Pour un environnement scolaire plus sain

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
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Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Isabelle Plante, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM, pilote plusieurs projets portant sur l’anxiété de performance chez les élèves du primaire et du secondaire.

S'intéressant au rôle des parents comme à celui des enseignants et passant sous la loupe le passage houleux du primaire au secondaire, les différents projets entrent dans un cheminement qui aura pour but ultime de réduire les inégalités sociales, explique Isabelle Plante.

« Ce qu’on sait, c’est qu’il y a certaines pratiques qui peuvent favoriser le succès chez tous les élèves, note la chercheuse. Ce qu’on voudrait, c’est être capable de mieux les identifier pour ensuite faire des recommandations qui soient empiriques et non anecdotiques, et qui soient soutenues par des connaissances scientifiques. »

L’anxiété de performance débute à un très jeune âge et pas moins de 40 % des élèves en ressentent les effets à un niveau ou à un autre, selon Mme Plante. Cet état de crainte est aussi le résultat d’un contexte. « L’anxiété de performance est vraiment liée aux évaluations, explique-t-elle. Il y a des contextes dans lesquels on met plus d’emphase sur les évaluations que d’autres. Il y a des périodes aussi. Puis, il y a des vulnérabilités individuelles. En ce sens, on peut conserver cette fragilité jusqu’après l’école, mais l’anxiété est vraiment liée à un moment d’évaluation. »

Si Mme Plante a choisi précisément d’étudier l’anxiété de performance, c’est qu’il s’agit d’un élément sur lequel les enseignants et le contexte agissent systémiquement et indirectement, explique-t-elle. Mais aussi parce que cette anxiété n’est parfois qu’un état intermédiaire. La chercheuse souligne en effet que l’anxiété de performance peut n’être qu’un indicateur de problèmes de santé mentale à diagnostiquer.

D’anxieux à perfectionniste

Parmi les hypothèses qu’Isabelle Plante aimerait vérifier, il y a celle voulant que l’anxiété de performance génère du perfectionnisme. « Ça veut dire que les jeunes se mettent à être obsédés à propos du rendement, observe-t-elle. Ils ont des comportements compulsifs, ils se mettent à étudier, étudier, et au final ils ont un rendement plus élevé. Par contre, il y a un coût. C’est toujours associé à un mal-être psychologique. »

Le phénomène inverse s’observe également. Celui-ci est communément appelé le chocking under pressure, soit « craquer sous la pression ». « On anticipe de façon négative l’évaluation, on rumine, donc on évite, on se désengage, on a de la difficulté à se concentrer et finalement, on performe en deçà de notre potentiel », explique Mme Plante.

Plus de données pour un meilleur portrait

L’un des projets en cours se concentre sur les élèves de cinquième secondaire. Environ 1500 d’entre eux seront questionnés à deux reprises durant l’année scolaire. « On regarde comment ça évolue dans le temps et jusqu’à quel point cela va affecter les choix de carrière, les choix de persévérer, de continuer au cégep ou non, mentionne Isabelle Plante. On a choisi d’aller avec le secondaire 5, car la plupart des études sont menées exclusivement auprès de collégiens ou d’étudiants universitaires. Or, ils sont déjà là où ils sont. On n’a donc pas accès à tout l’échantillon d’élèves potentiels, mais seulement à ceux qui ont choisi de persévérer. »

Les parents seront également sondés. Et afin d’éviter d’avoir un faible taux de réponse de leur part, les élèves pourront partager leur opinion sur les pratiques parentales. « On veut savoir ce qu’ils en pensent, à quel point ils se sentent soutenus, s’ils ressentent de la pression, comment est perçu le rendement à la maison, etc. », indique la chercheuse.

Les pratiques d’enseignement

Le projet s’intéressant à la transition du primaire au secondaire en est, quant à lui, à l’étape de l’analyse de données. On y étudie particulièrement les pratiques enseignantes et les contextes favorisant l’anxiété, comme ceux orientés vers la compétition. Toutefois, il y a certaines pratiques qui peuvent aussi agir comme facteurs de protection, en valorisant l’effort et en amenant les élèves à s’épanouir. Bien qu’il faille attendre les analyses plus complètes, ce sont déjà les grandes idées qui ressortent, souligne Mme Plante.

L’objectif ultime est de développer une formation pour les enseignants se concentrant davantage sur les pratiques favorisant l’apprentissage. On souhaite ainsi modifier le rapport à l’échec ou à l’erreur, par exemple. « Dans le fond, l’échec peut être vu comme une fatalité, on met le doigt sur quelque chose qui ne va pas, indique Isabelle Plante. Mais ça peut être vu comme un processus normal et nécessaire à l’avancement. Finalement, faire des erreurs, c’est comme cela qu’on apprend. Les enseignants peuvent favoriser à travers leurs pratiques ces conceptions-là. »

Un enfant qui accepte l’idée de tomber pour mieux se relever restera motivé et souffrira moins du sentiment d’incompétence et de l’anxiété qui accompagnent souvent l’échec, ajoute Mme Plante.

Un questionnement sociétal

En plus des inégalités, la professeure est aussi préoccupée par l’environnement de performance au Québec. « Présentement, on est beaucoup dans le rendement aux tests standardisés, dit-elle. Les examens ministériels, par exemple, sont encore la voie privilégiée pour évaluer. On sait que tous les ingrédients pour susciter de l’anxiété de performance sont là. »

Il ne suffit pas de travailler sur les pratiques quotidiennes, croit la professeure. Une remise en question d’un système compétitif est nécessaire. « Mes recherches s’inscrivent dans cette lignée, dans cet objectif à long terme pour remettre en question nos pratiques et mettre en œuvre le système que l’on souhaite comme société. Un système qui favorise les apprentissages. »

En attendant que cela arrive, Mme Plante s’engage à contribuer à la compréhension du problème en continuant à le documenter, avant de faire ses recommandations.