Les pères dans l’oeil d’une chercheuse

Jessica Dostie Collaboration spéciale
Josh Willink / Pexels

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Si la recherche a énormément documenté le rôle de la mère dans le développement de l’enfant, il existe encore peu de données sur l’influence des comportements paternels. C’est pourquoi Célia Matte-Gagné, professeure agrégée à l’École de psychologie de l’Université Laval, a entamé une étude sur le sujet il y a deux ans. Intitulée « Le rôle du père dans la santé mentale de l’enfant : une approche développementale et multidimensionnelle », son étude devrait, à terme, permettre de vérifier « si les mères et les pères contribuent dans la même mesure » au développement de l’enfant, précise-t-elle.

Célia Matte-Gagné, dont la thèse de doctorat portait sur la stabilité du soutien maternel à l’autonomie et sur l’influence de ce comportement sur le développement des enfants d’âge préscolaire, cherche cette fois à « pallier une lacune dans la documentation » : « la recherche s’est souvent penchée sur la présence ou l’absence du père, mais n’a pas regardé ses interactions avec les enfants, ou très peu, explique-t-elle. Je veux savoir comment [les pères] interagissent et comment ces comportements auront un impact sur le développement de leur enfant. » Bref, au-delà de l’observation de la simple présence d’une figure paternelle à la maison, la chercheuse analysera les faits et gestes du père tout en évaluant les tout-petits.

Pour ce faire, elle a recruté quelque 170 familles biparentales par l’entremise du Régime québécois d’assurance parentale, et prévoit de grossir encore son échantillon afin de suivre de 200 à 300 familles d’ici la fin de l’enquête, en 2022. « Je les rencontrerai à de multiples reprises dans des intervalles de six mois, et ce, jusqu’à ce [que les enfants] entrent à l’école maternelle », explique-t-elle. C’est donc dire que les tous premiers enfants recrutés, nés en 2017 et aujourd’hui âgés de 2 ans environ, ont déjà été observés au moins trois fois (6 mois, 12 mois et 18 mois).

Observation et entrevue

Chaque rencontre se déroule de la même manière. Pendant 90 minutes, la chercheuse, aussi affiliée au Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant et au Centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles, filme les enfants à leur domicile, toujours en présence des deux parents. « Il y a une portion entrevue, puis je laisse les parents jouer avec leur enfant comme à l’habitude », détaille-t-elle. C’est au cours de cette période de jeu qu’elle peut observer les comportements (bons ou néfastes) des parents et de l’enfant et leurs interactions, voire l’absence d’interactions, dans différents contextes de leur vie quotidienne.

Bien que les données recueillies soient encore fragmentaires, Célia Matte-Gagné arrive à en dégager certaines tendances. « Dans les vidéos, je vois beaucoup de différences dans la manière de réagir des papas, tout comme dans leur façon de soutenir l’autonomie de leur enfant », remarque-t-elle, ajoutant qu’elle s’intéresse également à la question de l’attachement dans le cadre de son analyse.

Le temps que passent les pères avec leur enfant varie d’une famille à l’autre, « de 2 heures jusqu’à plus de 70 heures par semaine dans le cas de ceux qui se prévalent du congé parental », dit la professeure.

De nombreux facteurs à prendre en considération, donc, avant de tirer des conclusions. « Plus je passe de temps avec mon enfant, plus mes comportements risquent de l’influencer, qu’ils soient bons ou mauvais », suppose Célia Matte-Gagné.

Les résultats finaux de cette recherche seront dévoilés en 2022.

La famille au coeur de la recherche universitaire

Plusieurs chercheurs québécois étudient la cellule familiale et, plus particulièrement, le rôle des pères sous différents angles. En voici un échantillon :

Université du Québec à Trois-Rivières

Dirigé par le professeur Carl Lacharité du Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, le Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et de la famille offre des perspectives variées sur la parentalité. Il comprend notamment un groupe de recherche qui s’intéresse à la santé mentale des hommes en période postnatale et aux pratiques professionnelles en soins de première ligne.

  

Université du Québec en Outaouais

 

La professeure en sciences infirmières à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) Francine de Montigny dirige la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles, dont le financement a été renouvelé jusqu’en 2020. Depuis 2010, cette chaire cherche à améliorer les interventions auprès des nouveaux parents en étudiant la santé psychosociale des pères et des mères en période périnatale.

Toujours à l’UQO, Diane Dubeau, de la Faculté de psychologie, a dirigé l’étude « Soutenir les pères en contexte de vulnérabilités et leurs enfants : des services au rendez-vous, adéquats et efficaces », dont le rapport de recherche a été déposé en 2013. Actuellement, Diane Dubeau est coresponsable, avec Tamarha Pierce de l’Université Laval, d’un projet intitulé « Adaptation psychosociale et trajectoire paternelle d’utilisation des services juridiques et psychosociaux à la suite d’une séparation conjugale ».

 

Université de Montréal

 

Sous la direction de la professeure Annie Bernier, le laboratoire Grandir ensemble, basé au Département de psychologie de l’Université de Montréal et affilié au Centre de recherche en neuropsychologie et cognition, au Centre de recherche en développement humain et au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux, se préoccupe de « l’influence du milieu familial sur le développement de l’enfant, puis de l’adolescent ». Les travaux du regroupement concernent donc autant les parents que le développement des enfants.

 

Université Laval

 

Marie-Christine Saint-Jacques, de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, travaille pour sa part avec 23 cochercheurs, 5 collaborateurs et 17 organismes sur une enquête d’envergure portant sur la séparation parentale et la recomposition familiale. Dans le cadre de cette étude, pas moins de 2000 parents québécois sont appelés à s’exprimer sur le sujet.