Prix Pierre-Dansereau pour l’engagement social: pour un vrai droit à l’égalité

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Une vigile en soutien aux femmes autochtones  de Val-d’Or. Selon la chercheuse,  les questions  de droits fondamentaux,  le respect et la dignité doivent redevenir les points centraux du discours.
Annik MH de Carufel Le Devoir Une vigile en soutien aux femmes autochtones de Val-d’Or. Selon la chercheuse, les questions de droits fondamentaux, le respect et la dignité doivent redevenir les points centraux du discours.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Marie-Thérèse Chicha s’est toujours intéressée à des questions de justice et a voulu se battre contre la pauvreté. D’origine libanaise, la chercheuse ressent une grande fierté à contribuer à la société québécoise depuis près de 40 ans.

« Quand je vois que je peux faire avancer les choses, même de façon minimale, quand je travaille sur des sujets où je peux faire découvrir et faire avancer les connaissances, c’est ça qui me motive, lance la professeure à l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal. Le jour où je n’aurai plus d’utilité par mon travail, je serai moins motivée à le poursuivre. »

Être la lauréate de ce prix pour l’engagement social est, pour Marie-Thérèse Chicha, « une reconnaissance non seulement des recherches universitaires, mais aussi de l’engagement des universitaires dans la société ».

Un travail toujours en mouvement

Photo: Acfas Marie-Thérèse Chicha

Le parcours de Mme Chicha est parsemé de fiertés. Entre autres, elle a beaucoup contribué à l’adoption de la Loi sur l’équité salariale au Québec comme présidente du comité chargé de préparer cette loi. Elle a aussi été experte auprès du Bureau international du travail, où elle a été mandatée dans des pays membres, comme l’Afrique du Sud, le Soudan ou la Chine. « J’ai eu l’occasion de donner des formations à des personnes qui venaient de différents pays dont le niveau de développement et les structures étaient extrêmement différents. Pour moi, c’est important d’expliquer ce principe d’égalité à ceux qui ne sont pas familiers de ces questions de discrimination. »

Toutefois, malgré les avancées, tout n’est pas acquis. « Si on parle du Québec, on a beaucoup avancé en matière d’équité salariale comme sur d’autres fronts, mais je dirais que les lois, au fur et à mesure qu’on les applique, on remarque leurs limites et leurs problèmes, observe-t-elle. En ce moment, il faut continuer à les améliorer plutôt que de rester figés sans s’adapter aux changements. »

Détournement d’un discours

L’immigration, l’une des expertises de recherche de Marie-Thérèse Chicha, représente un défi qui nécessite que l’on revoie nos priorités sociétales. « Il est certain que l’immigration contribue à combler certaines pénuries, même si, à mon avis, c’est un peu exagéré comme attente, mais je pense qu’il est important d’arrêter d’instrumentaliser l’immigration, plaide-t-elle. On accepte les immigrants parce que ce sont des facteurs de production et qu’ils vont aider à développer le pays. Et dès qu’il n’y a pas de pénurie, dès qu’on n’a pas besoin d’eux, on les rejette. »

Les questions de droits fondamentaux, le respect et la dignité doivent redevenir les points centraux du discours, au lieu de la croissance économique. Sans oublier l’accès à l’égalité, inhérente au concept d’équité en emploi, pour laquelle la chercheuse se bat. « De nos jours, on parle beaucoup de diversité, d’inclusion et on oublie qu’au point de départ de ces préoccupations, il y a l’équité, rappelle-t-elle. On va beaucoup mettre l’accent sur le fait que la diversité est rentable, que ça rapporte aux entreprises, que c’est source de créativité et d’innovation, mais on oublie de faire avancer les droits à l’égalité des personnes issues des minorités, des personnes racisées, des femmes, des Autochtones. »

Si cet aspect fondamental est mis de côté, on ne fera que continuer de s’éloigner de cet objectif d’équité, en favorisant le profit.

Combat de genre

La situation des femmes préoccupe par ailleurs grandement la professeure, surtout le traitement du genre dans certaines études économiques ou sur le marché du travail, où l’on a tendance à analyser la réalité des hommes et des femmes sans distinction de genre. « Beaucoup d’études sont bâties comme si les femmes et les hommes étaient interchangeables alors que ce n’est le cas, remarque-t-elle. Si on veut faire des politiques qui soient adaptées et qui se distinguent selon le genre, alors il faut des études qui soient spécifiques. » Et les études sur les hommes restent encore la référence, déplore-t-elle.

Ce prix Acfas est ainsi l’occasion de rendre visibles ces inégalités qui continuent d’exister. « Et [ce droit à l’égalité] doit être appliqué aussi bien aux femmes qui sont cadres dans des entreprises qu’aux femmes qui sont ouvrières dans une manufacture », illustre Mme Chicha. Sa mission est de continuer à élargir les perspectives, comme elle le fait avec ses étudiants, auxquels elle expose plus que des théories économiques abstraites.