants québécois. « C’est juste ça le tort de ces enfants-là. »

Le silence de la DPJ

« Il ne faut plus laisser tomber un seul enfant », a expliqué pour sa part José-Marco Viégas, de la Sûreté du Québec. Or, c’est loin d’être le cas. Un trio de policiers a répété, devant les commissaires, qu’il est difficile, voire impossible, d’obtenir des informations de la part de la DPJ, ce qui ne facilite pas leur travail. On ne sait même pas si la DPJ détient, par exemple, des informations dans un cas patent d’abus sexuel.

La DPJ, chez nous, c’est une secte. J’en entends parler, mais je la vois pas. Ils ne sont pas partenaires. Ils ne travaillent pas non plus comme nous le faisons en prévention.

M. Viégas a donné des exemples, dont celui d’un enfant brûlé aux deux bras dans une histoire de maltraitance. L’enfant est vu le vendredi par un médecin. Il est envoyé dans un autre centre pour être traité. Le lundi, cette institution téléphone à la SQ pour savoir où en est l’enquête. Or, jamais la DPJ n’avait prévenu les policiers des faits jusque-là.

La position de la DPJ

Après trois jours d’audiences, le témoignage de Marlène Gallagher, directrice de protection de la jeunesse Côte-Nord, était attendu. Elle a fait valoir d’emblée que la région dont elle a la responsabilité porte le poids de lourds déterminants : toxicomanie, criminalité, jeunes filles enceintes de façon prématurée, coût de la vie élevé, faible taux de diplomation. D’autres tristes records existent, a-t-elle fait valoir dans son préambule.

Quel effet a eu la réforme Barrette ? « Personne ne la voulait cette réforme. Pas plus moi que les autres. […] Effectivement, on a géré du chaos. » Rien n’apparaît gagné encore, dit-elle, puisque le roulement de personnel est important.

La commissaire Lorraine Richard a pointé du doigt le fait que les délais de prise en charge sur la Côte-Nord sont parmi les plus longs, tout en observant que le phénomène peut s’aggraver. « Tout le monde vous cherche partout ! » Mme Richard s’est dite heureuse d’avoir entendu la veille le maire de Sept-Îles constater qu’un leadership dans ces dossiers est urgent, mais elle s’étonne de voir qu’il n’est pas assumé par la DPJ. « Exercer un leadership, ça aurait d’abord dû venir de vous. »