Le SPVM critiqué pour son «manque de transparence» sur la violence armée

Le 21 octobre dernier, Andrea Scoppa a été tué dans le stationnement d’un centre commercial de l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le 21 octobre dernier, Andrea Scoppa a été tué dans le stationnement d’un centre commercial de l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro.

Depuis le début de l’année, pas moins de 17 meurtres liés au crime organisé ont été commis dans la grande région montréalaise. Des experts critiquent aujourd’hui les autorités policières qui, selon eux, ne se montrent pas assez transparentes sur l’ampleur de la criminalité dans la métropole.

En l’espace de quelques mois à peine, Salvatore et Andrea Scoppa, deux frères décrits comme ayant de forts liens avec la mafia, ont été abattus par balle dans la région de Montréal. D’après des spécialistes du monde interlope, ces coups de feu y sont de plus en plus fréquents. Or, la police montréalaise n’est pas en mesure de dévoiler s’il y a eu une augmentation des fusillades à Montréal en 2019.

Bien sûr, les assassinats entre gangsters ne sont pas un phénomène nouveau. Pour Guy Ryan, un policier à la retraite, Montréal doit aussi composer avec ce qu’il a appelé « le crime désorganisé », prenant notamment l’exemple d’une attaque survenue contre un restaurant-bar de l’arrondissement de Saint-Léonard, en octobre.

La scène décrite par Le Journal de Montréal avait fait couler beaucoup d’encre. Sur une vidéo d’une caméra de surveillance, on voit trois hommes masqués vidant l’un après l’autre leur arme de poing tandis que les clients affolés se jettent sous les tables pour échapper aux balles.

M. Ryan dit que ce type de violence — particulièrement chez les jeunes — se produit plus souvent. Il déplore que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’en informe pas plus la population, contrairement à ce qui se passe à Toronto. « Nous ne voyons pas le genre de transparence qu’ils ont à Toronto », soutient-il.

La police de Toronto publie des données détaillées, notamment le nombre mensuel de tirs et le nombre de victimes. Ces données peuvent être triées à l’aide de plusieurs filtres. Ainsi, à la date du 3 novembre, Toronto avait enregistré 408 fusillades depuis le début de l’année.

Lorsqu’on lui demande si le SPVM avait recueilli des données similaires, son principal porte-parole, André Durocher, répond que celles-ci ne sont pas disponibles. Il a suggéré à La Presse canadienne de faire parvenir une demande d’accès à l’information, un processus notoirement lent.

L’inspecteur Durocher explique que les différents corps policiers au Canada ne définissaient pas les fusillades de la même manière. « Nous recevons parfois un appel au sujet d’un coup de feu, même s’il n’y en a pas eu », raconte-t-il, citant des exemples de confusion comme celle que pourrait occasionner « une crevaison ». Pour savoir le nombre de coups de feu à Montréal, ajoute-t-il, il faudrait analyser chaque appel à la police.

M. Ryan, qui a travaillé au SPVM pendant 28 ans, ne croit pas à cet argument.

« Je ne peux pas croire qu’on soit arrivés à la conclusion qu’on n’a pas de statistique, souligne-t-il. Je suis convaincu que la police étudie tous les événements liés à des coups de feu et que ces cas sont traités en priorité. Après tout, ce sont des crimes contre la population. »

Selon le rapport annuel du SPVM, le nombre « d’infractions liées aux armes à feu » s’élevait à 436 en 2018, mais ce terme n’est pas défini. Prié d’en donner une définition par La Presse canadienne, un porte-parole a indiqué que ce renseignement ne pourrait pas être disponible avant la semaine prochaine.

Guy Ryan dit que le nombre de coups de feu a augmenté à Montréal-Nord, là où il habite. Auparavant, on n’en signalait que dans des secteurs ayant une forte criminalité. « Maintenant, c’est partout », fait-il état. Aujourd’hui, les coups de feu provenant d’un véhicule en marche ne s’entendent plus seulement la nuit, mais aussi en plein jour, ajoute l’ancien policier.

Il s’est dit convaincu que ses anciens collègues travaillaient d’arrache-pied pour enquêter sur ces crimes. « Ce que je reproche, c’est un manque de transparence. »

Vide au sommet

Expert du crime organisé, le journaliste à la retraite et auteur du livre Mafia inc., André Cédilot, soutient que les récents meurtres sont un signe du vide du pouvoir au sein de la pègre montréalaise depuis la mort de Vito Rizzuto en 2013.

Il rappelle que Rizzuto était capable de maintenir la paix, de régler les conflits et de contrôler les divers clans, mais depuis sa mort, au moins trois ou quatre tentatives pour prendre le contrôle de la pègre italienne ont échoué.

La résurgence d’un gang de motards comme les Hells Angels a laissé des traces. Ainsi, le 17 octobre dernier, un trafiquant de drogue lié aux Hells, Gaétan Sévigny, a été abattu devant son domicile, à Terrebonne. Deux semaines plus tard, un autre collaborateur des Hells Angels, Roger Bishop, a été assassiné à l’extérieur d’un gymnase de Brossard. Entre ces deux assassinats, Andrea Scoppa a été tué dans le stationnement d’un centre commercial de l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro.

Devant cette récente vague d’assassinats liés au crime organisé, la Sûreté du Québec et le SPVM ont annoncé mercredi qu’ils travailleraient de concert en formant une équipe permanente qui enquêtera sur des groupes comme la mafia et les Hells Angels.

Guy Lapointe et André Durocher ont donné plusieurs entrevues pour promouvoir la nouvelle « équipe mixte », mais ils étaient incapables de dire si la violence armée était à la hausse.

« Il y en a beaucoup, reconnaît Guy Lapointe à propos du nombre de meurtres cette année. Je n’ai pas les données pour les années passées, mais c’est beaucoup. »