Les sciences de l’éducation auront bientôt leur prix

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Photo: iStock

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix Acfas

Chaque année, l’Acfas décerne des prix aux chercheurs et chercheuses pour leur contribution jugée exceptionnelle à l’avancement des connaissances. Une tradition inaugurée en 1944 par la remise d’un premier prix Acfas au célèbre frère Marie-Victorin (1885-1944), botaniste.

« Il s’agit de célébrer l’excellence en recherche et de mettre en valeur des chercheurs et chercheuses dont la carrière a atteint une certaine maturité et dont les réalisations sont particulièrement notables », explique la présidente de l’Acfas, Lyne Sauvageau.

On s’en doute, la liste des lauréats est longue après 75 ans d’existence, et plusieurs d’entre eux ont fait et continuent de faire leur marque dans leur domaine de recherche, mais aussi dans la société. René Laprise, prix Acfas Michel-Jurdant en 2008, a fait partie de l’équipe du GIEC qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2007. Le gagnant du prix Acfas Léo-Pariseau en 1997, Rémi Quirion, est devenu depuis scientifique en chef du Québec, tandis que Mona Nemer, lauréate du même prix en 2003, est maintenant conseillère scientifique en chef du Canada.

« Recevoir un prix Acfas constitue une belle marque de reconnaissance, puisque le prix est remis par un jury de pairs, qui ont la tâche difficile de choisir entre plusieurs candidatures de grande qualité », souligne Lyne Sauvageau. Elle ajoute que c’est aussi une bonne occasion de vulgariser certaines recherches scientifiques, mais surtout de montrer que derrière celles-ci, il y a le travail de femmes et d’hommes qui consacrent leur vie à leur science.

Récompenser la recherche en éducation

L’Acfas vient par ailleurs de créer le prix Jeanne-Lapointe, qui sera décerné à partir de 2020 à des chercheurs et chercheuses des sciences de l’éducation. « Le nombre de chercheurs et de chercheuses qui travaillent dans ce vaste domaine et l’importance de cet objet d’étude mérite d’être mis davantage en évidence », soutient Lyne Sauvageau. Le prix sera offert en collaboration avec le Conseil supérieur de l’éducation et le Fonds de recherche du Québec – Société et culture.

Le choix du nom de Jeanne Lapointe (1915-2006) aidera à éviter que ne sombrent dans l’oubli les contributions importantes de cette femme à la littérature, à l’éducation et au féminisme. Née à Chicoutimi en 1915, elle a été la première femme à occuper le poste de professeure titulaire de la Faculté des lettres de l’Université Laval. Elle en avait aussi été la première jeune laïque diplômée en 1938. Pionnière, elle a mis au programme de ses cours des auteurs québécois comme Saint-Denys Garneau, Anne Hébert et Gaston Miron.

Contribution sociale

Mais elle ne s’est pas du tout cantonnée aux salles de classe. Elle a aussi participé vigoureusement aux débats sociaux de son époque. Le sociologue Guy Rocher l’a bien connue puisqu’ils ont siégé ensemble à la commission Parent, qui a révolutionné l’éducation au Québec dans les années 1960. Jeanne Lapointe a été la principale rédactrice du rapport Parent. « Sa contribution au rapport Parent est vraiment majeure, soutient le sociologue. Elle a apporté des idées d’avant-garde lors des travaux de la commission, tout en sachant faire des compromis afin que nous puissions avoir un rapport unanime, ce qui était très important pour assurer sa crédibilité. »

Lors de cette commission, Jeanne Lapointe proposait par exemple de recommander l’adoption d’une loi stipulant que les enfants des immigrants devaient être inscrits dans une école francophone. À l’époque, les nouveaux arrivants envoyaient en masse leurs enfants à l’école anglaise. Jeanne Lapointe s’inquiétait de cette tendance sur l’avenir francophone du Québec, bien avant le conflit autour des écoles anglaises de Saint-Léonard en 1969 et la crise linguistique qui a marqué le Québec avant l’adoption de la loi 101.

Elle évoquera aussi l’idée que l’on cesse de financer les écoles privées à l’aide des fonds publics. « La commission a dilué cette proposition et on en voit les conséquences aujourd’hui puisque l’enseignement privé a déstabilisé le système d’éducation public au Québec », souligne Guy Rocher.

Immédiatement après la fin de la commission Parent, Jeanne Lapointe rejoint une autre commission, fédérale celle-là. La commission Bird s’intéresse au statut des femmes au Canada. « Cet engagement l’a rendue encore plus féministe et la dernière partie de sa vie a beaucoup été marquée par sa contribution au développement du féminisme au Québec, notamment en ce qui concerne l’accès des femmes à l’éducation supérieure », poursuit le sociologue.

Des textes de Jeanne Lapointe ont été rassemblés dans une anthologie publiée en octobre dernier. Avec le nouveau prix Acfas portant son nom, cet ouvrage permettra de garder vivante sa pensée, qui conserve une grande pertinence dans plusieurs débats actuels qui agitent le Québec.

Quelques lauréats pour 2019

Roger Lecomte, Université de Sherbrooke

Prix Jacques-Rousseau pour la multidisciplinarité

Spécialisé en biophysique et en physique nucléaire, Roger Lecomte est arrivé à faire sauter plusieurs des verrous technologiques qui paralysaient l’évolution de la bio-imagerie médicale.

 
Sylvain Chemtob, Université de Montréal

Prix Léo-Pariseau pour les sciences biologiques et les sciences de la santé
 
Médecin et chercheur, Sylvain Chemtob est reconnu comme une sommité mondiale dans le domaine des maladies de la rétine chez les prématurés, la plus importante cause de cécité de l’enfance dans les pays développés.

 
Robert J. Vallerand, Université du Québec à Montréal

 
Prix Thérèse Gouin-Décarie pour les sciences sociales

Robert J. Vallerand a plus de 35 ans de psychologie sociale derrière lui. Il s'interroge notamment sur les processus motivationnels qui fondent nos actions et développe des outils propres à en saisir les mécanismes.

 
Normand Voyer, Université Laval

Prix Urgel–Archambault pour les sciences physiques, mathématiques, informatique et génie

Ce qui frappe le plus dans les travaux de Normand Voyer, c’est leur caractère innovant. Son approche de construction de canaux ioniques artificiels, ces protéines de nos cellules qui contrôlent les échanges d’ions, est aujourd’hui reconnue mondialement comme une des plus efficaces.
 

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