Le Web au service de la prise de décision

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
Holly Witteman étudie les interactions cognitives chez les personnes qui utilisent les plateformes numériques pour chercher de l’information à propos  de leur santé.
Université Laval Holly Witteman étudie les interactions cognitives chez les personnes qui utilisent les plateformes numériques pour chercher de l’information à propos de leur santé.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Afin de simplifier l’accès à l’information en matière de santé, de plus en plus d’outils numériques d’aide à la prise de décision sont offerts ou en développement au Québec.

Il est maintenant possible, pour une personne inscrite à Carnet santé Québec, de consulter en ligne ses résultats de prélèvements et d’examens d’imagerie médicale, ainsi que d’accéder à la liste des médicaments inscrits à son dossier en pharmacie depuis les cinq dernières années. Holly Witteman, professeure agrégée au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence, et chercheuse au Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l’Université Laval, procède avec son équipe à l’évaluation de l’interface de ce site Web évolutif.

« J’y vois un intérêt à la fois professionnel et personnel parce que je suis diabétique de type 1 depuis l’enfance, confie-t-elle. J’ai des prélèvements assez souvent, et dans d’autres systèmes de santé, j’ai pu voir mes résultats en ligne. J’étais très contente quand le Québec a commencé à le faire. »

Rendre l’accès aux informations plus facile

Mme Witteman travaille depuis sept ans sur plusieurs projets de développement d’outils numériques dans le but de faciliter l’accès à l’information et la prise de décision dans le milieu de la santé. Dans le cadre de son doctorat en génie des facteurs humains à l’Université de Toronto, elle a étudié les interactions cognitives chez les personnes qui utilisent les plateformes numériques pour chercher de l’information à propos de leur santé. Elle a ensuite poursuivi ses recherches en réalisant un postdoctorat en sciences sociales, à l’Université du Michigan, portant sur la prise de décision.

« J’applique mes formations en génie et en sciences sociales à la santé spécifiquement, indique-t-elle. Mes recherches portent beaucoup sur les soins primaires. Comment aider à rendre l’accès aux informations plus facile pour les gens qui souhaitent chercher eux-mêmes ? »

Les soins primaires comprennent les soins reçus dans une clinique de médecine familiale, au CLSC, de même qu’à l’urgence. Ce sont les soins et services de première ligne. L’objectif de développer de tels outils est de réduire la charge dans ce domaine.

Aux États-Unis, Holly Witteman a collaboré avec des collègues à un grand projet de recherche sur la prise de décision : « On a testé différentes façons de présenter les données pour améliorer la compréhension et pour diminuer l’anxiété, explique-t-elle. Par exemple, quand les gens reçoivent un résultat qui est anormal, mais pas inquiétant, si le médecin présentait ça, il pourrait dire que c’est un peu élevé, mais que ce n’est pas grave. Comment traduit-on cela dans un système ? Nous avons travaillé là-dessus longtemps. C’est un peu ça mon intérêt avec l’équipe de Carnet santé Québec. C’est de collaborer pour voir s’il y a des façons d’implanter de telles idées dans le système. » Pour la chercheuse, l’important, c’est de développer des outils qui seront utiles au public.

Des outils flexibles et évolutifs

Au Québec, Mme Witteman et son équipe travaillent sur plusieurs projets en parallèle. Avec des collègues de l’Institut national de santé publique, par exemple, la chercheuse a conçu des outils d’aide à la prise de décision pour les parents qui ont des enfants pouvant obtenir le vaccin contre le VPH. « On a essayé de présenter seulement les faits, de montrer les arguments pour d’une part, les arguments contre de l’autre, et de dire : “C’est à vous de décider”, raconte-t-elle. On aide les gens à arrimer leur décision avec ce que la science sait et ce qui est important pour eux. »

Pour ce projet, Mme Witteman et ses collègues ont fait appel à des médecins spécialistes et à des épidémiologistes afin de recueillir les données les plus pertinentes pour la population québécoise.

Les outils numériques sont prometteurs puisqu’ils sont flexibles, évolutifs et offrent de nouvelles possibilités de clarifier des concepts complexes à tous les niveaux de littératie de la population. Ces outils permettent aux patients d’améliorer leurs connaissances et de prendre des décisions éclairées au sujet de leur santé ou de celle de leurs proches. Il existe de plus en plus d’outils à l’usage des professionnels de la santé, pour les aider à offrir les meilleurs soins possible. Cela dit, ils comportent aussi quelques défis : « Si on peut fournir des informations fiables, des données probantes, et si on aide les gens à prendre les décisions selon ce qui est important pour eux, ça améliore la santé, note la chercheuse. Le défi, c’est de trouver les moyens de le faire, étant donné que ce n’est pas tout le monde qui a accès à Internet. On travaille sur un moyen de fournir ces informations autrement pour aider les gens. »