Prix Denise-Barbeau pour la recherche au collégial: lumière sur un chercheur engagé

Catherine Couturier Collaboration spéciale
En plus d’enseigner au Cégep de Sherbrooke, Martin Aubé déploie son rôle de pédagogue en multipliant les conférences publiques.
Photo: ACFAS En plus d’enseigner au Cégep de Sherbrooke, Martin Aubé déploie son rôle de pédagogue en multipliant les conférences publiques.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix Acfas

Le prix que Martin Aubé se voit remettre ne tombe certainement pas du ciel. Que ce soit par ses travaux sur la télédétection des aérosols dans l’atmosphère et sur la pollution lumineuse ou par son engagement auprès de ses étudiants, le chercheur laisse sa marque.

Recevoir un prix de l’Acfas, une organisation presque centenaire, est particulièrement significatif pour Martin Aubé. « Lorsqu’on fait de la recherche, on ne pense pas aux prix. Mais ce prix est important : il reconnaît le parcours du combattant du chercheur au collège », affirme-t-il.

Le prix souligne en effet l’excellence et le rayonnement des travaux et des actions d’un chercheur au collégial. Professeur au Cégep de Sherbrooke depuis 2001, Martin Aubé a contribué à ouvrir de nouveaux champs de recherche en s’intéressant à la télédétection des aérosols dans l’atmosphère, puis aux liens entre la pollution lumineuse et la pollution atmosphérique. « En étant attaché au réseau collégial, je n’ai pas la pression de publier, raconte-t-il. J’ai pu me consacrer à un sujet qui, à l’époque, n’avait pas d’allure. » Il a également développé des applications technologiques pour étudier ces phénomènes, tout en s’engageant à fond dans son rôle de pédagogue.

Rêver à l’espace

Petit, Martin Aubé rêvait de devenir astrophysicien. « J’étais passionné d’astronomie et de science, notamment à travers les Expo-sciences », se souvient-il. Peu intéressé par la physique, il se résigne tout de même à s’y appliquer, comme un mal nécessaire pour atteindre son rêve… pour finalement y prendre goût, et enchaîner avec un baccalauréat en physique et une maîtrise en astrophysique.

Après une pause pour enseigner au cégep, il entame un doctorat puis un postdoctorat à l’Université de Sherbrooke en télédétection : « Je pensais alors avoir eu une idée géniale : utiliser la pollution lumineuse pour détecter les polluants atmosphériques » Idée qu’il ne pourra concrétiser qu’une quinzaine d’années plus tard puisque les techniques de mesure n’existaient pas encore !

Ses recherches l’ont amené à tourner ses instruments vers la terre pour étudier les effets de la pollution lumineuse sur la santé humaine. M. Aubé s’intéresse de plus en plus à l’exposition à la lumière bleue et à ses effets (effets sur le cycle circadien, risques accrus de souffrir d’un cancer du sein ou de la prostate). Aujourd’hui devenu spécialiste de la question, il est sollicité par plusieurs chercheurs pour participer à des recherches collaboratives : « J’avais vu ça venir et j’avais déjà développé des outils dans ce sens, indique-t-il. Maintenant, il y a vraiment une explosion de collaborations. »

Transmettre sa passion

Martin Aubé a également reçu ce prix de l’Acfas pour souligner son engagement envers ses étudiants. Il s’emploie en effet à partager sa passion pour la recherche avec eux. Des élèves particulièrement motivés l’ont d’ailleurs pris au mot il y a quelques années : « Je leur ai lancé en boutade qu’ils avaient toutes les qualités pour faire de la recherche. » Devant l’enthousiasme provoqué, M. Aubé a mis sur pied un projet novateur qui intègre ses étudiants à la recherche. Cette initiation à la méthode scientifique, même si elle exige un encadrement plus serré qu’au niveau universitaire, contribue véritablement à l’avancement de la recherche sur la pollution lumineuse : « Des problèmes se présentent toujours durant la recherche. Un étudiant a déjà eu un flash qui s’est avéré être une solution tout à fait originale et créative à notre problème », illustre-t-il.

Professeur associé à l’Université de Sherbrooke et à l’Université Bishop’s, Martin Aubin intègre maintenant les étudiants de maîtrise et de doctorat qu’il dirige à ces projets : « Ça crée une dynamique de mentorat et d’interaction vraiment gagnante, entre les cégépiens et les étudiants de cycle supérieur », se réjouit-il.

Le chercheur déploie aussi son rôle de pédagogue au-delà des murs du cégep, multipliant les conférences publiques et les entrevues dans les médias. « Je trouve que les scientifiques ne le font pas assez. Si on peut faire de la recherche, c’est grâce au financement public. Je crois que minimalement, je dois tenir au courant la population », affirme-t-il.

Son sujet de prédilection se prête bien à cet impératif. Martin Aubé se fait en effet un devoir d’informer le grand public sur les effets de la lumière sur la santé : « Ce n’est pas vrai que je vais attendre 30 ans, sachant que les fabricants vendent des lumières toxiques aux municipalités, avant de dire quelque chose », s’emporte-t-il.